Hamilton, Laurell K. Arlequin

La communauté vampirique possède, elle aussi, des légendes qui terrifient ses buveurs de sang. L’une d’entre-elles prend la forme des Arlequin, un groupe de maîtres vampires qui intervient lorsque quelque part, les lois du Conseil sont bafouées. Un mystère total entoure ces créatures de l’ombre, au point que l’on n’ose même pas mentionner leur existence. C’est à ces vampires de triste réputation qu’Anita Blake va cette fois-ci se frotter lors du 15e tome de ses aventures…

… 15e tome, déjà ! Ce roman parvient-il à apporter un sursaut de vigueur à la série fétiche de tout amateur de bit-lit qui se respecte ? À se hisser au niveau de qualité auquel nous avaient habitué les premiers opus ? Entretenir le suspense serait inutile : la réponse est un grand oui ! On retrouve une grande partie des éléments qui contribuent au charme de l’œuvre de Laurell K Hamilton

L’histoire débute lorsque les Arlequins prennent pour prétexte les dérives de son Église de la vie éternelle pour ouvrir une enquête sur Malcolm. Anita reçoit alors un masque blanc signifiant que les nouveaux venus en ville ne se sont pas encore forgé une opinion sur son cas, mais qu’ils la gardent dans leur collimateur. Sauf que les Arlequin eux-mêmes vont enfreindre leurs propres règles, ce qui ne manque pas de faire grimper la tension d’un cran.

Dernièrement, la série avait la fâcheuse tendance à décliner : l’abus de scènes torrides – pour ne pas dire pornographiques – handicapait l’histoire, les personnages ne bénéficiaient pas toujours du traitement qu’ils méritaient, l’intrigue se révélait parfois aussi mince qu’une feuille de papier à cigarette… La surprise procurée par Arlequin n’en est que meilleure. Le roman renoue avec l’esprit initial de la série, celui qui manquait tant aux précédents opus. On retrouve une histoire pourvue d’une trame narrative consistante, au service d’un péril qui pourrait s’avérer fatale pour la servante humaine de Jean-Claude. 

Arlequin, c’est aussi le grand retour d’Edward. L’impitoyable tueur ayant fait les beaux jours de la saga était absent depuis le tome 9. La présence de ce personnage emblématique est une piqûre de rappel prouvant qu’Anita évolue dans un milieu dangereux, pas seulement au sein d’une succession de parties de jambes en l’air ou de problèmes d’ordre métaphysique. Edward apporte la touche d’action et de charisme ayant tant fait défaut lors des lectures précédentes. 

Peter, le beau fils d’Edward, permet d’aborder le thème très délicat de la convalescence psychologique après une agression sexuelle. Surtout qu’Edward n’est pas le seul à faire son comeback, il faut également compter sur la présence d’Olaf, l’assassin ambigu qui ne va pas manquer de semer le trouble chez Anita, sans parler de scènes pour le moins perturbantes.

Les rebondissements ne manquent pas dans Arlequin. L’ombre de la terrible Marmée Noire plane à nouveau. Des alliances et des trahisons rythment les relations avec les différents clans de métamorphes. L’émancipation de Nathaniel continue, tandis que ses penchants SM vont contraindre la jeune femme à réfléchir si elle doit s’engager sur un chemin sexuel qu’elle avait évité jusqu’alors. Belle Morte elle-même va jouer un rôle déterminant dans ce roman qui n’est pas pingre en surprises. L’ardeur d’Anita n’en est pas moins toujours d’actualité, ce qui oblige l’héroïne à jongler avec les différents hommes qui composent le paysage de sa vie intime. Différentes souches garous couvent en elle, engendrant des situations complexes lors des ébats. 

Laurell K Hamilton met donc ici les petits plats dans les grands. Sa plume, sensuelle à souhait, parvient mieux que personne à crédibiliser des scènes qui sombreraient certainement dans la vulgarité sous la férule d’autres auteurs. Car il ne faut pas s’y tromper : Arlequin est un bon, très bon, roman. Si on apprécie un tant soit peu l’univers crée par l’une des pionnières de l’urban fantasy, cet épisode est à considérer comme l’un des dignes représentants du genre bit-lit. Le récit est adulte, sans concession, parfois provocateur. On retrouve des personnages qui ont manqué à la série, pour aider l’héroïne à faire front à une menace tangible. Rien que pour ça, il n’est décemment pas envisageable de passer à côté de ce 15e tome.

 

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