Hamilton, Laurell K. Narcisse enchaîné

Anita Blake évite depuis des mois Jean-Claude et Richard afin de remettre un peu d’ordre dans sa tête. Mais lorsque des métamorphes inconnus débarquent à Saint Louis pour torturer ses léopards-garous, elle n’a d’autre choix que d’appeler ses deux amants au secours. Seul problème : pour lui venir en aide, ces derniers ont besoin de fusionner leurs pouvoirs. Une chose que la jeune femme se refuse à faire depuis le début de leur relation par peur des conséquences. Et la suite des évènements prouvera qu’elle avait raison…

Narcisse enchaîné, dixième tome inédit des aventures d’Anita Blake, a mis le temps pour arriver sur les étales français. Peut-être à cause de cette longue attente, force est de constater que cet opus n’est, hélas pas à la hauteur de ses prédécesseurs. Il faut bien avouer que ceux-ci représentent à ce jour la crème de la bit-lit.

La constatation la plus amère à signaler est sans doute la perte d’identité que l’auteure fait subir à son héroïne fétiche. La jeune femme qui régissait sa vie de principes clairs se voit ici brusquement changer en une personne quelque peu différente de celle que nous connaissions jusqu’alors. Sous prétexte qu’Anita a enfin lié ses marques vampiriques avec ses deux compagnons, elle multiplie les partenaires dans des scènes à caractère plus ou moins érotique. Le fait qu’elle hérite de « l’incube » de Jean-Claude, c’est-à-dire son appétit sexuel particulièrement aiguisé, paraît être une ficelle un peu trop grosse… Ficelle qui n’a pour autre but que d’infliger aux lecteurs d’interminables parties de jambes en l’air.

La longueur de certains passages, justement, ralentie beaucoup une intrigue déjà bien mince à la base. L’histoire n’a en effet rien de bien originale, découpée en situations déjà vues et ressassées auparavant. Des métamorphes sans grand intérêt ni charisme font office de méchants du jour, mais qui font peser une menace confuse. Tout un lot de nouveaux personnages secondaires est introduit, et certains d’entre-deux se révèlent assez intéressants tel le Nimir-raj Micah. La multiplication des protagonistes au sein du récit perturbe le déroulement des évènements, à l’image des relations entre les différents acteurs de l’aventure qui se contentent d’évoluer nus la plupart du temps. Une impression brouillonne qui dilue la qualité narrative à laquelle nous avaient habitué les neuf premiers tomes.

La méthode qu’emploient les vampires pour se nourrir est abordée de façon très détaillée de long en large. On explore plus en profondeur les mœurs qui régissent leur mode de vie, ainsi que les sévices auxquels peut recourir un maître vampire pour punir un serviteur qui l’a déçu. Le personnage de Jean-Claude se voit adouci, moins arrogant et plus attentionné. Anita comprend enfin les épreuves qu’il a eu à subir par le passé. Les buveurs de sang se trouvent relégués au second rang malgré la présence de vampires au potentiel prometteur tel que Asher ou Damian, nullement exploités à leur juste valeur.

Anita se voit sans cesse dotée de nouveaux pouvoirs grâce aux marques qui la lient au triumvirat. Cependant, cette débauche de dons surnaturels peine à se justifier. La tueuse de morts-vivants, qui ne mérite pas ce titre dans le présent ouvrage, cumule les responsabilités diverses pour le compte de différentes meutes de garous. Ses fonctions d’exécutrice et de réanimatrice professionnelle sont quant à elles rendues obsolètes. Exit la sensualité, le suspens et le charisme qui firent le succès des livres précédents. En l’espace de six cents pages, Narcisse enchaîné parvient à dénaturer l’esprit si savoureux qui auréolait cette série.

Il est néanmoins nécessaire de se montrer objectif. En faisant abstraction de son érotisme forcé frôlant parfois le ridicule, de son intrigue fade et déjà vue, peut-être que les fans les plus indulgents parviendront à trouver un certain plaisir à lire cette dixième aventure. Après tout, l’univers de Laurell K. Hamilton dégage toujours un charme indéniable. N’empêche que la déception est bien là, tant la qualité de cette série nous avait habitué à beaucoup mieux. Le bouquin obtient la moyenne uniquement pour la satisfaction de retrouver les personnages que l’on aime. Espérons que le onzième tome prévu pour mars 2010 saura se montrer plus convaincant…

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