Hamilton, Laurell K. Rêves d'incube

La vie sentimentale d’Anita Blake n’a jamais été aussi compliquée. En plus des vampires Jean-Claude et Asher, il lui faut également gérer ses relations avec Richard et Micah. Tous ces partenaires éveillent en elle une faim primitive qu’elle a du mal à canaliser. Pour ne rien arranger, Nathaniel s’ajoute à son tour aux élus, ce qui n’est pas sans causer quelques questions puisque la jeune femme s’est toujours refusée à lui. Et comme si sa vie personnelle n’était pas suffisamment compliquée, un vampire sérial killer rôde dans les clubs de Saint-Louis et s’attaque à des stripteaseuses…

Un tome très dense que cette 12e aventure d’Anita Blake. Des sentiments, du sexe, un zeste d’action et les tourments d’une Exécutrice plus que jamais poussée dans ces derniers retranchements. La jeune femme doute d’elle-même et de la façon dont elle gère sa vie. Premier constat au fil de la lecture de Rêves d’incube : la série ne cesse de prendre de la distance par rapport à la ligne directive que l’on pouvait percevoir dans les neuf premiers opus. Surfant sur l’ardeur qu’Anita doit nourrir, l’auteure a modifié en profondeur certains traits de personnalité de son héroïne bien connue.

Pour rappel, l’ardeur est une conséquence des marques que Jean-Claude a ouvertes sur la tueuse de vampires pour conclure leur triumvirat. Afin de ne pas se laisser submerger par la soif de sang du Maître de la ville ou la faim de chair de Richard, elle se voit contrainte à intervalles réguliers de satisfaire l’ardeur en concédant des rapports charnels avec les mâles qui se trouvent dans son entourage.

Mine de rien, cette donne change radicalement le ton de la série. Par cette pirouette scénaristique, l’auteure attribue tout un harem de vampires et de garous à Anita. Dans ce nouveau tome traduit dans la langue de Molière, peu de nouveaux protagonistes font leur apparition. On notera principalement des vampires de second rang qui viennent s’ajouter à la galerie de personnages, dont un vampire stripteaseur du nom de Requiem.

Officiellement, Anita ne compte pas moins de cinq amants. Sur les quelques 760 pages du roman, les scènes érotiques parfois crues engendrent d’inévitables longueurs et se succèdent les unes aux autres. Il semblerait logique de penser que cette surenchère d’ébats nuit au rythme et à la qualité générale de l’histoire, mais en regardant de plus prêt on réalise que ce n’est pas le cas. Rêves d’incube explore sans tabou les diverses conséquences et aléas que peuvent créer les liaisons d’une nécromancienne avec des morts-vivants et des métamorphes. Cela, sur un niveau aussi bien physiologique que moral ou émotionnel. Les questions qui se posent s’inscrivent dans un registre typique de la bit-lit, mais à un degré plus poussé que ne l’osent nombre de séries. Cette mise à l’honneur de l’érotisme facile, parfois explicite, ne m’a pas gêné outre mesure mais pourrait dissuader ceux qui y sont réfractaire en matière de littérature.

Cependant, une fois ce point crucial souligné, il est bon d’ajouter que l’histoire ne se limite pas à une simple débauche car l’histoire se veut plus riche qu’il n’y parait aux premiers abords. Oui, Anita n’est plus la même qu’à ses débuts. Elle mûrit au contact de Jean-Claude. Une évolution sciemment orchestrée par l’auteure. Le personnage de Nathaniel gagne également en importance et démontre une psychologie plus nuancée. Lorsqu’Anita forme accidentellement un nouveau triumvirat avec lui et Damian, on découvre que les personnages peuvent involontairement hériter de certains traits de caractère les uns des autres. La jeune femme se voit ainsi pourvue de l’appétit sexuel de Jean-Claude, tandis que Nathaniel démontre une assurance nouvelle grâce à la réanimatrice. Des subtilités métaphysiques entre vampires, métamorphes et humains que l’auteure étaie dans une grande partie du récit.

Il ne faut pas s’y tromper, l’intrigue de ce 12e volet est accrocheuse. Laurell K. Hamilton maîtrise son petit univers avec un style efficace n’appartenant qu’à elle. Anita et la police de Saint-Louis traquent un groupe de vampires tueurs en série qui fait des victimes parmi les stripteaseuses de clubs privés. L’enquête va rapidement amener la releveuse de zombies à soupçonner la présence clandestine dans la ville d’un maître vampire qui aurait la capacité de passer inaperçu. Les soupçons vont notamment se porter sur l’Eglise de la vie éternelle, dirigée par Malcolm. Une façon d’en apprendre davantage sur le mode opératoire de ce mouvement vampirique alternatif qui prône à ses adeptes certaines valeurs puritaines. Et les rebondissements ne seront pas en reste.

Autre fait intéressant, Anita et Jean-Claude cherchent à recruter des vampires taillés pour le combat. Une nécessité pour prévenir tout éventuel conflit, car la lignée du Maître de la ville compte principalement des buveurs de sang dont les pouvoirs sont basés sur le charme et la sensualité. Des dons guère appropriés pour les affrontements directs. On fait ainsi la connaissance de Primo, un puissant vampire qu’Anita parvient à rattacher à Jean-Claude. Première apparition également de deux frères renégats nommés Vérité et Fatal. Un duo de guerrier connu également sous le patronyme de Vérité fatale.

Les fans de l’Exécutrice seront dans l’ensemble satisfaits puisqu’ils suivront leur héroïne dans son quotidien pour le moins mouvementé : prises de bec avec Bert dans les bureaux de Réanimateurs Inc, relevage de morts dans les cimetières, enquête policière avec Dolph et Zerbrowski… du tout bon donc. Surtout que la fin, sans trop en révéler, permet de mieux découvrir Anita dans ses fonctions de Marshall en tant que tueuse de vampires. Un dénouement rythmé avec – enfin – de l’action.

Malgré une libido exacerbée, l’héroïne de Laurell K. Hamilton conserve donc cette aura si particulière, avec le caractère pas commode voir cynique que l’on apprécie chez elle. À certains moments, elle dévoile même de petites faiblesses qui ne la rendent que plus humaine malgré son évolution hors norme.

Rêves d’incube est un bon roman. Une œuvre à ne pas mettre sous les yeux les plus prudes, qui comporte des longueurs, mais qui se dévore néanmoins avec plaisir si on aime la série. Peut-être n’est-ce pas l’aventure la plus inoubliable d’Anita Blake, mais l’auteure cherche à renouveler sa création et apporter un second souffle à ses personnages fétiches. La vie d’une exécutrice de vampires et de ses amants surnaturels vu de près en somme. Une lecture adulte, prenante et facile, qui donne envie de connaître la suite.

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