Holzl, Ariel. Interview avec l’auteur des Sœurs Carmines

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Bonjour, je suis Ariel Holzl, auteur jeunesse aux Editions Mnémos. Mon patronyme (qui n’est pas un nom de plume) provient de La Tempête de Shakespeare ; je baigne donc dans la littérature fantastique depuis le début ! Quand je n’écris pas, je travaille dans le milieu du cinéma ou du jeu vidéo, en communication.

Le complot des corbeaux, premier tome d’une série consacrée aux Sœurs Carmines, est sorti il y a quelques semaines sur le label Naos. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

J’écris « sérieusement » depuis que j’ai 19 ans, mais je n’avais pas envisagé de me faire publier avant un tremplin littéraire lancé par les Indés de l’Imaginaire (collectif regroupant Mnémos, ActuSF et Les Moutons Électriques) en 2015-2016. Ce concours de nouvelles m’a permis d’être sélectionné et publié dans une anthologie sur le thème de l’utopie. J’ai ensuite décidé de contacter les éditions Mnémos qui faisaient partie du jury. Ils étaient en plein lancement du label Naos et cherchaient de nouveaux auteurs à mettre en avant dans cette collection. Je leur ai donc pitché les « Sœurs Carmines » et leur réponse a été enthousiaste ! 
J’avais depuis longtemps envie d’écrire une série avec des héroïnes qui ne soient pas des « Mary Sue » en puissance, des filles et des femmes fortes mais loin d’être parfaites. Je souhaitais également m‘atteler à de la littérature jeunesse « écrite », sans chercher à simplifier le style à outrance sous prétexte de toucher le plus large public possible. Et avant tout, il s’agissait de produire une série que j’aurais aimé moi-même lire en étant plus jeune.

N’est-ce pas risqué, pour un premier roman, de se lancer d’emblée dans une série au long cours ? Tout est-il déjà balisé dans votre tête ?

A l’origine, la série était divisée en seulement 2 tomes, mais je me suis découvert assez de matière pour consacrer un tome à chacune des sœurs. J’avais de toute façon planifié d’avoir des intrigues spécifiques à chaque tome, pour qu’ils conservent un certain degré d’indépendance de lecture, ainsi qu’une « méta-trame » plus vaste englobant univers et personnages récurrents.

J’ai tendance à partir d’un point A pour atteindre un point B dans mon écriture : je connais donc parfaitement le début et la fin de ce que je souhaite raconter, mais pas forcément le chemin qui mène de l’un à l’autre. Je laisse pour cela  les situations et les personnages vivre sous ma plume plutôt que de les cadenasser dans un découpage trop rigide.

Vos vampires ont une caractéristique très intéressante, liée à leur réfraction dans les miroirs. Qu’est-ce qui vous a insufflé cette idée et pourquoi cette envie de ne pas totalement vous fondre dans les codes stricts de cette figure de l’imaginaire ?◊

Mon idée d’avoir des vampires qui se reflètent à contretemps est une façon de m’amuser avec le mythe du vampire et ses codes: en tant que créatures immortelles, leur rapport au temps et ce qui en découle (époques, progrès, modes…) est forcément très différent des gens ordinaires.

J’ai choisi de traiter cette atemporalité comme un décalage permanent avec le monde qui les entoure, mentalement mais aussi physiquement, à tel point que les lois physiques s’en trouvent affectées. D’où leur retard dans les miroirs.

D’autres œuvres abordent ce concept de façon plus tragique ou philosophique qu’humoristique, mais il s’agissait pour moi de rester dans le registre de la parodie des romans gothiques et des clichés du vampire en général.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du vampire en littérature ces dernières années ?

Le vampire me semble avoir atteint sa « masse critique » en littérature ces dernières années, particulièrement avec l’avènement de la Bit-lit. J’ai l’impression que cette consécration pop-culture a eu un petit côté réducteur sur les nouvelles œuvres (pas forcément littéraires) consacrés au sujet : le clivage entre le vampire sensuel/romantique et le vampire prédateur ou véritablement monstrueux me parait consommé.
Ce choix des auteurs tient autant aux attentes du public qu’à la profusion des contenus. Mais c’est dommage à mon sens car on affaiblit la figure du vampire sans cette dualité.
On retrouve un peu ce phénomène avec une autre figure surnaturelle que j’apprécie, le zombie, où l’allégorie sociale et le monstre en tant que tel sont de plus en plus séparés. Dans un cas comme un autre, je suis néanmoins sûr que nos mort-vivants préférés sauront retrouver une nouvelle vie plus harmonieuse dans un prochain cycle !

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?

J’ai découvert le vampire assez tôt en littérature avec Salem de Stephen King, puis Dracula de Bram Stoker par la suite (et l’excellent adaptation de Francis F.Coppola). Pour le côté plus parodique, Buffy contre les Vampires est une de mes séries fétiches et j’ai également  beaucoup joué à Vampire : La Mascarade de façon plus ou moins sérieuse ! 
Pour mes dernières rencontres, j’ai enfin vu très récemment le film Byzantium de Neil Jordan. C’est un curieux échec commercial à mon sens, car j’y ai retrouvé une belle modernisation du mythe et des points rafraichissants comme l’origine mystique du vampirisme ou encore la « guerre des sexes » qui motive l’intrigue. On y retrouve aussi les considérations plus classiques comme l’humanisation / déshumanisation face à l’alimentation ou au passage du temps, qui n’est pas sans rappeler Morse de Tomas Alfredson, que j’avais aussi vraiment apprécié.

Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

Je pense que la pérennité du mythe du vampire vient de ses multiples facettes et interprétations : religieuses, sociales, biologiques… On peut toujours trouver une façon originale de réactualiser le vampirisme et le vampire.  Moi, la facette qui m’amuse le plus est probablement la critique sociale du vampire comme le « puissant » (noble/aristocrate, seigneur du château…) qui se nourrit des « faibles » (paysans, jeunes femmes, pauvres…). C’est un aspect qui peut être détourné de manière très intéressante dans un environnement contemporain.

Avez-vous encore des projets de livres sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

J’ai encore deux livres en cours d’écriture pour achever (mais elle se relèvera d’outre-tombe !) la série des Sœurs Carmines et les vampires loufoques de la Maison Vermeil y tiendront encore une place importante. Consacré à l’ainée des Carmines, la sociopathe Tristabelle, le tome 2 sortira en novembre 2017. Les lecteurs pourront ensuite retrouver Dolorine, ses fantômes et autres mort-vivants dans le tome 3, vers avril 2018.
J’ai également un roman jeunesse dans mes tiroirs, de l’urban fantasy contemporaine et un peu post-apocalyptique. En quelques mots, un gang d’ados, hybrides d’humains et de créatures fantastiques (satyre, banshee, succube…) chassent monstres et autres dragons dans les ruines de New York, tout en subissant les affres de l’âge ingrat et de leurs hormones. C’est irrévérencieux (pensez à une version fantastique de Skins mâtinée de Misfits) et très éloigné du ton des Sœurs Carmines.

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