Interview avec Lizzie Crowdagger, auteur d’Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

J’ai 33 ans, j’habite dans la région Lyonnaise et je vis avec un chat. En termes d’écriture, j’ai pour l’instant un roman de publié chez un éditeur, et pas mal de textes en autopublication qui sont téléchargeables gratuitement sur mon site, http://crowdagger.fr.

Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) est votre dernier roman, paru en 2014 chez Dans nos histoires. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

À la base, sans doute (pour être honnête) parce que je regardais beaucoup True Blood et Sons of Anarchy à l’époque, j’avais ce projet de fantasy urbaine avec un gang de motardes lesbiennes, vampires et louves-garous. Cela dit, il me manquait un angle d’approche ou un semblant de ligne directrice. À ce moment j’ai vu un documentaire sur une personne trans dont la mise en scène était très dramatisante, qui parlait de transformation avec beaucoup d’emphase. Ça m’a fait penser à la façon de représenter la transformation en vampires dans les fictions et ça m’a donné l’idée de mélanger, les deux histoire de voir ce que ça pouvait donner.

Les vampires (et le fantastique en général) sont une des clés de voute de votre bibliographie, tout comme le féminisme et le lesbianisme. Pensez-vous que l’approche de la littérature de genre est trop souvent hétéro-centrée ?

Dans l’absolu, je dirais oui, parce qu’on vit dans un monde hétéro-centré et que la littérature (de genre ou pas) n’est pas (tout à fait) en dehors du monde. Après je nuancerais quand même : déjà, ça a pas mal évolué ces dernières décennies, on voit plus de personnages LGBT, et surtout plus de personnages LGBT présentés de manière intéressante et pas juste comme des monstres ou des clichés.

Ensuite, je pense que ça dépend aussi pas mal du genre : par exemple j’ai l’impression de voir plus souvent des personnages LGBT (ou des femmes comme héroïnes, d’ailleurs) dans la fantasy urbaine que dans pas mal d’autres genres.

Mon sentiment actuel c’est qu’il y a maintenant un certain nombre de romans où il y a des personnages LGBT, mais que ça reste assez rare d’en trouver où ce sont les protagonistes. Peut-être en partie parce qu’il y a l’idée qu’il faut que le lecteur puisse s’identifier au personnage principal et donc que celui-ci lui ressemble ?

Le vampire est-il une créature intéressante quand on aborde les questions de la définition de la sexualité, et si oui en quoi ?

Oui, historiquement, la figure du vampire (dans la littérature en tout cas) est beaucoup rattachée à la sexualité, et il y a aussi un côté « transgression de l’interdit » qui fait que depuis (à ma connaissance, peut-être avant) Carmilla il y a aussi eu beaucoup de liens avec l’homosexualité ou la bisexualité (évidemment, le côté « tabou » et « interdit » était plus vrai à l’époque victorienne que maintenant où c’est plus accepté).

Personnellement, le premier personnage ouvertement présenté comme non hétérosexuel que j’ai croisé dans la fiction c’était dans les Chroniques des vampires d’Anne Rice. Donc forcément, il y a un lien un peu « historique » qui est intéressant. Et en même temps, paradoxalement, c’est aussi ce qui peut être un peu compliqué, d’abord parce que maintenant il y a des gens qui pourraient trouver qu’avoir un personnage d’homo vampire c’est devenu un peu « cliché », et aussi parce que je trouverais dommage de limiter les vampires à une sorte de métaphore ou d’allégorie, voire une façon de rendre une romance plus « sexy ».

Quel regard portez-vous sur l’évolution du vampire en littérature ces dernières années ?

Je trouve intéressant de voir que même s’il y a une certaine figure de vampire plus humanisée (et avec des caractéristiques finalement assez homogènes d’une œuvre à l’autre) qui est sans doute à l’heure actuelle assez « majoritaire » (en tout cas dans la fantasy urbaine/bitlit), il y a tout de même une assez grande diversité dans la façon d’appréhender les vampires, et on continue à voir de nouvelles approches ou des vampires plus « traditionnels », ou même un mélange des deux.

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?

La première rencontre, c’est Lestat dans les Chroniques des vampires d’Anne Rice, qui est sans doute une des œuvres (en tout cas les deux premiers tomes, Entretien avec un vampire et Lestat le vampire) qui m’a le plus marquée et qui a déclenché une sorte de fascination pour les vampires (moins marquée maintenant que je suis une adulte plus ou moins responsable, mais assez intense à l’adolescence). La dernière, c’est Thomas Eichorst dans The Strain. Je trouve le traitement des vampires (ou strigoi) de cette série intéressant parce qu’il y a la fois des éléments originaux, et en même temps un retour à certains anciens (comme l’incapacité à traverser l’eau courante qu’on ne voit plus très souvent) ; et ce personnage d’ancien nazi incarne parfaitement le retour à des vampires monstrueux et inhumains.

Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

Je pense que le mythe du vampire pose un questionnement assez universel sur le rapport à la mort ou à l’au-delà (et par extension au changement, au fait de vieillir, etc.), et en même temps qu’il est assez « protéiforme » pour pouvoir s’adapter à plein d’autres choses : le rapport au sang et à la morsure peut être rapproché de la sexualité (et l’est souvent), mais aussi de la maladie ; et après il y a énormément de caractéristiques qui peuvent beaucoup varier d’un vampire à l’autre ou d’une région du monde à l’autre, donc pour des écrivains (ou scénaristes) c’est assez génial, parce que c’est à la fois une figure connue, et en même temps on peut « piocher » des éléments ou d’autres en fonction de l’histoire qu’on a envie d’écrire et des thèmes qu’on veut aborder.

Avez-vous encore des projets de livres sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

Il y a un second roman aux éditions Dans nos histoires qui devrait paraître prochainement : Enfants de Mars et de Vénus. C’est un genre un peu différent puisque c’est du polar fantastique un peu plus ancré dans le monde réel (et sans vampire cette fois-ci). J’ai aussi un projet en cours, La chair & le sang, qui est plus dans la thématique vampirique. À la base, ça devait être de la « pure » romance surnaturelle lesbienne, mais (sans doute parce que je ne suis pas très douée pour la romance « pure ») il y a pas mal d’intrigues de pouvoir entre vampires qui ont commencé à se greffer. J’ai prévu de le sortir en auto-édition au format « série-feuilleton » à partir de janvier prochain.

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