Rice, Anne. Prince Lestat

À travers le monde, de jeunes vampires sont réduits au néant par le feu, dans des massacres similaires à ceux perpétrés par Akasha, la désormais disparue reine des Damnés. Les anciens vampires se sont en effet mis à entendre en leur fort intérieur une Voix leur sommant de brûler aveuglément les vampires rebelles des villes comme Paris, Mumbai, Hong-Kong, Kyoto et San Francisco. Alors que Maharet et Mekare s’isolent du reste de la communauté immortelle, les vampires attendent que Lestat prenne la direction des opérations.

Annoncé en mars 2014, Prince Lestat marque donc le retour d’Anne Rice à son emblématique Chronique des vampires. Pour qui s’intéresse aux buveurs de sang, difficile en effet d’ignorer le raz-de-marée généré en 1976 à la sortie d’Entretien avec un Vampire. Si l’auteur américaine n’est pas la première à donner la parole aux vampires (Bloch, Kuttner et Saberhagen sont déjà passés par là), elle va leur offrir à la fois une nouvelle mythologie et de nouvelle figures emblématiques, loin de Dracula et de Carmilla. Dans le prolongement des Chroniques de Dracula de Fred Saberhagen, elle va également contribuer à changer l’image du vampire, rompant avec le manichéisme passé. Passé le diptyque Lestat le vampire / La Reine des damnées, la série est cependant allée decrescendo, noyée d’une religiosité devenue lassante. On ne peut donc qu’entamer ce nouvel opus avec appréhension, sans pour autant se départir du frisson de retrouver Lestat.

Difficile, durant les premiers chapitres, de se mettre au diapason du rythme imposé par l’auteur. Car si Lestat est au cœur des intrigues (et des préoccupations), chaque chapitre est centré autour de protagonistes différents, certains connus (David, Jesse, Maharet, Mekare, Armand), d’autres non (Benji, Seth, Fareed, Rose). Ce choix explique d’ailleurs en grande partie la lenteur de l’ensemble, dont la trame met beaucoup de temps à réellement démarrer (et les évènements à se dérouler). Difficile, également, de commencer cette lecture si on ne connait pas déjà les romans précédents, notamment les cinq premiers volets des Chroniques, auxquels il est régulièrement fait référence, que ce soit par leurs auteurs (Lestat et Louis donc) ou la présence de personnages qui y sont mentionnés ou y apparaissent.

Mais, une fois passé ces écueils, force est de constater qu’Anne Rice semble bel et bien de retour. Si je trouve au final ce nouveau roman en-deçà de la première trilogie (mais l’effet de surprise n’est plus là), on est face à un récit autrement plus ambitieux que ce que l’auteur a produit dans cet univers entre Le Voleur de corps et Cantique sanglant. Un récit qui poursuit la dynamique de La Reine des damnés, en revenant aux origines des vampires et en approfondissant certains aspects laissés jusque-là de côté. Un roman qui fait donc preuve d’une grande cohérence avec le reste de la série, tout en amorçant nettement le début d’une nouvelle ère pour les buveurs de sang. Même si pour ça l’auteur doit se débarrasser de certains personnages emblématiques, davantage ancrés dans le passé.

On connait désormais bien la mythologie des Chroniques des vampires, particulièrement détaillée dans Lestat le vampire et La Reine des damnées. Les vampires sont issus d’un démon, Amel, lequel a pris possession du corps d’Akasha, faisant d’elle (et de son époux Enkil) la première vampire. Si tous les vampires sont immortels, tous n’ont pas les mêmes dons, les plus anciens étant ainsi capables de voler, se transformer en brume ou encore de maîtriser le feu. Ils sont également moins dépendants de la soif de sang. Si Akasha a été détruite, l’essence même d’Amel a été transférée en Mekare, après que celle-ci ait mangé le cerveau de la reine. Sachant que dans ce nouveau roman, la question principale tourne autour (du moins durant les 2 premiers tiers) de l’identité de cette voix en mesure de convaincre les vampires les plus puissants de détruire les plus jeunes d’entre eux.

Malgré quelques défauts (notamment – mais pas que – la lenteur de la mise en place), difficile de bouder le plaisir de retrouver un Lestat qui semble s’être débarrassé de la sainteté qui lui collait à la peau depuis son aventure avec Memnoch. Si on retrouve le personnage épris de doutes qu’on connaissait, il n’en reste pas moins un vampire à part, tout en étant capable de réagir impulsivement. Un véritable trublion parmi les visages immémoriaux qui peuplent les Chroniques des vampires. J’avais pu lire Le Don du loup il y a quelques mois, mais force est d’avouer que c’est dans son univers vampirique que j’apprécie le plus la dame de la Nouvelle Orléans. Et j’ai maintenant hâte qu’elle remette le couvert.

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