Hendee, Barb – Hendee, JC. Les Nobles Morts, tome 1 : Dhampir

Magirie a acquis la réputation d’être la tueuse de vampires la plus redoutable du pays. Partout, les villageois l’accueillent avec un sentiment de respect mêlé de mépris, reconnaissants qu’elle débarrasse leurs villes des morts-vivants qui les menacent, mais en ressortant plus pauvres qu’avant son intervention. La jeune femme a toujours su qu’elle avait affaire à des gens simples dont le seul désir était de faire taire leurs superstitions, et elle ne voyait aucun mal à profiter d’eux. Lassée de ce petit jeu, Magirie est aujourd’hui prête à déposer les armes et à s’installer avec Lihsil, son partenaire demi-elfe, dans un endroit qu’ils pourront enfin considérer comme leur foyer. Pourtant, leur nouvelle tranquillité ne durera pas. En effet, Magirie a attiré l’attention d’un trio de puissants et dangereux vampires qui ont reconnu sa véritable identité… et qui redoutent l’héritage qui coule dans ses veines. Ils feront tout pour empêcher la destinée de Magirie de s’accomplir.

Après l’excellent Jane Yellowrock – Tueuse de vampires, voici venir la série des Nobles Morts, deuxième titre à caractère vampirique publié par les toutes récentes éditions Éclipse. Inutile de tourner autour du pot, Dhampir est un roman de très bonne facture, riche sur plusieurs plans. Après avoir su apprécier la très belle finition du livre en lui-même, on se penche sur l’histoire. Là, on fait la connaissance des deux héros. Magirie, la jeune femme dotée de pouvoirs particuliers la faisant craindre des non-morts, est l’un des personnages principaux : peu bavarde, renfermée et pourvue d’un caractère bien trempé qui impose un respect naturel à son entourage. À ses côtés, Lihsil, son partenaire qui n’est pas en reste. Celui-ci est un demi-Elfe doublé d’un voleur aguerri qui, à l’image de son équipière, dissimule les turpitudes d’un passé peu reluisant. Lui et Magirie entraînent ensemble la ruine de villages entiers – un peu à la manière des frères Grimm dans le film éponyme – mais vouent un respect mutuel aux secrets de l’autre. Il est intéressant de constater que Lihsil s’accapare bien souvent la vedette au détriment de Magirie question charisme.

Toujours dans le registre des protagonistes, le trio de vampires composé par Rashed, Tisha et Raton présentent différents traits de personnalités qui les rendent chacun unique. Dépassant les archétypes habituels de stupides prédateurs, le groupe de buveur de sang entre en conflit avec les deux chasseurs afin de conserver leur foyer et le confort de leur anonymat. Rashed, le puissant chef de cette « famille » et ses compagnons se voient imposer des choix, des restrictions à leurs instincts afin de s’intégrer à la ville de Miiska et respecter les règles établies pour ne pas éveiller les soupçons à leurs égards. Le combat contre la chasseuse devient ainsi une légitimité car ils se sentent acculés et pensent être contraint à frapper les premiers.

Les vampires du roman sont conformes au mythe comme on se l’imagine. Ils abhorrent la lumière du jour, trouvent le repos dans la terre de leur pays natal, ou encore craignent les mélanges à base d’eau et d’ails. Également appelés Nobles Morts, les vampires sont considérés comme étant les créatures de plus haut rang parmi les non-morts. Ils sont esclaves de leur créateur jusqu’à la destruction de ce dernier. À ce moment seulement, un serviteur peut engendrer lui-même de nouveaux spécimens et trouver la liberté. Le déroulement de l’histoire permet d’explorer l’univers de ces immortels avide de sang. On découvre ainsi que chaque individu développe des pouvoirs spécifiques et sont parfois tentés de sombrer dans ce qu’ils nomment « La voie Sauvage », une existence bestiale dépourvue de règles durant laquelle le vampire peut tuer selon son bon vouloir au hasard de ses errances.

Dhampir prend le temps de lever doucement le voile de mystère enveloppant les personnages, tout en conservant toutefois une indispensable part d’ombre autour de Magirie et de Lihsil en vue des volumes à suivre. La jeune femme en armure, fruit de l’union entre une mortelle et un vampire, a du mal à assumer l’évidence de ses dons de tueuse de vampires. Plus curieux, les deux associés peinent à concevoir l’existence réelle des créatures de la nuit n’ayant jusque là étaient pour eux qu’un simple moyen d’extorquer de l’argent aux payants superstitieux.

Le roman s’attarde donc sur la tentative de mise au vert de ses deux antihéros. En suivant l’histoire, on éprouve autant de sympathie pour ces chasseurs et leur chien que pour le clan de vampires qui attirent parfois une irrésistible forme de sympathie. Ceux-ci possèdent chacun un passé intime, des ambitions, tissent des complots… ils sont capables d’aimer également, à l’image de Rashed et de ses sentiments pour Tisha. Les auteurs sont parvenus à inclure différents éléments assez originaux, tels que Chap, le chien redouté par les vampires ou Édwan, un fantôme tourmenté qui veille sur Tisha.

Dhampir n’est pas avare en scènes d’actions ni en suspense. Surtout, un point plus qu’appréciable : le style littéraire, le rythme de narration et l’atmosphère instilée sont autant d’atouts qui rendent la lecture très agréable. On est bien loin de la qualité parfois discutable, voire basique, de certains autres types d’ouvrages proliférant dans le secteur imaginaire ou bit-lit. D’ailleurs il ne faut pas s’y tromper, ce premier opus des Nobles Morts constitue un harmonieux mélange entre le fantastique et la fantasy. Différentes figures comme les spectres, les vampires ou les Elfes sont introduits dans un environnement féodal, ce qui nous donne une délicieuse fiction de Dark Fantasy.

Une histoire dense et superbement écrite, un subtil mélange de plusieurs genres, la psychologie approfondie qui complète le charisme de la galerie de personnages… Les qualités de Dhampir sont à saluer ! Certains passages se permettent même le luxe d’évoquer le classicisme des ambiances horrifiques les plus délectables avec vieux châteaux, volets grinçants et pleine lune en guise de décor inquiétant. Ce premier tome de la série des Nobles Morts fait office de bonne surprise en cette fin d’année et la suite s’annonce sous des hospices tout aussi palpitantes.

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