Haig, Matt. Les Radley

Bishopthorpe : une petite ville de province ordinaire, peuplée de gens ordinaires. Ou presque… Si rien en apparence ne distingue les Radley de leurs voisins, ils ne sont pourtant pas tout à fait humains. Peter, médecin, et Helen, femme au foyer, sont des vampires qui ont fait vœu d’abstinence pour s’intégrer à la société. Depuis près de vingt ans, ils s’appliquent ainsi à réfréner leurs instincts et leur soif de sang, cachant même la vérité à leurs deux enfants qui ignorent tout de leur condition de vampires. Jusqu’au jour où, devenus adolescents, ils vont découvrir leur véritable nature….

Le pitch de ce roman avait un je ne sais quoi de franchement attirant et décalé qui a eu tôt fait de me convaincre quand on m’a proposé de le lire. Certes l’idée de vampires abstinents peut, sous certains aspects, faire penser aux vampires végétariens de Stephenie Meyer, mais l’accroche des Radley ne fait pas outre-mesure penser à la saga rose-bonbon qui défraie la chronique depuis quelques années. Trouver un roman de vampire qui ne va pas très rapidement se fondre dans le moule Bitlit est assez difficile depuis quelques mois. Certes il y a des exceptions (la plupart du temps française), mais je me méfie habituellement quand un éditeur chante les louanges d’un nouveau texte aux dents longues.

Force est d’avouer que les gens de chez Albin Michel n’ont pas eu ici le nez creux, car Les Radley est un roman franchement sympathique, bien écrit et dessinant un mythe du vampire cohérent sur lequel s’implante l’intrigue. L’idée de départ est donc de mettre en présence le lecteur avec une famille de vampire qui respecte les principes de l’abstinence. Comprendre par là qu’ils ne boivent pas de sang humain depuis de très longues années, et qu’ils suivent au plus près les préceptes du Guide de l’abstinent, un ouvrage indispensable à la survie des vampires qui veulent maîtriser leurs instincts. Seuls les deux parents sont au courant de leur statut de vampire, les enfants n’ayant pas été mis dans la confidence afin de leur permettre de vivre le plus normalement du monde. Cet équilibre va se fissurer lorsque Clara Radley, agressée par un de ses camarades, va laisser ses pulsions prendre le dessus, et découvrir ce qu’elle est réellement.

Le style est franchement maîtrisé, et distille une pointe constante d’humour noir, de situations so british, qui rend attachant les personnages, en évitant de les faire sombrer dans l’archétype. Certes il y a des histoires de cœur au milieu de tout ça, mais elles sont autrement plus crédible et psychologiquement travaillée que les je t’aime moi non plus d’un Twilight. Helen radley aime son mari mais éprouve des difficultés à assumer ce qu’elle est, ce qui nuit à sa relation conjugale. D’autant qu’elle cache depuis des années un secret à son mari, un secret qui pourrait mettre en péril leur relation. Peter Radley quand à lui n’accepte pas de voir son mariage se déliter, même s’il éprouve lui aussi du mal à suivre les préceptes que tous deux se sont fixés. Les deux enfants quant à eux sont en plein dans les affres de l’adolescence. D’un côté Rowan, bouc émissaire des gros bras du collège, de l’autre Clara, que seule Eve semble apprécier.

Niveau vampirique, Matt Haig joue avec les caractéristiques classiques et rajoute sa petite touche personnelle. Les vampires peuvent ici supporter la lumière du soleil, même si leur capacité d’exposition est réduite et leur peau sujette à des irritations qu’ils peuvent faire passer pour de l’eczéma. S’ils doivent se nourrir de sang frais, ils peuvent néanmoins se passer de sang humain. Ils ne dorment pas dans des cercueils, ne craignent ni l’eau bénite, ni les crucifix. L’ail semble cependant être en mesure de les repousser, de même que la décapitation semble être la seule façon d’en venir à bout. Une partie de la police est au courant de leur existence, et veille à ce qu’il n’y ait pas de débordement. La police se doit ainsi de respecter la liste des vampires intouchables établie par la société Shéridan, un groupe de vampire puissant qui veille à la pérennité de la race. Pour le reste, les vampires possèdent certains pouvoirs, comme celui de voler, et certains peuvent même hypnotiser les humains.

Un roman franchement intéressant, qui propose un univers et des personnages travaillés, un style accrocheur et une plume qui regorge d’un humour noir des plus agréable. Sans non plus proposer une intrigue qui va à cent à l’heure, Les Radley offre au lecteur une histoire où les vampires sortent des caricature habituelles. A découvrir.

4 réponses à Haig, Matt. Les Radley

  1. Ewelf dit :

    Voilà un roman qui sort des sentiers battus ! Dans la littérature vampirique, nous sommes habitués à voir des vampires soit méchants, cruels monstrueux… soit très beaux et très forts. Ici, rien de tout cela, nous suivons une famille qui parait, en façade, parfaite : un couple aimant, des enfants respectueux et d’un bon niveau scolaire Jusqu’au jour où tout dérape… Un récit sous fond de crise de la quarantaine, d’enfants rejetés à cause de leur différence et mal dans leurs peaux. Ce cross-over plaira autant aux adolescents qu’aux adultes.

    Un roman riche en événements et retournements. Un humour noir qui fait mouche à tous les coups ! Matt Haig intègre à son récit bons nombres de personnages célèbres, garantis 100 % vampire. Ce que j’ai également apprécié dans ce livre, c’est la manière dont l’auteur nous informe sur les capacités qu’ont ces vampires. Il nous délivre, par petites touches, tout au long de l’histoire des informations importantes sur les caractéristiques des vampires que l’on découvre avec grand plaisir comme des petits morceaux d’un délicieux gâteau.

  2. Irène Delse dit :

    "Force est d’avouer que les gens de chez Albin Michel n’ont pas eu ici le nez creux"

    Hum, en fait, si, d’après ce billet de Vladkergan, ils ont "eu le nez creux", c’est-à-dire qu’ils ont bien détecté un livre qui sort des sentiers battus! 😉

    L’idée de vampires abstinents et s’intégrant à la société est intéressante, mais au fond, c’est ce que fait déjà depuis plusieurs années Terry Pratchett (voir "La Vérité", "Le Cinquième éléphant", etc.) dans ses romans du Disque-Monde. Ce serait intéressant de comparer avec ce qu’en fait Matt Haig.

  3. Spooky dit :

    Je confirme, très bon bouquin sur le genre, mais plus que le renouveau vampirique, c’est véritablement la qualité de l’écriture qui m’a plu.

  4. Asmodée dit :

    Il est des livres qui se savourent jusqu’à la dernière page et Les Radley est de cette trempe-là. En fait, ce roman écrit par Mat Haig équivaut à une grande bouffée d’oxygène dans le paysage quelque peu saturé de la littérature vampirique.

    L’œuvre affiche un insolent palmarès de qualités. Toute d’abord, il s’agit d’un récit unique, et non pas d’une série ; fait assez rare pour être spécifié. Ensuite, la famille Radley est diablement accrocheuse, peut-être parce qu’on peut s’identifier aux profils dispensés par ses membres.

    Avec ces vampires vraiment hors normes, la banalité du quotidien se révèle sous un jour burlesque et un brin décapant, le tout assaisonné un côté "pince-sans-rire" pas piqué des vers.
    Cette famille de vampire, au stade pénitent pour les parents et novice pour les enfants, s’impose des contraintes pour se fondre dans un paysage de banlieue paisible en apparence. Les efforts de ses membres et leurs difficultés à s’intégrer soulignent les travers et inepties de la société moderne. Le roman ne se veut pas moralisateur, il se contente de poser un constat. Et l’état des lieux ne manque pas de faire sourire.

    Dans leur soif de "normalité", Helen, son mari et ses deux enfants s’aperçoivent à leurs dépens que la routine ordinaire peut être un terrain fertile à l’irrationnel, sans compter les embûches d’une certaines incohérence de la part des humains.

    L’auteur, avec une plume moderne et pleine de légèreté, brosse un portrait de notre mode de vie, de son éthique imposée – et parfois hypocrite, de ses mal-êtres… Le tout, comme le dit plus haut Vladkergan, sans se défaire d’un ton so British du meilleur effet.

    Les quatre membres de la famille Radley sont complémentaires au sein du récit. Chacun se voit confronté à des tracas d’ordre divers qui apportent une grande variété de situation. L’élément qui les fédère : l’inextinguible attraction que le sang et ses plaisirs exercent sur eux ! N’ayant eu qu’en de rares occasions l’opportunité de lire ce genre d’histoire, celle où des vampires désirent à tout prix rentrer dans le moule en bridant leurs pouvoirs et leur singulière longévité, sa lecture n’en a été que plus délectable.

    N’oublions pas les extraits du Manuel de l’Abstinent qui ponctuent le roman, ces derniers ne manquant jamais de créer un ton décaler et bienvenu.
    Néanmoins, Les Radley n’est absolument pas un ouvrage à cataloguer dans le registre parodique ou tirade. Il s’agit là d’un vrai thriller qui sait ménager un suspens de caractère, tout en faisant montre d’humour et de réflexions.

    Si les Radley luttent contre leur nature vampirique, Will, le beau-frère de passage aux tendances de sérial killer, apporte quant à lui une indispensable cruauté en jouant sur une tendance irrespectueuse et mauvais garçon. Une image propre aux buveurs de sang, et qui officie ici en tant que piqûre de rappel quant à la dangerosité du genre vampirique.

    Les Radley est un roman original, terriblement addictif. Une œuvre bluffante de par sa maîtrise et le plaisir qu’elle procure au lecteur.

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