Valla, Kristoff. Entretien avec l’auteur de Kath

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Bonjour. Kristoff Valla, bientôt 44 ans et une formation en sciences sociales. Plus important, je n’ai jamais su me contenter de ce monde-ci, d’où un goût prononcé depuis l’enfance pour les univers oniriques et fantastiques, les balades imaginaires. J’écris depuis des années – articles, nouvelles, scénarios, jeux… – mais la trilogie de Cœur de Jade, Lame du Dragon a été mes premiers romans publiés. J’y mettais en scène les légendes chinoises et la période des Sept Royaumes, combattants dans une saga épique. Sous le même format, trois tomes pour une histoire complète, Kath me permet d’explorer un autre mythe, celui des vampires, et une autre époque (ou plutôt diverses époques). Un changement qui correspond bien à mes goûts éclectiques.

La sortie du premier tome de la série Kath est prévue dans les prochaines semaines. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

Le roman Kath est issu d’un défi. Lors d’une soirée, il y a quelques mois, j’expliquais à des amis mon incapacité à finir un livre traitant des vampires. Je m’y ennuie très vite ou j’y trouve trop de détails qui m’empêchent de rentrer dans l’histoire. D’un autre côté, j’ai apprécié pas mal de films sur le sujet : Underworld (le premier), Les Prédateurs, Les Morsures de l’aube… Ce n’est donc pas un sujet qui me repousse en soi, mais je ne me suis pas constitué, forcément, une très grande culture sur ce thème. Du coup, ces mêmes amis m’ont mis au défi d’imaginer une histoire que j’aimerais lire. Banco ! Ensuite, je me suis plongé dans diverses références, les mythes et les données historiques essentiellement, pour en tirer ce qui m’accrochait le plus avant de réfléchir à l’approche pour laquelle je voulais opter. Avec mes influences, plus proches de la fantasy ou de la science-fiction, je dirais que Kath : renaissance frôle plus le roman d’aventure que d’horreur, par exemple. Mais je souhaitais y intégrer cette dimension, ainsi que des références à l’histoire de notre civilisation et une héroïne en nuances de gris.

Vous travaillez également dans le monde du jeu de rôle (notamment chez 7e Cercle). Être créateur de jeux a-t-il une influence sur votre manière d’écrire ?

La première influence a été de me permettre d’être lu. Et d’apprendre beaucoup sur la manière d’écrire. Les retours du public sont très formateurs, autant, à mon sens, que ses propres lectures. Cependant, écrire un jeu est un exercice bien différent. Dans un jeu de rôle, il faut transmettre le maximum d’infirmations dans un espace restreint, se montrer didactique, évoquer l’ambiance plus que la mettre en place car l’univers ne nous appartient plus une fois publié. Composer un scénario relève du même schéma de travail, il faut toujours penser que l’on n’offre que des pistes. Le roman me permet de mieux contrôler l’histoire, son rythme, ses rebondissements, l’ambiance… Toutefois, je garde certaines structures de construction, dans la préparation des personnages par exemple, sous forme de fiches d’identité empruntées au jeu de rôle, ou dans l’idée que le récit est avant tout destiné à être partagé. Une fois entre les mains des lecteurs, leur imaginaire vient à la rencontre du vôtre et c’est cette alchimie que je recherche. Et, j’espère, réussis parfois à atteindre.

Dans ce premier tome, on sent autant l’influence d’œuvres cinématographiques modernes comme Underworld que de la mythologie vampirique d’une Mascarade. Est-ce que ce sont des références ? Où avez-vous puisé les idées qui vous ont servi de matière première à cette série ?

Je crois que la plupart des histoires, sinon toutes, ont déjà été écrites. Les auteurs trouvent de nouvelles façons de les raconter, parfois avec grand talent, mais les thèmes principaux reviennent encore et encore. Vengeance et quête de soi, deux trames importantes dans Kath : renaissance, forment une base déjà très exploitée. L’apport personnel tourne autour des intrigues, des personnages et des décors qui en découlent. Je revendique ces inspirations, d’autant plus que j’essaie d’avoir une écriture assez visuelle, en pensant souvent mes scènes comme des plans de films. Ensuite, une fois les idées de base posées, j’avais une idée assez précise de l’ambiance et du récit vers lesquels je voulais aller. Les influences aident à se créer des références que l’on doit ensuite s’approprier, triturer et passer au filtre de son propre imaginaire. La mythologie, les légendes locales et bien entendu des événements historiques ont participé à la conception de l’univers de Kath. Je voulais un monde cohérent et complet, avec sa structure, ses mystères internes et ses propres moteurs d’intrigue. Mais aussi des choses plus banales comme des décors que j’avais envie de mettre en scène, des éléments divers et variés tirés de nombreux supports… Certains personnages ressemblent à des gens de mon entourage, du moins sur un élément de comportement, par exemple. Pour l’imaginaire, tout est source d’inspiration.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du vampire en littérature ces dernières années ?

Comme je le disais, j’ai beaucoup de mal à lire sur ce thème. Je fais des efforts, mais ayant déjà beaucoup de lectures en retard, ce n’est pas une priorité. J’ai un souvenir mitigé du Dracula de Bram Stoker par exemple. Je n’ai jamais pu finir un roman d’Anne Rice, pas plus que La Communauté du Sud et je ne parle pas de Twillight. Bref, je m’y connais très peu. J’ai toutefois l’impression, à travers des discussions ou des lectures connexes, que le sujet a su trouver un public passionné et a donné naissance à une littérature importante, jusqu’à une spécialisation au sein de celle-ci. Le mythe lui-même se décline de plus en plus, trouve sa place au cinéma, dans des séries télévisées. Avec de nouvelles plumes, on assiste toujours à un renouvellement des idées, plus ou moins bonnes, mais cela traduit surtout une vivacité réelle du sujet. L’image du vampire est devenue totalement intégrée à l’imaginaire actuel. Il a perdu son aura de terreur pour devenir plus « cool », plus accessible. Il est passé du statut de monstre à celui de « héros ». J’imagine que cela permet d’imaginer plein de nouvelles approches, ce dont je ne me suis pas privé pour Kath.

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et/ou cinématographique) ?

J’ai donc lu Dracula étant adolescent. Ce premier contact avec le mythe du vampire ne m’a pas passionné, d’où peut-être la distance que j’ai aujourd’hui. Puis il y a eu Les Prédateurs, avec David Bowie, Susan Sarandon et Catherine Deneuve. L’esthétique de ce film m’avait touché à l’époque. Les films de la Warner, le jeu de rôle (Vampire : la mascarade), quelques bandes dessinées (Blade, 30 jours de nuits…). Quelques romans presque aussi vite refermés qu’ouverts.

Dernièrement, j’ai essayé de regarder la série télévisée True Blood. Laborieux. J’en reste à la saison une (alors que j’avais bien aimé Moonlight). Je crois que je ne suis pas très bon public pour ce thème. Mais j’irai tout de même voir Dracula Untold à sa sortie…

Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

La notion d’immortalité est séduisante, même s’il y a un prix à payer. Le vampire nous renvoie à beaucoup de fantasmes primitifs : puissance, peur du noir, éternité, dépassement de notre condition humaine, domination, survie et d’autres encore… Il touche à des ressorts profondément enfouis dans notre inconscient personnel, et aussi dans l’inconscient collectif. Il incarne ce prédateur d’une humanité pourtant parvenue au sommet de l’échelle des espèces, donne un sens à une peur sans raison. L’image du sang ramène également à quelque chose de très instinctif, sauvage, mais elle se pare ici de beaucoup de sensualité, voire de sexualité. Je suppose que cette inscription du vampire dans notre personnalité intime lui permet de trouver un écho en chacun de nous. Il évolue aussi avec notre propre acceptation de notre bestialité : de monstre inquiétant à surhomme en proie à ses propres problèmes aujourd’hui. Il nous ressemble tant, au fond. Et, les êtres humains étant ce qu’ils sont, cette créature n’a pas fini de nous rappeler qui nous sommes.

Avez-vous encore des projets de livres sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

D’abord conclure la trilogie de Kath, finir cette histoire pour lui donner tout son sens. Ensuite, une fois le défi relevé, et ayant vraiment besoin de papillonner entre divers mondes, je crois que je passerai à autre chose. Toutefois, les amies qui m’ont fait l’honneur de relire le manuscrit, ont soulevé quelques questions intéressantes sur cet univers : la guerre originelle, les voyages de Kath au cours de son histoire, le destin de personnages secondaires… je ne ferme pas la porte à l’idée d’explorer quelques pistes, mais je crois que j’aurai besoin d’abord d’une petit pause.

Pour le reste, après une longue interruption, je réécris du jeu de rôle avec plaisir depuis ces derniers mois, avant tout pour moi, mais aussi pour partager avec d’autres joueurs (ce qui est à mon avis l’essence du JDR : partager). Du point de vu littéraire, j’avance en parallèle sur un roman de science-fiction empruntant à autre mythe, celui créé par H.P. Lovecraft autour de la figure de Cthulhu. D’autres manuscrits en cours, selon les priorités et le temps disponible, avec une grosse envie d’univers et de récit post-cataclysmique. Histoire de changer encore une fois de décor. Mais bien entendu, trop d’idées et pas assez de temps…

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