Toulemont, Manon. Interview avec l’auteur de Symfonia

Bonjour Manon. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Bonjour ! Alors voilà, je suis une jeune femme de 21 ans, parisienne d’origine mais vivant désormais en Bretagne. Je viens d’obtenir une licence en métiers du livre et pense continuer mes études en me dirigeant maintenant vers l’éthologie, ma grande passion avec la littérature et le cinéma. J’ai toujours aimé écrire, inventer des histoires et des personnages, une vocation qui s’est concrétisée il y a maintenant trois ans avec l’écriture du premier tome de Symfonia.

Votre première série qui croise le thème des vampires est Symfonia, éditée aux Editions du Rocher. Pouvez-vous nous raconter la genèse de cette série ?

J’avais 17 ans quand je me suis lancée dans l’écriture du premier tome, et je venais tout juste d’entrer à la fac. J’effectuais alors une licence de cinéma, ce qui m’a beaucoup influencée pendant la création de ce premier roman. Mon imaginaire était aussi très imprégné par la littérature fantastique ; comme beaucoup d’adolescents, je sortais à peine de ma lecture des Harry Potter, et cette période a aussi coïncidé avec la mode « vampire » déclenchée par Twilight. Bien que n’ayant jamais lu cette série, je crois que j’ai été marquée par la puissance du phénomène. Je voulais aussi aller à l’encontre de l’image « romantique » véhiculée par la bit-lit (qui m’agaçait un peu), en revenant à un type de vampire plus agressif, purement prédateur. C’est ainsi que les thèmes « magie », « vampire » et « serial killer » se sont mélangés dans mon esprit pour donner naissance à Symfonia.

D’où vous est venue cette idée de la Symfonia, qui semble relier aussi bien les être dotés de pouvoirs que les créatures fantastiques (dont les vampires) ?

Quand j’ai commencé à écrire, j’hésitais entre plusieurs univers différents ; j’avais des tas d’idées sur de nombreux sujets, et dans mon enthousiasme, j’ai voulu tout mettre ensemble. Je crois aujourd’hui qu’il aurait été plus raisonnable de me restreindre un petit peu, car du coup ça partait dans tous les sens ! Mais à l’époque, j’ai préféré chercher un moyen de relier tous ces aspects (fantastique, thriller, magie, créatures…) plutôt que de réduire leur nombre. La Symfonia, force régissant les phénomènes paranormaux de l’univers, est née de ce besoin d’instaurer une cohérence au sein de cette profusion. Elle constitue le point central, l’origine, le lien qui maintient l’ensemble de la mythologie et qui établit des connexions logiques afin que l’univers de la série ne paraisse pas trop désordonné.

Vos vampires changent radicalement d’apparence lorsque leur part surnaturelle prend le dessus. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Je suis fascinée par le thème de l’animalité de l’être humain, des pulsions et des instincts les plus sauvages qui dorment (plus ou moins) en chacun de nous. Le vampire, tout comme les autres types de créatures prédatrices, incarne pour moi cette animalité ainsi que la difficulté, voire l’impossibilité de la réprimer. Ainsi, le personnage de Pacôme se présente à première vue comme un jeune homme à peu près normal, que l’on pourrait croiser dans la rue sans le remarquer, qui pourrait très bien être l’un d’entre nous… à la différence que contrairement à nous, il possède une animalité exacerbée s’exprimant à travers sa seconde nature. J’ai choisi de rendre la métamorphose un peu spectaculaire afin de marquer la nette différence entre son « moi humain » et son « moi bestial ». Quand il devient vampire, il adopte des caractéristiques animales telles que les griffes, les crocs, les pupilles dilatées…

Pour décrire ses réactions et ses attitudes, je me suis en partie inspirée de documentaires sur les fauves, en observant comment se comportaient les tigres, les léopards ou les lions, et en calquant leurs attitudes sur celles de Pacôme et des autres prédateurs de la saga.

Par ailleurs, j’ai également fait un parallèle entre le besoin vital de sang et la drogue : quand ils sont en manque d’hémoglobine, les vampires de Symfonia présentent des symptômes assez proches de ceux d’un drogué en manque de substances, là encore de manière exacerbée.

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?

La dernière fois que j’ai croisé des vampires dans un roman, c’était avec Le Livre sans nom, d’un Anonyme, et je dois dire que je n’ai pas beaucoup aimé la manière dont le mythe vampirique y était développé, même si le roman m’a plu dans l’ensemble. Quant au cinéma, cela remonte à bien longtemps… peut-être était-ce dans Morse, de Tomas Alfredson, un film suédois plutôt insolite que j’ai vraiment apprécié ! En fait, j’ai tendance à éviter les livres ou films de vampires car je possède une vision très stricte de cette créature, et j’ai du mal à supporter les mythologies qui diffèrent de la mienne (je suis un peu maniaque, avec ça…^^).

Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est-ce qui en fait la pérennité ?

Je ne crois pas posséder une culture assez large de ce mythe pour donner un avis éclairé (je n’ai même jamais lu Anne Rice ni Dracula !), mais j’ai l’impression qu’après avoir longtemps incarné quelque chose d’effrayant et de monstrueux (l’image du mort-vivant hideux, comme dans le film Nosferatu ou dans les vieilles légendes), le vampire est peu à peu devenu une figure moderne charismatique, peut-être parce qu’il incarne l’interdit, l’absence de limites, la surpuissance, l’homme devenu un prédateur pour l’homme… Son physique s’est aussi beaucoup amélioré ! Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il existe deux types de vampires : les « méchants », qui fascinent de par leur violence et leur immoralité (un peu à la manière des tueurs en série), mais qui sont dans le fond assez mélancoliques et souffrent de leur situation (ceux de Symfonia sont plutôt dans cette catégorie). Et les « gentils » qui charment grâce à leur physique et leur côté bad-boy, mais qui ne sont pas bien dangereux car ils se refusent à tuer (ils n’en ont visiblement pas besoin, d’ailleurs) et possèdent les mêmes valeurs morales que n’importe quel humain. Avec ces deux catégories, je pense qu’on peut toucher un large public : chacun y trouve son compte. Et comme il s’agit d’un mythe très ancien, le vampire est véritablement ancré dans le patrimoine fantastique, quelque soit son apparence ou son degré d’agressivité. C’est une figure incontournable qui, à mon avis, fera toujours fantasmer.

Avez-vous encore des projets de livres sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

Je continue la série des Symfonia, donc les vampires resteront au programme de ce côté-là, mais en ce moment je travaille sur d’autres manuscrits qui abordent des thèmes totalement différents. J’ai terminé au début de cette année une dystopie intitulée Les Fauves, qui n’est pas encore publiée et qui explore encore une fois le thème de l’animalité mais dans un univers résolument réaliste, sans magie ni créatures surnaturelles. C’est aussi un roman qui parle du rapport entre l’homme et la nature, de la capacité d’un être humain à retourner à la vie sauvage lorsqu’il n’a plus d’autre choix, et des changements que cela opère dans sa personnalité. Et en ce moment, je suis en pleine rédaction d’un roman d’épouvante, Hoodoo, qui met en scène des démons (non pas des humains capables de se métamorphoser en démons, mais bel et bien des monstres aux formes diverses), dans le cadre d’un Paris dévasté par une sorte d’apocalypse… De la joie et de la bonne humeur, donc. J’espère que ces deux manuscrits pourront être publiés !

Merci à vous pour cette interview !

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