Dupont, Damien – Pierre-Kaiser, Yvan. Interview avec les réalisateurs de Jean Rollin, Le Rêveur égaré. 2015

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Bonjour. Nous nous sommes rencontrés sur les bancs de la fac.  Au fil des discussions on s’est découvert un univers commun empreint de fantastique ce qui nous a amené à collaborer sur divers projets. Après la réalisation d’un court-métrage on s’est lancé dans l’aventure de ce documentaire.

Vous venez de sortir en DVD Jean Rollin, Le Rêveur égaré. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

Nous avons eu l’occasion de rencontrer Jean Rollin pour une discussion informelle qui a finalement duré tout un après-midi. Son accueil, sa générosité nous ont profondément marqué. Mais surtout : l’histoire incroyable de sa carrière et de sa vie. Nous n’arrivions pas à croire qu’un tel réalisateur existe encore en France ! En sortant de cet entretien nous étions décidés à faire un documentaire sur lui. Il nous semblait impératif qu’il reste un témoignage de sa façon de travailler, de sa vision très particulière et personnelle du cinéma. Et les diverses rencontres que nous avons faites lors des préparatifs nous ont conforté dans cette volonté aussi de rendre hommage à un monde à part, une façon d’envisager le cinéma qui se perd peut-être un peu aujourd’hui.
Thomas Van Hoecke s’est greffé au projet en nous apportant la logistique nécessaire et ses talents de monteur.

Comment expliquez-vous qu’en France, Jean Rollin soit vu comme un réalisateur de nanars, alors qu’il semble disposer d’une aura certaine auprès des cinéphiles anglo-saxons ?

En France, il existe un snobisme et une inculture profonde autour du fantastique du pays. Tout ce qui vient de l’hexagone est dévalorisé. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays, notamment chez les anglo-saxons. Même encore maintenant, les éditions françaises des films de Jean Rollin sont une catastrophe éditoriale. Comparez simplement les affreuses jaquettes des dvd français et les récents blu-ray américains. Même à sa mort, on a eu le droit à des expressions du genre : « le pape du z ou du bis français est décédé ». C’était un peu lamentable. Pour nous, Jean Rollin a payé le prix fort de son attachement au fantastique et de son indépendance. Et il ne faut pas oublier son anarchisme profond qui l’amena à ne jamais rentrer dans le rang, de refuser toute académisme et de ne pas « être un professionnel de la profession ».

Comment avez-vous choisi les films autour desquels se structure le documentaire ? Car si on en balaie une large part, il y a des films de Jean Rollin qui sont à peine abordés (alors que vous n’omettez ni de parler de sa carrière littéraire, ni de son passage par le porno) ?

On ne voulait pas parler de tous les films, tout de même une cinquantaine, ça n’a aucun sens d’être exhaustif dans un documentaire de 80 mn. De plus, Jean Rollin ne parlait tout simplement pas de certains films. Et, il nous importait d’aborder ses œuvres les plus importantes et représentatives. Peu de monde parlait de sa carrière littéraire et de ses films pornographiques. Sur ce dernier point, il avait un discours franc, joyeux et décomplexé sur ce type de cinéma. Ce qui nous change de la soupe morale actuelle. Il décrivait une autre époque, celle des années 70 et du sexe libertaire, de la libération sexuelle.

Nombreux sont les intervenants qui interviennent au fil du documentaire. Comment avez-vous choisi ces derniers ? Quel ressenti avez-vous de leur relation avec le réalisateur ?

Nous avons choisi des proches mais aussi des personnes capables d’avoir un certain recul. Et certains nous ont choisis, comme Philippe Druillet, qui voulait absolument intervenir dans le film. Il existe une « famille » autour de Jean Rollin, de personnes jeunes et moins jeunes mais toutes très attachées à lui et son univers. Ce fut un tournage de 5 ans, une période très émouvante car marquée par la générosité et la fidélité de tous. Et ce qui nous a motivés c’est l’envie de tous ces gens de voir le film se réaliser pour enfin rendre hommage à Jean. C’est d’ailleurs le seul regret de toute cette aventure, que Jean lui-même n’ai pas pu assister à la première du film.

Jean Rollin est pour beaucoup connu pour ses films autour du thème du vampire. Vous qui l’avez rencontré et interviewé plusieurs fois, comment expliquez l’importance de cette figure de proue du fantastique dans son œuvre ?

Jean Rollin était fasciné par la mort et l’érotisme. Quelle autre figure du fantastique incarne le mieux ces fondamentaux de l’être humain ? Le vampire est l’une des créatures les plus poétiques du bestiaire fantastique. C’est elle qui est le plus en phase avec l’univers de Jean Rollin, un être suspendu à jamais entre la vie et la mort, doué de raison et d’appétit sexuel.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du vampire au cinéma ces dernières années ?

Nous pensons qu’il y a peu de choses à se mettre sous la dent… à l’exception de Only Lovers Left Alive de Jamusch et What We Do in the Shadows. Ce n’est pas innocent que ces films soient réalisés par des personnes extérieures au genre. N’oublions pas aussi Stake Land, un post-apo vampire… mais en règle général la figure romantique du vampire est de plus en plus remplacée par le monstre (type Blade et The Strain).

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?

Damien : Ma première fut sûrement cinématographique avec Near Dark, le chef d’œuvre de Kathryn Bigelow, film que je regarde fréquemment. Pour la dernière, Only Lovers Left Alive, l’un des meilleurs Jarmusch tout simplement.

Yvan : Je pense que le premier vampire que j’ai croisé était Christopher Lee dans le film de Terence Fischer, Horror of Dracula. Le dernier en date c’est le Maître dans la série The Strain, que je suis plus ou moins assidûment avec un ennui poli.

Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

Le vampire, c’est Eros et Thanatos en une seule créature, c’est la symbiose parfaite des deux pulsions qui nous construisent et nous détruisent. Le cinéma, vecteur ô combien fabuleux de fantasmes ne peut que s’intéresser à une telle figure.

 Avez-vous encore des projets de films ou documentaires sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

Damien : Trois projets m’accaparent actuellement. Le premier est extérieur au genre, il s’agit d’un documentaire sur la vie de Jackson C. Frank, grande figure de la musique folk, que je coréalise avec Thomas Van Hoecke ; une campagne indiegogo débute dans quelques jours. Le deuxième est un documentaire sur l’histoire du cinéma fantastique français du muet à nos jours. Et le 3ème un court métrage fantastique abordant le thème du fantôme.

Yvan : Je me suis lancé dans la réalisation de clips, dont le premier sort ces jours-ci. Sinon, je finalise un scénario de moyen-métrage fantastique que j’espère réaliser prochainement et pour finir je coécrit et coréalise un documentaire sur le striptease !

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