Batteault, Rémy. Interview avec le réalisateur de Vampyr

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Mon activité principale est cinéaste, réalisateur de documentaires. Mais je suis avant tout un curieux de nature…

Vous venez de sortir le documentaire Vampyr. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

Je m’occupe pas mal de comédie musicale. À ce titre, j’ai été convié à la présentation de la version musicale du Bal des vampires de Roman Polanski. Sur scène est monté Jacques Sirgent, qui se présente comme vampirologue… Ma curiosité était piquée : je suis allé au musée des vampires, l’ai rencontré. Rapidement il m’est apparu qu’un sujet, sur les origines de cette créature bien implantée dans l’inconscient collectif, se dégageait. En effet, s’il existe de nombreux documentaires sur le vampire, je n’en connaissais pas qui traitait cet aspect, et uniquement cet aspect. J’ai donc fait des recherches : les travaux de Claude Lecouteux et Jean Marigny m’ont particulièrement captivés et, lorsque l’un comme l’autre ont accepté de participer à ce projet, je ne pouvais pas ne pas le faire !

Avez-vous eu des difficultés pour produire, réaliser et trouver un circuit de diffusion pour Vampyr ?

Avec Nico di Biase, mon producteur, nous pensions qu’il serait assez facile de trouver des diffuseurs. Erreur… Le projet se voyait reprocher un aspect trop cérébral. « Vous ne parlez pas assez de Twilight, donc non » est, par exemple, une phrase que j’ai entendue… Dans mes recherches, j’ai lu les écrits de Dom Calmet. Olivier Brumelot, directeur d’antenne de France 3 Lorraine, donna sa chance à ce projet. Je lui ai envoyé un mail en lui disant que Dracula avait sans nul doute du sang lorrain, ça l’a amusé. J’ai développé un peu cet argumentaire en lui expliquant que Bram Stoker s’est énormément documenté pour l’écriture de son livre et que, comme les écrits de Dom Calmet ont été traduits en anglais, nous pouvons raisonnablement penser qu’il les a eu entre les mains. Pour l’heure, le film sera diffusé sur plusieurs France 3 régions, une présentation parisienne a bien marché. Les spectateurs s’étonnent de tout ce que le mythe recèle… et encore, le documentaire est loin d’être exhaustif : s’il donne envie aux gens d’en savoir encore plus, je serai ravi !

Si le film a une vocation documentaire, vous avez imaginé un fil narratif autour d’une vampire qui tient fortement de Nosferatu, ce sur quoi influe encore davantage le grain de l’image utilisé dans ces extraits. Comment avez-vous eu cette idée et comment avez-vous structuré ce récit cadre pour qu’il s’intercale entre les différents temps forts de votre film ?

Lors de l’élaboration du projet, j’ai réfléchi au vampire au cinéma. Le film ne traite donc pas de ce sujet, mais il me semblait intéressant de faire un clin d’œil. L’image du vampire au cinéma est tellement forte qu’évoquer la figure de Nosferatu suffit à faire ressurgir des moments forts dans l’imaginaire des spectateurs. J’ai tourné mon propre film de vampire en Super 8 cinémascope, usant des teintes saturées en référence aux films de la Hammer. Romain François, preneur de son sur mon documentaire, m’a suivi dans cette aventure en marge du tournage officiel. Comme le principe était d’avoir un fil rouge par le biais de ce film, j’ai choisi une intrigue la plus simple possible, en essayant là aussi de retrouver les bases du vampirisme. Nathalie Pernette m’a beaucoup inspiré : danseuse et chorégraphe épatante, elle a créé un solo : Animale, où elle danse entourée de… 50 souris et apparaît grimée en Nosferatu au début du spectacle. Avec son mari Jean-Pascal Vendange, ils m’ont fait le grand plaisir de participer à ce film que nous avons tourné à Paris, Besançon… Lors des premières projections des spectateurs m’ont demandé où j’avais déniché ce film ancien !

Le documentaire se focalise pour beaucoup sur la figure du vampire avant qu’il n’intègre la littérature de fiction, puis le cinéma. Pourquoi avoir choisi cette période particulière (certes étendue mais assez éloignée de l’image du vampire qu’on connaît aujourd’hui) ?

J’ai souhaité en effet par le biais de ce documentaire fouiner sur « l’avant », de manière à comprendre comment le vampire a pu inspirer les auteurs, cinéastes. J’adore l’étymologie, découvrir les origines d’un mot, son parcours… J’ai débuté mes recherches comme cela : en tentant de trouver d’où vient le terme « vampire » et ses premières utilisations, en plein XVIIIe siècle. Cette histoire était déjà si riche qu’elle permettait de nourrir le documentaire. Je passe sous silence volontairement les personnages emblématiques qui ont inspiré les auteurs (Vlad Tepes en tête) en me concentrant sur ce qui est le moins connu.

Nombreux sont les intervenants à qui vous donnez la parole au fil du documentaire. Comment avez-vous choisi ces derniers ?

J’ai choisi les intervenants en fonction de la pertinence vis-à-vis du sujet et aussi en faisant confiance au hasard… Ainsi pour Camille Renversade, le chimérologue, c’est en visitant par hasard le musée d’anatomie lyonnais que je l’ai rencontré. Les auteurs présentes aux Imaginales ont été contactées au préalable, sauf Li Cam que j’ai rencontrée sur place. J’aime cela dans le documentaire : une préparation rigoureuse, certes, mais aussi se laisser porter par les rencontres, la curiosité toujours en éveil. Le salon du vampire m’a permis de croiser cet individu étrange et vraiment sympathique, qui m’a bien plu avec son autodérision et son implication dans le monde étonnant, allant jusqu’à porter des crocs.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du vampire au cinéma ces dernières années ?

Je suis loin d’être un spécialiste du film de vampire, mais j’aime en voir. Et vampirisme.com permet de se tenir informé, c’est parfait ! Je dirais que, pour reprendre un sentiment général, je déplore l’affadissement du vampire. Je me demande même si la série Twilight, livres comme film, en raison du succès planétaire, n’ a pas comme gelé l’inspiration des auteurs. J’avais d’ailleurs lu à ce sujet une étude intéressante montrant comment l’auteur de ces romans distillait les préceptes mormons, sa confession, dans les romans. Le vampire a toujours été le reflet de l’époque dans laquelle il s’inscrit et en dit long finalement sur la société dans laquelle il évolue. Et cela plus qu’une autre créature comme le zombie. Je ne suis pas connaisseur, mais ils semblent offrir une palette moins large en terme d’inspiration.

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et/ou cinématographique) ?

J’étais tout gosse et je regardais Tant qu’on a la santé, un film en plusieurs actes de Pierre Etaix. Celui où il lit une histoire de vampire et se met à la vivre m’avait littéralement terrifié ! En même temps j’étais subjugué par le personnage. Par la suite j’ai vu Nosferatu, Vampyr (le titre de mon documentaire est un clin d’œil à ce film étonnant de Dreyer). Dans les années 80 mon intérêt pour le vampire au cinéma s’est réveillé grâce à The Hunger, film qui m’a beaucoup marqué et que j’ai revu récemment avec grand plaisir. Le dernier film de vampire que j’ai vu et qui m’a beaucoup amusé, est néo  zélandais : What We Do in the Shadows, hélas sorti très discrètement en France en VOD,   sans passer par la salle.

Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

Tant que le vampire traitera des interdits, tant qu’il permettra aux adolescents d’envisager le passage à l’âge adulte (avec tout le questionnement sur la sexualité, la violence plus fortement ressentie à cet âge…), le mythe perdurera. Et je reprendrais bien la phrase de Claude Lecouteux : « tant qu’on n’aura pas capturé un vampire pour le connaître totalement, le public sera toujours intéressé car il veut avoir le fin mot de l’histoire ; et comme ce n’est pas prêt d’arriver, il continuera à lire, à voir des films. »

Avez-vous encore des projets de films ou documentaires sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

La matière filmée pour ce documentaire est tellement riche que je m’amuse à faire des petits boni que je mettrai sur internet. J’ai par exemple fait un autre film de vampire en Super 8 noir et blanc avec le chimérologue. Faire un film sur l’évolution de la figure du vampire en littérature et au cinéma, de manière à donner à réfléchir sur l’évolution de la société par ce prisme particulier, m’attirerait beaucoup. Mais cela nécessite un budget très important (les problèmes de droit, c’est une horreur). En tout cas il est fort possible que je revienne à ce thème, j’avoue être mordu.

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