Guibé, Mathieu. Interview avec l’auteur de Even dead things feel your love

Bonjour Mathieu. Peux-tu tu te présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Bonjour à Vampirisme.com et à ses internautes. Je suis un auteur partagé entre sa formation scientifique et son imagination issue de l’enfance, qui ne m’a jamais quitté. J’ai commencé à écrire il y a une dizaine d’années. J’ai débuté avec le jeu de rôles, subissant la frustration de ne pas pouvoir dessiner mes personnages aussi bien que je les percevais dans mon esprit ; je me suis donc servi des mots pour les mettre en scène. Est né ainsi mon premier roman qui a été publié en 2008, rapidement suivi d’un projet de scénarisation BD.

Forcé de faire un break sur mes activités naissantes d’écrivain pour raisons professionnelles, à l’issue de ces trois années, j’ai pris la décision de ne me consacrer qu’au monde de la littérature et j’en explore différentes facettes : publication de recueils de nouvelles, de contes, de livre de recettes illustrées, direction d’ouvrage, gestion d’une maison d’édition… Et une multiplication de projets à venir !

Ton roman Even dead things feel your love est sorti il y a quelques semaines. Peux-tu nous expliquer la genèse de ce projet ?

L’idée originelle est née il y a cinq, six ans. J’aime beaucoup fournir un enrobage fantastique à des éléments de la vie bien réelle. Les figures que j’ai utilisées dans le roman me permettaient d’évoquer ce manque de contact et de matière, apparu avec le web principalement (les relations à distance, les achats en ligne, les MMORPG…). Ensuite, le projet a pris forme quelques années plus tard, lors de l’écoute d’un morceau qui m’a directement injecté dans l’esprit la scène de fin. Impossible de la renier, elle était bien ancrée. J’ai donc laissé le temps à la trame narrative de se former dans mon esprit pour parvenir à cette fin. Les choses évoluant, d’autres thématiques se sont ajoutées au projet : en plus de distance, j’ai voulu évoquer l’absence, et le trouble identitaire. Des sujets qui reviennent assez souvent dans mes écrits.

Tu es à contre-courant des vampires modernes avec leur côté héros au cœur tendre. Josiah est un être dont la nature domine. Est-ce un choix délibéré de ta part ou est-ce ta conception profonde des vampires ?

Je ne suis pas contre le détournement des figures ou mythes, bien au contraire. Réutiliser le vampire pour en faire ce héros au cœur tendre est une utilisation plutôt originale à la base (bien qu’il existe depuis longtemps des histoires jeunesse avec de gentils petits vampires). L’épidémie de suceurs de sang insipides qui a suivi est un autre problème.
Pour ma part, c’est une question de projet, si l’histoire se prête mieux avec un protagoniste mielleux, pourquoi pas. Mais en effet, pour Even dead things feel your love, j’ai fait le choix d’inscrire cette dualité du romantique sanguinaire en Josiah parce qu’elle me plaisait, me servait et faisait appel à des histoires qui m’avaient marqué en tant que lecteur/spectateur.

Il est question d’une histoire d’amour entre deux êtres que le destin envoie sur des chemins bien différents. D’un côté un vampire, de l’autre une humaine qui disparaît très vite de sa vie. Malgré la distance, malgré le temps, Josiah reste profondément amoureux d’Abigale. L’amour éternel, un absolu littéraire ou un idéal à atteindre ?

J’ai la conviction que n’importe quelle personne qui a déjà profondément été amoureuse ressent pour le reste de sa vie des reliquats de ces sentiments, plus ou moins consciemment. Au travers d’une douce nostalgie, ou de tristes regrets, peu importe, il y a déjà une forme d’immortalité du ressenti sauf que pour nous, contrairement à Josiah ou d’autres figures littéraires, la vie s’arrête. Mais si la romance occupe la place principale du livre, elle n’en est pas le cœur pour moi. Cet amour permet à Josiah de se détacher de ses tourments, même ceux subits au travers de cette romance elle-même.

Tu es plus versé dans les vampires romantique et gothique, assez proche de la vision « classique », et donc plus éloigné de la vision actuelle qui a tendance à adoucir les vampires. Quelles sont tes inspirations?

Vampiriquement parlant, j’ai été marqué par le Dracula de Coppola, et Entretien avec un vampire (le film). Mais bien au-delà des histoires de vampire, ces ambiances romantiques et gothiques m’attirent. Elles réveillent en moi des émotions humaines qui, déjà peu exploitées au cinéma, ont tendance à être dénigrées par la plupart des media (qui se concentre sur l’humour et le divertissement) sauf la littérature. Je me suis très vite attaché aux romances « tristes », Shakespeare, la nuit des temps, le grand Meaulnes pour les livres, The Crow, Kenshin pour les bandes dessinées. Et même si en tant qu’auteur, je veux explorer d’autres tonalités, je crois que, d’un projet à l’autre, je reviendrai toujours vers ces atmosphères plus sombres et mélancoliques.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du vampire en littérature ces dernières années ?

Difficile à dire, j’ai très peu lu de littérature vampirique. J’étais plutôt un dévoreur de Fantasy. Comme dit précédemment, je trouve ça intéressant qu’une figure évolue d’un point de vue artistique. Ce qui est contestable, c’est l’appropriation commerciale qui en découle et qui suce le filon jusqu’à la moelle. Voilà une autre forme de vampirisme bien actuelle.

7. Quelles sont tes premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?

Alors les dernières rencontres vampiriques qui m’ont positivement marqué : en littérature, ce sont les Larmes Rouges de Georgia Caldera qui a, pour moi, subtilement réussi à mixer la figure classique du vampire avec tout le modernisme qu’il possède maintenant. Au niveau du cinéma, je pense que le dernier film de vampires à m’avoir marqué est Daybreakers. J’ai beaucoup aimé le crépuscule de cette société vampirique qui s’est finalement autodétruite. Peut-être un clin d’œil à Je suis une légende de Richard Matheson, mais aussi un écho à notre situation actuelle.

Pour toi, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

Je crois avoir souvent entendu l’évocation d’un fantasme, d’une quête d’immortalité. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une créature qui prélève ce qu’elle désire jusqu’à la dernière goutte, avec plus ou moins de barbarie, ne laissant qu’une carcasse morte derrière elle, n’est que le triste reflet du comportement général de l’Homme. Étant donné que ça n’a pas vraiment évolué de ce côté-là, je ne vois pas ce qui pourrait inquiéter les vampires. Ils ont sans doute encore de beaux jours devant eux.

As-tu encore des projets de livres sur ce même thème ? Quelle va être ton actualité dans les semaines et les mois à venir ?

Au mois de mai sortira un nouveau recueil de nouvelles À un sanglot de moi, tu reposes aux éditions Lokomodo. Celui-ci compilera mes nouvelles déjà parues (incluant le récit vampirique « L’ennemi dans la glace ») et des inédites dont une qui narrera l’affrontement entre un exécuteur et le dernier des vampires.

Sinon je travaille actuellement à la rédaction d’un feuilleton vampirique. Un buffy-like assumé, une volonté de ma part de changer de registre pour un temps et de proposer du divertissement, pour moi à écrire et puis pour les lecteurs, je l’espère. J’y intégrerai d’autres éléments qui me sont chers : la culture geeks, des clins d’œil aux comics ou au cinéma, pas mal d’humour noir… J’essaierai aussi de gentiment jouer avec les codes du genre. En tout cas, on va essayer de proposer quelque chose d’original dans la forme, mais c’est encore un peu trop tôt pour en parler.

Merci à Vampirisme.com pour cette interview.

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