Mochizuki, Jun. Les mémoires de Vanitas, tome 1

Noé a été envoyé par son Maître sur les traces du Journal de Vanitas, un ouvrage magique qui aurait récemment été aperçu à Paris. Mais alors que le dirigeable dans lequel il a pris place s’apprête à atterrir dans la Ville Lumière, le vampire assiste à la mutation d’Amélia, une jeune femme qui se révèle elle aussi vampire. Elle s’avère être victime du mal qui atteint les rares buveurs de sang à vivre sur place, l’essentiel de la population vampire s’étant retiré dans l’ombre, en dehors des frontières de la France, depuis le conflit qui les opposa aux humains.

Jun Mochizuki, qui signe le scénario et le dessin des Mémoires de Vanitas, est tout sauf une débutante dans le milieu. On la connaît jusque-là pour sa série Pandora Hearts, dont les 24 recueils ont été publiés en France par Ki oon (ce qui est peu étonnant, s’agissant d’un manga publié au japon par Square Enix). Si sa série phare est très imprégnée de l’œuvre de Lewis Caroll, Vanitas (également publié chez Ki oon) s’en éloigne fortement, le récit s’intégrant cette fois-ci dans une version fictionnelle du Paris du XIXe siècle, à l’ambiance steampunk appuyée.

On y suit donc les premiers pas de Noé, vampire envoyé à Paris par son Maître, dans la Ville Lumière, alors que se tissent les premières bribes de sa relation avec l’humain qui se fait appeler Vanitas. Si Noé cherche le livre que Vanitas utilise pour guérir les vampires victimes d’une étrange épidémie, les pouvoirs réels de ce dernier sont encore bien mystérieux. Pour autant, c’est bien les tensions autour de cet artefact qui vont servir de pivot à l’introduction des vampires de l’univers, leurs caractéristiques comme leurs mythes propres. Les personnages sont relativement travaillés, sachant que différentes factions sont en présence dès ce premier volet. Si le lecteur se voit proposer rapidement des éléments d’informations sur l’intérêt que chacun porte au journal de Vanitas, la lecture finit par mettre en exergue des éléments complémentaires, qui viennent complexifier la position de chacun… ou esquisser des pans d’intrigues qui devraient être complétés par la suite.

En ce qui concerne le dessin, je ne connaissais jusque-là le travail de l’auteur qu’à travers les quelques planches de Pandora Heart sur lesquelles mon regard avait eu l’occasion de tomber. Je dois avouer que dès les premières cases, le souci du détail, les cadrages et les détails apportés aux personnages attirent rapidement l’attention. Si les personnages ont des côtés classiques (et sujets à une influence Clamp), Jun Mochizuki a clairement sa patte, et s’avère à l’aise aussi bien durant les scènes d’actions que pendant les phases plus calmes. Et que dire du soin apporté aux décors, tels que le dirigeable sur lequel débarque Noé ?

Pour ce qui est de la figure du vampire, le manga s’articule sur les caractéristiques classiques des buveurs de sang. Pour autant, il intègre à ces éléments sa propre mythologie, comme celle qui veut que les vampires naissent habituellement sous une lune rouge… leurs yeux prenant aussi cette teinte. On découvre par ailleurs que les vampires font profil bas depuis le dernier conflit qui les a opposés aux humains, devenant un mythe pour ces derniers. Pour autant, au moment où débute l’intrigue, une maladie leur fait perdre toute raison, jusqu’à mettre en danger l’anonymat dans lequel ils ont réussi à maintenir jusque-là leur existence. Le livre que possède Vanitas (qui possède les souvenirs et les pouvoirs d’un vampire tout en étant resté humain) est à même de permettre à son possesseur de connaître le véritable nom des buveurs de sang. Par ce pouvoir, il peut les faire basculer dans la folie ou leur redonner la maîtrise d’eux-mêmes. A noter, enfin, ce qui est peut-être un clin d’œil à l’œuvre de Clark Ashton Smith, Noé venant d’une région appelée Averoigne. Mais-si, rappelez-vous, j’en ai parlé il y a peu de temps.

Un premier volet très réussi, aussi bien sur le plan graphique que sur celui du scénario. J’ai hâte de voir où cela va nous mener, mais l’auteur démontre avec cette introduction qu’elle ne manque pas d’idées, et qu’il est encore possible de proposer un peu de nouveauté sur le sujet.

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