Holstein, Eric. Petits arrangements avec l’eternité

Tu parles d’un tiercé gagnant : Eugène, parigot impénitent, as de la cambriole et esthète à mes heures. Grace, poule de luxe gonflée au silicone. Slawomir, clodo érudit amateur de Pauillac.

Nous ne sommes pas comme vous, mais oubliez tout ce que vous croyez savoir sur les vampires. Les morsures, les cercueils, les chauves-souris, c’est bon pour les gogos. On n’en veut pas à votre sang, simplement à vos souvenirs, vos émotions ; à votre vie en somme. Nous vivons dans les interstices de votre monde, parce que la discrétion est notre assurance-vie.

Et sans Grace, ça aurait sans doute pu continuer un moment. Au lieu de ça, nous voilà à courir Paname pour sauver nos miches d’une secte de vendeurs de roses à la sauvette, d’une fraternité d’albinos dopés à l’Éther et de la malédiction de nos origines.

Alors, un bon conseil, bonnes gens : restez chez vous, les rues de Paris ne sont plus sûres.

La vampiromania qui touche actuellement le globe inspire aussi quelques auteurs français, qui n’optent pas tous pour de la Bitlit calibrée à l’américaine. C’est ainsi que Eric Holstein, chroniqueur émérite pour ActuSF (entre autres occupations), propose ici son premier roman, vampirique de surcroit. Loin des clichés stylistiques du genre, et des archétypes romantiques dont on nous rabat actuellement les oreilles, Petits arrangements avec l’Éternité est une véritable affaire de style.

Dans un français que ne renieraient ni Audiard ni Frédéric Dard (et son San Antonio de commissaire), Eric Holstein propose donc ici une relecture du mythe sous forme de balade dans le tout-Paris, des beaux quartiers aux rues les plus chaudes de la capitale. Tout cela fleure bon le polar des années 50, servi avec une petite touche de fantastique et un zeste de personnages haut en couleur plutôt bien croqués.

L’ouvrage n’est certes pas parfait, car la récurrence des scènes de bastons à l’ancienne (ou tous les coups sont permis) lasse un peu au fur et à mesure, mais c’est avec d’autant de plaisir qu’on retrouve Eugène, plus narrateur que véritable héros, et qu’il nous entraîne à nouveau à sa suite. La fin, avec son petit côté anticipation à l’ancienne (notamment par l’utilisation d’un lieu symboliquement chargé de la capitale) est assez savoureuse même si elle a un petit côté abracadabrantesque.

Le mythe du vampire ne suit pas ici les codes habituels du genre. Les vampires peuvent en effet se mouvoir en pleine lumière, même s’ils doivent pour cela porter des lunettes de soleil pour se protéger les yeux. Ils ont une manière de se mouvoir qui peut surprendre et impressionner les êtres normaux (ils sont notamment très rapides) mais sont à même de se contrôler pour passer presqu’inaperçu.

Ils se nourrissent des souvenirs et émotions de leurs victimes, qu’ils ne tuent donc pas (pour la plupart), et repère grâce à leur aura (qui varie suivant les sentiments éprouvés). Ils sont organisés en hiérarchie, les plus anciens ayant un certain ascendant sur les derniers nés. On naît par ailleurs avec le potentiel ou non de devenir vampire, même si seul un vampire a le pouvoir de transformer un potentiel en un vrai vampire.

Pour un premier roman, Eric Holstein propose ici une fresque vampirique originale aux a-côté de guide de Paris. Malgré une légère surenchère au niveau castagne, et une fin sympathique mais un peu précipitée, il s’agit là d’une lecture tout à fait recommandable, qui ne possède aucun défaut majeur.

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