Collectif. Colliers de velours, parcours d’un récit vampirisé

En pleine Terreur, alors qu’il arpente Paris en touriste, un jeune Allemand rencontre, au pied de la guillotine, une jeune femme éplorée. Subjugué par cette dernière, le jeune homme lui propose de lui fournir un toit pour la nuit, et la ramène avec lui à l’appartement qu’il loue. À l’image de l’attirance du jeune homme pour cette femme qu’il rencontre Place de Grève, nombreux sont les auteurs du XIXe siècle à s’être approprié ce texte, dont la paternité a longtemps été attribuée à Mme de Paban, cousine de Collin de Plancy. Les auteurs de cette anthologie sous-titrée Parcours d’un récit vampirisé propose ainsi aux lecteurs de découvrir les évolutions connues par le récit au fil de sa descendance littéraire (qui s’étale sur quasiment un siècle), retraçant ainsi le parcours de la dame au collier de velours.

La nouvelle de Gautier, « la Morte amoureuse » peut être considérée comme un genre à part entière, qui puise ses racines dans la poésie romantique, et la figure de la femme vampire. C’est ainsi qu’il convient d’aborder cette anthologie sous l’angle de la littérature vampirique, en cela que même si le mot n’est pas cité, l’ancrage historique des différents textes, certaines caractéristiques du personnage central ainsi que  des noms d’auteurs qui sont rattachés à cette vampirisation littéraire renvoient irrémédiablement à la genèse littéraire des buveurs de vie. Sans oublier que la version de Dumas (qui est également la plus détaillée et la plus longue des variations présentées ici) fait partie du recueil les Mille et Un Fantômes, dont une large partie de textes flirtent avec le thème qui nous est cher sur Vampirisme.com

Que les auteurs soient français ou allemands, voire anglophones, le récit de la dame au collier de velours semble autant susciter la passion (et l’envie de se l’approprier), que le héros est hypnotisé par la femme qu’il rencontre. Le contexte historique de la Révolution (et tout particulièrement de la Terreur), installe d’emblée le lecteur dans un climat inquiétant, même si le personnage central, ce jeune Allemand en visite, semble ne pas se soucier des évènements qui l’entourent. Pourtant, ceux-ci se rappelleront à lui, et c’est bien au travers d’un des symboles révolutionnaires, la célèbre invention du professeur Guillotin, que se nouera le tragique.

On l’a déjà dit plus haut, il n’est ici jamais question de facto de vampire. Pour autant, l’importance de la nuit (durant laquelle se joue le drame), l’intérêt quasi hypnotique d’Hoffman pour le personnage féminin, le fait que cette dernière ne révèle sa vraie nature qu’une fois le jour venu, et l’impact que cela aura sur le héros renvoient sans hésitation aux premiers textes littéraires sur le sujet, notamment « la Morte amoureuse », mais aussi « la Fiancée de Corinthe » de Goethe. D’autant que pour certains des auteurs dont la prose est intégrée au recueil, la vie de la jeune femme ne s’arrête pas à la fin de l’histoire (laquelle s’en trouve d’ailleurs modifiée).

Une anthologie pour le moins originale, qui choisit de se pencher sur un cas à part dans l’histoire de la littérature fantastique, lequel suscite l’intérêt d’auteurs comme Borel, Dumas, Irving ou encore Leroux. Une initiative à saluer, qui donne l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) treize textes anciens constitués autour d’un socle commun.

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