Caen, Michel – Stanzick, Nicolas. Midi-minuit fantastique. Volume 2

Après une première intégrale imposante, autant pour son contenu, que pour son iconographie et ses bonus vidéos et audios, Nicolas Stanzick et Michel Caen (décédé pendant le bouclage de cette seconde livraison) poursuivent leur travail de réédition et de restauration de la revue Midi-Minuit fantastique avec ce deuxième opus. Il regroupe ainsi les numéros 7 à 11 de la revue, tour à tour consacrés à l’Actualité du fantastique (7), à l’Érotisme et l’épouvante dans le cinéma anglais (8), à un Tour du monde du fantastique (9), et à l’exploration de la production du trio Castle-Corman-Fisher (10/11). 748 pages sur papier glacé, regorgeant à nouveau de photos (tournage et exploitation, restaurées), d’interview (qu’elles soient issues du numéro d’origine ou constituant des bonus, comme celles de Barbara Steele). À l’instar de la première livraison, cette deuxième intégrale se présente comme un objet sans égal, véritable machine à remonter le temps vers une période foisonnante pour le cinéma de genre.

Si la préface de Barbara Steele happe d’entrée le lecteur, c’est avec un pincement au cœur que celui qui s’était déjà plongé dans la précédente intégrale découvre l’hommage de Nicolas Stanzick à Micael Caen, l’un des piliers de la revue originale décédé depuis. C’est en effet à son co-auteur que Nicolas doit d’avoir pris à bras-le-corps le projet de remasterisation de la revue culte, avec l’aide de l’ancien co-rédacteur en chef. Et au vu de la richesse des numéros ici présentés, force est de constater qu’on a perdu avec Caen l’un des passeurs du cinéma de genre, une de ces figures qui ont œuvré pour la reconnaissance d’un cinéma différent. Et à lire les entretiens d’époque des acteurs et réalisateurs anglophones (tels que Fisher), on ne peut qu’être impressionné par l’impact universel de la revue.

La force de ce deuxième opus, comme cela avait pu être le cas du premier tome, c’est par ailleurs d’aller au-delà de l’image pour comprendre les thèmes sous-jacents, et le côté sulfureux de ce cinéma, qui flirte avec l’érotisme, le gore… Un cinéma de tous les extrêmes qui ne se limite pour autant pas à son seul premier degré, mais brise également les conventions. Tout comme les participants à la revue. Ce qui apparaît bien à la lecture de l’article consacré par Nicolas Stanzick au Dracula en ombres chinoises de Jean Boullet, l’un des co-fondateurs de la revue. Personnalité sulfureuse, le journaliste, illustrateur et écrivain avait en effet initié une adaptation sous forme de théâtre d’ombres du roman de Stoker, embarquant dans son sillage des personnalités telles que Philippe Druillet. Et à voir les photogrammes retraités inclus dans ce deuxième opus, nul doute qu’on aimerait voir ce projet (a priori déjà beaucoup avancé au moment de la mort de Boullet) renaître de ses cendres. D’autant que l’article de Nicolas, plus personnel que ce à quoi il avait pu nous habituer, happe le lecteur, qui vit avec passion la découverte progressive du projet du narrateur, et le retour sur sa genèse.

Mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres concernant l’intérêt de la revue (et de cette réédition) pour les amateurs de vampires. Car les interview de Terence Fisher, Ricardo Fredda et Mario Bava, la découverte des premiers films espagnols, mexicains et italiens du genre (Artus Films et Bach Films en ont remis certains au goût du jour, mais tant d’autres restent à visionner), les variations non-draculéennes de la Hammer sur le sujet (le Baiser du Vampire de Don Sharp) jalonnent ce magnum opus. La césure avec le précédent tome semblant se faire autour du décalage chronologique. Car si les auteurs semblent toujours s’intéresser aux œuvres du passé, ils sont ici davantage en phase avec leur temps, et font état d’un certain renouveau des genres de la cinéphilie, en travaillant à leur reconnaissance au-delà des seules salles obscures.

Les sommaires des différents numéros inclus dans ce volume 2 ont également de quoi attirer l’attention de l’amateur de genre. On y croise en effet des noms comme ceux de Bertrand Tavernier (en interviewer de Terence Fisher), Francis Lacassin, Ornella Volta, Eric Losfeld, Jean-Claude Romer… Et des focus sur des auteurs comme Jean-Louis Bouquet (par ailleurs interviewé) et Pierre Kast. Nombreux sont ceux, parmi cette liste, qui se sont penchés sur le berceau des vampires, que ce soit sous l’angle de la réalisation, du livre (roman, essai) ou de l’édition.

Je ne détaillerai pas ici les bonus médias, une large part d’entre eux étant destinés à faire l’objet de chroniques séparées, mais une fois de plus le DVD inclus vaut largement le détour. On y retrouve notamment, parmi cinq objets filmiques, Fantasmagorie, moyen-métrage de Patrice Molinard se déroulant en région parisienne avec Edith Scob (la Christiane Génessier des Yeux sans Visages de Franju), et Vampirisme, un mockumentaire avant l’heure (1967) co-scénarisé et réalisé par Patrice Duvic (Pocket Terreur, Fiction…) et Bertrand Chaouat, qui se présente comme une enquête sociologique sur les vampires… avec notamment Claude Seignolle, Pierre Dubois… sachant que ces métrages sont complétés par des bonus vidéo sur leur genèse et leur redécouverte.

Avec tout ça, difficile de ne pas faire de ce deuxième Midi-Minuit Fantastique un indispensable de toute bibliothèque de passionné qui se respecte.

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