Arounwadi. Fille de sang

Alors que la cellule familiale ne parvient pas à se stabiliser, entre ce père qui refuse qu’elle l’appelle papa et cette mère qui clame son investissement personnel dans l’avenir de sa fille, sans pour autant accepter totalement cette dernière dans sa vie, une jeune thaïlandaise finit par trouver une échappatoire dans la douleur qu’elle s’inflige en enfonçant des aiguilles dans ses veines, faisant refluer son sang à l’extérieur de son corps. Une obsession qui la conduira plusieurs fois à l’hôpital, sans pour autant que les médecins et le personnel hospitalier ne comprennent ce qui lui arrive.

Il ne suffit pas de facto de mettre en scène une créature surnaturelle pour qu’un roman puisse être considéré comme une œuvre sur le thème du vampire. Fille de sang, de Arounwadi est de ces romans. À mille lieues du surnaturel, de la littérature gothique ou de l’urban fantasy actuelle, ce roman thaïlandais, écrit avec une plume quasi chirurgicale, plonge le lecteur dans la spirale descendante dans laquelle s’enferme peu à peu sa narratrice. La naïveté juvénile de cette dernière, que tous ou presque semblent rejeter, se transforme rapidement en un manque quasi viscéral pour l’affection des siens, manque qu’elle ne parvient à combler qu’à travers sa fascination pour son propre sang, et la douleur qu’elle va s’infliger pour pouvoir observer ce dernier, puis davantage.

La plume est lapidaire, sans réelles fioritures. L’ensemble appuie à cet égard l’accélération du maelstrom dans lequel se retrouve la jeune héroïne. La dureté et le dépouillement du style appuient un peu plus l’atmosphère chirurgicale de l’ensemble, et finit par se retrouver particulièrement à propos quand l’héroïne commence à jouer avec son propre sang, ce qui commence lors de son premier séjour à l’hôpital.

On est ici face à un cas de vampirisme, pour ne pas dire d’auto-vampirisme, clinique. L’héroïne, mal aimée et fortement impressionnée par les animaux que ses parents tuaient sous ses yeux durant son enfance, finit par développer une obsession viscérale pour le sang, trouvant autant de plaisir dans la douleur qu’elle s’inflige en se plongeant des aiguille dans le bras qu’en regardant le sang s’écouler de ses plaies. Jusqu’au plaisir ultime de l’absorption de son propre sang.

Un roman particulièrement sombre et dérangeant, centré autour du mal-être d’une adolescente dans une société dans laquelle elle ne semble pas en mesure de trouver sa place. Si l’ambiance est réussie et le style totalement en phase, j’avoue pour autant avoir eu du mal à prendre du plaisir à la lecture.

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