Young Adult : enquête autour d’une idée floue

Adulescence

En 2003, analysant un nouveau phénomène dans le comportement des jeunes adultes dans notre société, un psychanalyste propose le terme kidults, on dit encore middlescents, adulescents en français. Il s’agit d’adultes continuant de s’identifier à l’enfance et à l’adolescence, le film Tanguy cristallise bien l’idée de ce phénomène. Si le spécialiste cherche à rattacher ce comportement à des faits socio-économiques, ce sont les conséquences en terme de consommation culturelle qui nous intéressent.

L’adulescent, qui a entre 18 et 30 ans, voire plus, est un très gros consommateur de biens culturels : ciné, livres, fringues, jeux, sorties… c’est le « fun », le nostalgique, aujourd’hui, par exemple, le geek comme le hipster. Ils sont depuis déjà un certain nombre d’années une cible marketing privilégiée. Bien entendu, pour notre article, c’est la littérature qui nous intéresse.

Jeunesse : la librairie dans la librairie

Dans le monde du livre, il y a un avant et un après Harry Potter. Avant HP, il y avait le rayon enfants, comportant de très parcimonieuses et trop faciles collections de récits pour ados, mal adaptés à leurs besoins… et il y avait le rayons adultes. Un jour (à partir de 13 ans), on passait chez les adultes et on ne se retournait plus.

En 1998, arrive en France Harry Potter, destiné aux pré-ados (9-11 ans). Un premier, puis un deuxième opus, fournissant enfin une littérature à l’intrigue complexe, qui fait plus de 150 pages, résonne véritablement avec la psychologie de cet âge.
C’est le succès, mais pas seulement auprès du public cible, parce que HP était sans doute juste ce qu’il fallait aussi à nos chers adulescents (dont je fais partie, entendons-nous) pour qu’ils aient envie de mettre la main dans le sac de la littérature jeunesse.

Les autres éditeurs rattachent les wagons, se souciant plus ou moins de l’idée de qualité et aujourd’hui, on entre au rayon jeunesse à quelques mois avec des livres en tissu et on n’en sort… parfois jamais.

Young Adult (YA)

Young Adult :  enquête autour d'une idée floueCette locution, anglaise, a son histoire. N’oublions pas que la notion d’enfance n’a pas toujours été une évidence et le concept d’adolescence est une invention encore plus récente. Au début du XXe siècle, il devient plus commun de considérer l’adolescence comme une catégorie distincte de l’adulte et ce public a le droit à sa première vague de textes dédiés, comme Tom Sawyer ou Le Livre de la jungle. Pour les anglophones, ce terme n’a donc rien d’une invention récente. Le young adult a alors un lectorat de destination qui a à peu près entre 13 et 20 ans.

Mais quand elle est importée récemment dans le vocabulaire français, cette expression désigne quelque chose d’un peu différent, puisque, comme nous l’avons vu, la structure du rayon jeunesse a changé, ainsi que son public. Toutefois, même si cette littérature éveille l’intérêt des adultes, que les parents se rassurent : les livres rangés dans le rayon jeunesse sont soumis à la loi sur les publications destinées à la jeunesse et on n’y trouvera pas, par exemple, des séances de sexe sado-maso.

Le YA et la Bit-lit

Parce que pour moi, le YA correspondait avant tout à une catégorie d’âge et pas à un genre, j’ai été fort surprise le jour où on m’a dit « Non, mais ce livre, tu vois, c’est pas de la Bitlit, c’est du YA.
– Mais il peut être les deux, l’un n’empêche pas l’autre, non?
– Ben si.
– Ah ? »
Parcourant l’Internet à la recherche d’une réponse, j’ai fini par comprendre. Finalement, cette Young Adult :  enquête autour d'une idée floueabsence de coupure d’âge a causé quelques problèmes. Sur le site Onirik, on peut lire une anecdote assez inquiétante : un vendeur confondant des livres de Bit-lit jeunesse et de Bit-lit adulte se retrouve à conseiller la série Anita Blake à une gosse de 13 ans. Le problème, c’est que cette série, destinée à un public adulte, comporte des scènes pornographiques. Si les adultes peuvent lire des livres pour enfants, l’inverse n’est pas toujours vrai.

Disons que les adulescents aimeraient peut-être lire que Drago couche avec Harry dans le donjon de Rogue, mais c’est complètement inapproprié pour de jeunes lecteurs.

Ainsi, on peut lire sur plusieurs blogs spécialistes de la Bit-lit une nouvelle définition de la Bit-lit, née de ce besoin d’une limite d’âge. Une définition qui n’a rien à voir avec le genre, mais avec l’âge : non, Vampire Academy n’est pas de la Bit-lit, c’est du YA, oui, La Communauté du Sud est de la Bit-lit.

C’est bancal, parce que si on réfléchit en terme de genre, c’est vraiment la même chose et c’est injustifiable. Mais c’est compréhensible.

Le YA et ses thèmes

J’ai dit aussi (qu’est-ce que j’en dis, hein, des conneries…) : « Mais le YA n’est pas un genre, c’est une littérature destinée à une tranche d’âge.
– Ben non, le polar pour ado, c’est pas du YA.
– Ah bon, décidément… »
Là, la solution est plus facile. Quand je vous dis que Harry Potter a laissé des traces : la littérature pour ados, en parts de marché, est avant tout une littérature de l’imaginaire, de la Fantasy en particulier, et ces dernières années, de la littérature avec des créatures qui appartenaient autrefois au bestiaire du fantastique, comme les vampires.

Donc, aujourd’hui, on vous dira surtout que Twilight, Journal d’un vampire, Vampire Academy, c’est du YA. Un certain public, dont on ne niera pas le bon droit, s’est approprié ce terme et vous saurez désormais de quoi il cause. Enfin, pour le moment.

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