Saxon, Peter. Les Vampires du Finistère

Les éditions Terre de Brume ont pour spécialité la littérature celte, même si ses collections s’achalandent en thèmes très variés. Ce livre, traduction d’un roman de 1970 (The Vampires of Finistere), débute avec la disparition de la fiancée de Nick lors de vacances du couple dans un village breton dans les circonstances des plus étranges : un carnaval célébrant le roi des loups (le Loup Vert) et la fiancée qu’il se choisit. Dès lors, Nick n’a de cesse de chercher sa dulcinée, mais le village ne semble plus exister. En désespoir de cause, de retour en Angleterre, il engage plusieurs détectives, sans succès, jusqu’à ce qu’on lui conseille de faire appel aux « Gardiens ».

Les dits Gardiens est un des trois éléments les plus intéressants du texte. Il s’agit d’une institution plus ou moins secrète dédiée à la lutte contre les forces du Mal. Son quartier général est un immeuble labyrinthique où on se perd encore après y avoir travaillé plusieurs années. Cette mystérieuse association a été fondée par Gidéon Cross, un vieillard au passé revêtu de brume et faisant vaguement penser à un Aleister Crowley et consort. Chaque membre semble avoir un background bien pensé par l’auteur, tous suscitent d’emblée l’intérêt du lecteur, notamment la féline et hypnotique Anne Ashby mais, incompréhensiblement, on ne verra pas l’auteur du livre exploiter ces personnages. De tous ceux-là, c’est l’ex-anthropologue à la force impressionnante, Stephen Kane, dont on nous invite à suivre l’enquête. Cela donne à penser que ce livre était destiné à être inclus dans une série d’aventures auxquelles prennent part les Gardiens.

L’autre élément intéressant est la foule superstitieuse, souvent présente dans les récits de vampires mais rarement exploitée à fond. Celle de Peter Saxon habite un petit village de Bretagne complètement coupé du monde : Trégonnec, où « personne ne revient jamais deux fois ». La population y vit en huit-clos depuis des décennies, dans une sorte de d’existence fondée sur la féodalité, dont le maire est barbier comme homme de loi. Lui-même est inféodé au Maître, à qui appartiennent toutes les terres : Caradec. Cette foule superstitieuse a un grand rôle à jouer dans le récit, c’est d’ailleurs dans le village que se déroule la majorité de l’intrigue.

Enfin, les vampires, ont aussi leur part d’originalité. La princesse Ahès est un vampire des mers, capable de se transformer en requin. Sa cité d’origine est engloutie au pied de l’Île des Morts. Mais elle n’est pas la seule ; je ne crois pas trop gâcher le récit en disant que l’autre vampire est une sorte d’adepte de l’alchimie, ne se prenant pas seul comme cobaye.

En tout, c’est une lecture rapide due au style simple et fluide sans changements de ton. S’il y a de l’ingéniosité dans les personnages et une belle imagination, capable de manipuler le folklore et les légendes, je suis déçue par la platitude du style, qui ne permet pas de se plonger à fond dans certaines situations qui le mériteraient. Je suis également décidément frustrée par la non-réapparition de personnages auxquels j’ai si bien mordu dès le second chapitre. Cela reste un bon livre vampirique, dans la mesure où il est original pour trois éléments essentiels : les chasseurs, la foule et les vampires.

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