Benson, Edward Frederic. La Chambre dans la tour

La légende veut que le père d’Edward Frederic Benson, Edward White Benson, ait soufflé à Henry James l’histoire du Tour d’Ecrou. Dès lors, difficile d’être surpris que la totalité de la fratrie à laquelle appartenait l’auteur du présent recueil se soit frotté à l’écriture. E.F. Benson compte à son actif près de 60 romans, sans compter les 6 que composent la série Mapp et Lucia. La Chambre dans la tour est un condensé assez représentatif de l’œuvre de l’auteur, même s’il ne reprend pas exactement le recueil d’origine, et pioche dans d’autres du même auteur. La sélection et la traduction étant effectuées par Jacques Finné, de même que la postface.

La Chambre dans la tour est un des recueils que j’aurai mis un certain temps à acquérir, étant donné que le livre en question est depuis belle lurette dans la bibliographie de l’ami Sparks. Et il faut bien avouer que la lecture en valait la peine, pour qui apprécie les ambiances fantastiques et horrifiques de la fin du XIXe siècle. Lovecraft disait apprécier le style et les ambiances de Benson. À lire un texte comme Negotium Perambulans, et son village perdu où une créature effroyable n’attend que le moment opportun pour surgir, on ne peut en effet que penser à l’auteur de Providence.

Benson a un talent certain pour poser une ambiance, procédant par petite touche pour faire basculer ses récits dans le surnaturel, dans un ancrage foncièrement réaliste. Les images sont fortes, le style est certes concis mais efficace. Les doutes du lecteur cèdent rapidement, et ce pour une bonne part des nouvelles du recueil, au bout de quelques pages. Pour autant, l’œuvre a ses défauts, essentiellement cristallisés autour de la religiosité de l’auteur. Fils d’archevêque, élevé on l’imagine dans l’austérité anglicane, Benson met en scène des personnages essentiellement masculins (et fait souvent des femmes les monstres de ses récits) et enfonce le clou de la religion comme seul recours valable contre le surnaturel. On peut également pointer une certaine faiblesse au niveau des idées, les thèmes (et les créatures) se répétant d’un texte à un autre. Mais ces défauts n’empêchent pas les nouvelles de ce recueil de fonctionner de manière efficace.

Trois nouvelles du recueil sont ouvertement liées au thème du vampire. La Chambre dans la tour met ainsi en scène un personnage aux prises avec un spectre dont la présence se matérialise dans une toile qu’il a entrevue plusieurs fois en rêve. « Mrs Amworth » prend place dans un village qui connut, trois siècles auparavant, son épidémie de vampirisme. « Et nul oiseau ne chante », enfin, confronte les protagonistes avec une créature maléfique qui empêche toute vie de prendre place dans une partie de la forêt. Si les deux premiers textes mettent en scène une vision assez classique du thème : on y relie les suicidés avec les vampires, des créatures qui ont besoin de s’abreuver du sang d’autres êtres humains pour survivre. L’auteur convoque également le spectre de la peste (dans « Mrs Amworth »), et l’idée que le vampirisme est transmissible, et que le non-mort est fortement lié à sa tombe, où se trouve bien souvent la clé de l’énigme. Reste le cas de « Et nul oiseau ne chante », qui met en scène une créature non humanoïde, une véritable personnification du mal dont la seule présence suffit à repousser toute forme de vie. Mais qui ne s’en nourrit pas moins de sang, transperçant la gorge de ses victimes, essentiellement des animaux.

Un recueil de nouvelles de bonne facture qui permet au lecteur de découvrir un auteur pour le moins oublié de nos jours, mais qui n’en vaut pas moins le détour. Car les dix nouvelles qui composent ce recueil exhalent un fantastique certes suranné, que le sens de l’image de son auteur permet de dépasser.

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