Pozzuoli, Alain. Les 100 films cultes de vampires

Alain Pozzuoli est tout sauf un inconnu pour qui s’intéresse, en France, à la figure du vampire. Depuis 1989, date à laquelle paraît Dracula (1897-1997) — Le Guide du Centenaire, le scénariste (on lui doit plusieurs dramatiques radio, notamment sur les thèmes de Dracula et des vampires), parolier et anthologiste a apposé son nom sur de nombreux ouvrages sur la créature. On lui doit entre autres choses Dracula, le lexique du vampire et Bram Stoker — Dans l’Ombre de Dracula, deux livres qui ont nourri l’intérêt de lecteurs, amateurs et spécialistes qui se passionnent pour la figure des bêtes à crocs. À tel point qu’il est souvent présenté comme le biographe officiel français de Bram Stoker. Avec Les 100 films cultes de Vampires, l’auteur montre une nouvelle fois son attachement aux créatures de la nuit. Il propose une visite guidée à travers cent films qu’il juge à considérer parmi les milliers que le sujet a produit depuis l’avènement du cinéma.

Pour autant, le livre ne se lance pas de but en blanc dans une recension endiablée des films choisis par l’auteur. Il est en effet précédé par une préface de Jacques Finné (autre spécialiste bien connu des aficionados du sujet — sa traduction de Dracula fait encore date —) qui évoque les sources des tropes vampiriques à l’écran. Finné ne s’en cache pas, le cinéma a bien moins d’attrait à ses yeux que la littérature. Pour autant, sa préface est particulièrement fouillée et référencée. Il s’appuie certes sur les grands incontournables du genre et rattache peu à son propos des œuvres moins attendues, mais son analyse de l’héritage que le cinéma doit à la forme écrite (voire orale, quand on considère le folklore) est très réussie. Alain Pozzuoli prend sa suite au travers d’une préface qui a le mérite de faire un historique des temps forts du vampire au cinéma, depuis les balbutiements du média à la fin du XIXe siècle jusqu’à l’inattendu A Girls Walk Home Alone at Night.

Vient ensuite le gros œuvre : le passage en revue de cent films qui ont marqué l’histoire du genre, soit par l’impact qu’ils ont eu sur le public, soit par leur rareté et le mystère qui les entoure. Le vampire, en bonne figure de proue du cinéma, condense autour de sa cape les nombreuses tendances et originalités du septième art. Ainsi compte-t-on plusieurs films considérés comme disparus au sein des œuvres du giron, tels que Drakula Halala et London After Midnight. Mais le vampire a aussi une place de choix dans la naissance du fantastique cinématographique européen. Les films de la Hammer en sont l’exemple le plus marquant (tous les Dracula du studio anglais sont ainsi abordés au fil du livre), tout comme les deux Blacula montrent que la blaxploitation a elle aussi été contaminée par la créature. Les grands connaisseurs ne seront donc pas décontenancés par les choix de l’auteur. Cent films peut paraître un ensemble relativement réduit compte tenu du nombre de longs-métrages qui existent sur le sujet. Alain Pozzuoli parvient malgré tout à surprendre le lecteur, en intégrant à sa liste des œuvres rares ou méconnues, comme Deafula, The Keep ou encore le récent Styria. De quoi donner du grain à moudre même au plus aguerri des amateurs du vampire sur écran !

Certaines des notules semblent dater de quelques années, et être vues comme des remaniements d’éléments disparates déjà publiés ça et là par l’auteur (notamment dans ses guides). Mais l’auteur a eu du coeur à l’ouvrage, et a veillé à considérablement mettre à jour cette base existante. Alors oui, certaines assertions quant à la difficulté à trouver Et Mourir de Plaisir (disponible depuis quelques années en DVD) ou le Dracula de Melford (présent dans le coffret Bluray Universal Horror) sont désormais caduques. Mais un ouvrage aussi complet sur le sujet commençait à manquer dans le paysage de la littérature sur le cinéma, en France. Stéphane du Mesnildot avait proposé il y a quelques années Le Miroir Obscur, dans lequel une sélection de métrages choisis étaient particulièrement disséqués, mais avant ça, rien depuis la traduction des Vampires du Cinéma de David Pirie (un livre qui date quand même de 1977). Les 100 films cultes de vampires est donc une recension riche, point de départ à des heures et des heures de visionnage.

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