Joly, Pierre – Virapheuille. Le voeu

Augustus est un vampire âgé de près de 108 ans qui vit à Sombreville. Or, tous les 109 ans, un vœu est accordé à chaque vampire, au cours d’une cérémonie nommée le sang neuf. Augustus hésite sur ce qu’il doit demander, pour sa première fois : doit-il suivre le chemin de ses ancêtres, et faire le vœu d’inspirer la peur dans le cœur des humains ? Le « jeune » vampire s’interroge. Comment parvenir à effrayer les mortels si l’on ne fraie jamais avec eux ? Car les parents d’Augustus vivent reclus dans leur manoir, et paraissent ne jamais en sortir.

Le duo Pierre Joly et Virapheuille n’en est pas à son coup d’essai. Ensemble, le scénariste et le dessinateur ont signé plusieurs albums jeunesse pour l’École des Loisirs. Des histoires où l’enfance se fait initiation, et au cours desquelles les protagonistes vont grandir en se confrontant au monde. Une idée que l’on retrouve dans leur première bande dessinée, Le Vœu, proposée par les éditions de la Gouttière. Une structure qui n’avait jusque-là qu’abordé que timidement la thématique du vampire, au travers de l’album Qu’ils y restent (la créature est une des entités surnaturelles mises en scène). Le protagoniste principal est un jeune vampire qui paraît évoluer dans une certaine solitude : il n’a qu’une chauve-souris, Cornéllius, pour seul ami. Avec une telle ouverture, difficile de ne pas penser à des œuvres comme celles du Petit vampire de Joann Sfar, ou du Hipira de Katsuhiro Otomo. Reste que l’on n’est pas là sur un projet de série au long cours (à l’instar de la série de Sfar), ni dans un univers parallèle (comme chez Otomo). Augustus évolue dans le monde que l’on connait, mais va rapidement comprendre qu’humains et vampires ne peuvent se croiser, physiquement parlant. En partant de l’idée d’une jeune mortelle et d’un vampire né le même jour, les auteurs abordent avec douceur des questions telles que la perte d’un être cher, le besoin de se socialiser et, surtout, grandir.

Graphiquement, le dessin de Virapheuille est de très belle tenue. Les visages des personnages sont expressifs, et les tonalités pastels plonge le lecteur dans l’ambiance de l’album. Bien évidemment, histoire de vampire oblige, il y a des planches plus sombres, qui se déroulent la nuit. L’illustrateur parvient à y insuffler un soupçon d’inquiétude, mais évite toute horreur graphique. On ne voit ainsi jamais les parents d’Augustus, qui n’interviennent que hors champ, par leur seule voix. La colorisation opère à merveille dans la rencontre entre les deux personnages, à ce titre la scène du souffler de bougie est assez remarquable.

Ici, le vampire semble incarner le rapport au deuil et à la mort. Le premier face à face entre les deux héros ne se fait-elle pas sur une tombe, au cœur d’un cimetière, et de nuit ? La vie d’Aurore, qui ne parvient pas à tourner la page après la disparition de son chien, paraît être un miroir de celle d’Augustus, qui n’a de contact avec personne. Le vampire, héritier d’une lignée dont il doit se montrer digne, semble dans le même temps permettre aux auteurs d’aborder la question de la famille. Là encore, en réponse à ce que vit Aurore, qui est élevée par des parents aimants et présents, ouverts à la discussion. Pour ce qui est de la représentation du vampire, Augustus dort dans un cercueil, est accompagnée d’une chauve-souris est n’est autorisé à sortir que la nuit.

Le vœu de Pierre Joly et Virapheuille est une très jolie variation sur l’un des chocs de la vie d’enfant, qui conduit à sa manière sur le chemin de la vie adulte : le rapport à la disparition de ceux que l’on aime. Une nouvelle occasion de démontrer que la figure du vampire a de nombreuses cordes à son arc. J’ai eu l’opportunité de faire lire l’album à un enfant de 10 ans, qui en a apprécié à la fois le dessin (qu’il a jugé réaliste) et le récit. C’est davantage Cornéllius, la chauve-souris (qui se révèlera bien plus que ça) qui a suscité son intérêt, suivi du jeune vampire. L’enfant-lecteur s’est néanmoins dit un peu déçu de ce qu’il advient au personnage du vampire, à la fin de l’histoire.

joly-virapheuille-le-voeu-2 Joly, Pierre - Virapheuille. Le voeu

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