Eximeno, Santiago. Fragments de fleurs aux pétales cramoisis

Fragments de fleurs aux pétales cramoisis est un recueil de plusieurs nouvelles éparses de l’auteur espagnol Santiago Eximeno, qu’on avait déjà pu croiser en France au travers d’un autre recueil : Lambeaux de Ténèbres. Souvent à la lisière de l’horreur, l’auteur délaisse les effets tapes à l’œil pour se concentrer sur la psychologie de ses personnages et leur réaction face à l’inexpliqué. Un enfant en bas âge qui pleure seul dans sa chambre, un auteur qui utilise les confidences de ceux qu’il rencontre pour ses écrits, une jeune fille auquel son grand-père laisse une malédiction en héritage, le témoin d’un accident qui se retrouve hanté par son incapacité à réagir, une famille qui fait appel à un sculpteur un peu particulier, une mode qui va peu à peu contaminer la planète, un vieil homme obligé de quitter son village après une épidémie à laquelle sa femme a succombé, un vieux cubain qui survit en vendant à la sauvette des journaux aux touristes et va faire une étrange rencontre… autant de situations qui vont donner l’occasion au nouvelliste de jouer de sa plume. Et nous surprendre avec des textes aussi courts qu’intenses.

C’est Jacques Fuentealba, traducteur des différents textes qui composent ce recueil, qui a attiré mon attention sur la présence au sein du recueil de «À la nuit tombée», une nouvelle qui se penche de manière très personnelle sur la figure du vampire. Pour autant, l’intérêt du recueil ne se limite pas à cette nouvelle, et l’ensemble est une belle réussite. Si l’on peut parfois éventer le basculement vers le surnaturel avant la fin du récit, ce n’est bien souvent pas l’intérêt du texte. Santiago Eximeno s’appesantit sur la psychologie de ses personnages, sur leur manière de réagir face à l’inattendu, et c’est à ce niveau, à mon sens, que les différentes nouvelles happent le lecteur. A ce titre, j’ai beaucoup aimé des textes comme «Buisson» (qui rappelle un peu le Carrie de Stephen King), mais surtout «Cordes», bâti sur une idée très originale et qui ne s’achève pas de la matière qu’on attendrait. Spécialiste de la micronouvelle, Eximeno n’a enfin pas son pareil pour poser une ambiance dès les premiers mots.

Un élément de mythologie vampirique est particulièrement présent dans deux des textes, «Des croix dans le verger» et «À la nuit tombée». Il faut que la créature soit invitée avant de pouvoir franchir le seuil d’un lieu habité. Pour autant, c’est bien dans «A la nuit tombée» que la thématique est la plus présente, même si le mot « vampire » n’est pas utilisé. L’auteur met ici en scène une famille qui craint de sortir la nuit venue. Peu à peu, on découvre, à travers le personnage de la petite fille, que son jeune frère est considéré comme mort par ses parents. Pour autant, Eximeno s’éloigne aussi du trop classique. Le salut viendra d’un sculpteur (qui possède également les caractéristiques d’un prêtre, en cela qu’il doit respecter un certain cérémonial) dont le travail semble représenter le salut des victimes : une sculpture à l’image de ce que deviennent les victimes de la nuit. Si la dite sculpture aura une utilité très classique sur la fin de l’histoire, toute la tension qui se met en place au fil de sa création est un des points forts de la nouvelle. Glaçant, le texte parvient en effet à tirer son épingle du jeu par les relations entre ses personnages. Enfin, il y a aussi une forte ambiance vampirique, mais plus psychique dans son approche, dans «Propriété Intellectuelle», le personnage central donnant l’impression de se nourrir de ce que lui racontent ceux qu’il rencontre.

Je n’avais à ce jour jamais eu l’occasion de me pencher sur la plume de Santiago Eximeno (même si j’ai eu l’occasion, par intermédiaire interposé, de solliciter son éclairage sur des points d’édition hispanique). Ce recueil certes court (une centaine de pages) permet ainsi de découvrir un nouvelliste très à l’aise dans les formats très courts… sans pour autant sacrifier ni à l’ambiance, ni à ses personnages. Et quand il aborde des thématiques connues, comme le vampire ou le zombie, c’est pour se focaliser davantage sur la manière dont les vivants doivent composer avec que sur le surnaturel à proprement parler. Une très belle découverte, première publication des Editions Géphyre, qu’on espère du coup suivie d’autres ouvrages marquant du même niveau.

Eximeno, Santiago. Fragments de fleurs aux pétales cramoisis

 

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