Crawford, Francis Marion. Car La Vie est dans le Sang

Mentionné par Lovecraft dans son Épouvante et Surnaturel en Littérature, Francis Marion Crawford n’a guère suscité l’intérêt des éditeurs français. On ne compte en effet que deux recueils de ses nouvelles. Pour autant, il convient de ne pas laisser l’auteur disparaître dans l’ombre, au vu de son «Car La Vie est dans le Sang», un (sinon le) premier texte vampirique publié par un américain, en 1880. Le recueil du même nom, sorti en 1987 chez NéO, associe ce récit avec les nouvelles qui composent originellement Wandering Ghost. De quoi redécouvrir (du moins à l’époque, tant débusquer des livres de cette défunte collection est parfois ardu) l’un des fondateurs du fantastique américain, alors que celui-ci ne s’était pas encore détaché de l’influence du Vieux Continent.

C’est bien évidemment l’histoire éponyme qui m’a valu de me pencher sur le présent ouvrage. La nouvelle, si elle avait déjà été traduite (mais à petite échelle), bénéficie pour la présente d’une retraduction complète de Jacques Finné. Force est de constater que le texte possède une ambiance très réussie, qui nous convie, au faîte de cette tour qui borde la côte italienne, à contempler l’étrange lueur qui se reflète, quand la lune apparaît. Le bâtiment en lui-même ne participe pas à l’intrigue, même s’il est un point d’ancrage pour plusieurs des protagonistes, mais sa décrépitude renvoie au gothique classique et à ses vieilles pierres. Le reste mettra en scène une femme vampire qui ne semble pouvoir prendre forme qu’à l’endroit où elle a été enterrée hâtivement, après son meurtre.

La suite du recueil ne manque également pas d’intérêt, pour ceux qui apprécient les histoires de fantômes (majoritairement). En effet, c’est pour beaucoup à des revenants sans corps que vont avoir à faire les personnages des différentes nouvelles (ce qui est somme toute cohérent avec le titre original du recueil). Dans «Le cri», l’auteur raconte l’histoire d’un capitaine qui décide de conserver le crâne de son épouse, après avoir assassiné (sans se faire prendre) cette dernière. «La poupée fantôme» narre le récit d’un jouet brisé qui va plonger dans l’angoisse l’artisan en charge de sa restauration. Le sourire mort se penche sur un secret de famille, sur fond de malédiction. «Un homme à la mer» et «La couchette supérieure» sont deux nouvelles de hantise maritime. Si le premier se déroule sur un bateau de transport de passager, le premier texte, qui se passe sur un voilier marchand, est particulièrement développé (euphémisme) dans son utilisation du vocabulaire de la voile. Il raconte l’histoire d’un jumeau noyé qui va poursuivre son frère par delà la tombe (et les mers). «La couchette supérieure», met en scène une cabine hantée (et le destin des voyageurs qui vont y coucher, poussés à se jeter par-dessus bord). «Les fontaines du paradis» quitte quelque peu le récit de fantôme : il s’agit davantage d’entité des eaux et de malchance, pour le protagoniste principal. Quant au dernier texte, «Le messager», c’est à un dîner avec la mort qu’il nous convie. Au final, s’il s’approprie certains éléments de la littérature gothique (les lieux notamment), il s’en détache déjà par une approche plus contemporaine.

Chacun des textes de Francis Marion Crawford possède une ambiance remarquable (peut-être davantage quand la mer y a une place centrale, tant l’auteur semble à l’aise avec le sujet). Mais l’on comprend aisément que ce «Car La Vie est dans le Sang» qui reste sa nouvelle la plus connue.

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