Cronin, Justin. Le Passage, tome 2. Les Douze

Les premières années après l’armageddon, quelques individus survivent. Lila, enceinte, et bouleversée jusqu’à refuser la réalité de ce monde dévasté. Kittridge, dit « Ultime combat à Denver » pour ses exploits de tueur de vampires partagés sur Internet, est obligé de fuir sa cible, armé mais seul et conscient qu’un plein d’essence ne le mènera pas bien loin. April, adolescente à la volonté farouche, lutte, dans un paysage apocalyptique, pour protéger son petit frère. Tous trois ont une destinée qui, bien des années plus tard, aura des conséquences.

Poursuivant la méthode employée dans le premier volet, Justin Cronin décompose le roman en plusieurs arcs, suivant l’avancement d’un personnage, puis d’un autre, etc. qui revient selon un rythme épousant les nécessités du récit et du suspens… le point d’orgue étant toujours l’énigmatique Amy, qui ne concentre pourtant pas unilatéralement l’intérêt.

Ayant conservé des impressions, quoique positives, assez floues, du précédent volet, le prologue, astucieusment intégré dans le livre sous la forme d’une chronique légendaire écrite dans le futur, suffit à rafraîchir la mémoire du lecteur. Un mémorandum d’autant moins superflu que si le premier chapitre se rattache assez facilement au dénouement du premier volet, Cronin nous fait ensuite naviguer dans le temps, nous ramenant aux premières années succédant à la catastrophe, en des temps où personne ne se souciait encore de parler de l’an V. ou an Zéro.

Nous faisons ainsi plus ample connaissance avec certains personnages clés de l’Histoire et apprenons comment un certain nombre d’humains ont survécu en dehors du principe des colonies que nous avions découvert dans le précédent opus. De manière générale, le regard du lecteur se pose sur une plus large vue du monde pendant et après la catastrophe, tout en se resserrant sur une poignée de personnages que l’auteur a le mérite d’avoir développés soigneusement.

Ainsi, l’on se souvient de Peter, Alicia, unique en son genre, devenue en partie virul, Sara, Michael et quelques autres. On en apprendra également plus sur le passé et l’évolution de personnages devenus viruls ou… quelque chose d’autre, comme Lila, qui concentre une bonne part de l’intérêt du récit. Cette sorte de personnalité attribuée aux viruls par le biais de leur passé humain, c’est un élément intéressant dans ce volet, puiqu’auparavant, ils étaient perçus comme une entité contrainte à une pensée collective, à un rêve collectif, rêvé par un seul d’entre eux, mais qui est mort au dénouement du Passage. Les viruls originaux ne sont donc plus que onze et le présent tome est intitulé, Les Douze, voilà l’apex du récit, que sournoisement, l’auteur ne nous laisse pas deviner, malgré tous ces pas qui y mènent.

Dans l’ensemble, ce qu’est un vampire, un « virul » dans cet univers, ne se laisse pas facilement saisir. Nous savons que les vampires volent, brillent dans la nuit, que la transformation est due à un virus qui, manipulé par l’homme, a eu des résultats différents, tuant souvent la victime, mais créant parfois des êtres comme Amy, ou hybrides comme Alicia. Les viruls faisant partie du projet expérimental ‑ les douze ‑ sont à distinguer de ceux qui sont créés par morsure, ces derniers, ne conservant qu’une partie infime de leur personnalité, sont tenus à l’obéissance à la vie à la mort, de celui des  douze dont il est le mordu direct ou indirect. Une autre particularité importante va se dégager dans ce volume, mais surtout, il y a toute cette sphère onirique à la frontière de la mort que semble maîtriser Amy, mais dont il ne nous est pas donné, pour l’instant, un aperçu vraiment clair.

En conclusion : un nouveau volet à la hauteur du premier, qui ne donne pas l’impression de vouloir durer en longueur, à l’instar de certains romans volumineux en plusieurs tomes, mais plutôt de progresser, au travers d’une grande fresque post-apo, vers un développement plus profond de l’univers. Si l’on n’est pas dans l’exceptionnellement bon – il eût fallu pour cela que le nombre important de pages à s’enfiler soit contrebalancé par « un petit quelque chose en plus » qui le rende plus savoureux ou en fasse un page-turner – on a là une histoire qui mérite sa place dans les livres vampiriques dont on se souvient.

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