Collectif. Vampire malgré lui

Si le format anthologie (dans le sens recueil de nouvelles d’auteurs différents rassemblés autour d’une même thématique) avait été très tôt présent parmi les publications des Editions du Petit Caveau (le très bon Or et sang), la maison d’éditions spécialisée dans le thème du vampire n’avait jusque-là pas réitéré cette expérience.

Autour du thème imposé Vampire malgré lui, c’est donc 12 textes qui ont été cette fois-ci sélectionnés. Douze textes qui essaient de bousculer, détourner ou tout simplement jouer avec les conventions du mythe, en présentant des créatures qui se retrouvent rapidement dépassées par leur nouveau statut. Car pour l’ensemble des nouvelles, c’est bien à des vampires nouveaux-nés que nous avons affaire. Sans omettre au passage le doute qui assaille les protagonistes.

Jean-Paul Raymond démarre les hostilités avec «Chapitre premier», qui met en scène un auteur préférant s’immerger dans ses écrits plutôt que faire face à la morosité de sa vie, de la femme qui le trompe à ses voisins énervants. Pour autant la confrontation entre l’auteur et son univers et le monde réel, même saupoudré de références que les amateurs ne pourront pas rater. Quelques longueurs et des glissements un peu brusques ne permettant pas totalement à l’effet recherché de s’exprimer.

C’est Tepthida Day qui reprend le flambeau, avec «Comme un coeur qui bat». Une histoire pour le moins poétique aux forts relents de steampunk qui m’a davantage accrochée. Sans temps morts, l’auteur lève peu à peu le voile sur le destin de Lord Babbethsborough, qui est parti précipitamment de chez lui depuis plusieurs semaines. Un style simple et efficace au service d’un univers original qui plonge le lecteur dans une époque victorienne fantasmée du plus bel effet.

Lydie Blaizot, habituée de la maison d’édition, poursuit le recueil au travers de son «Noblesse d’âme», qui détonne quelque peu par rapport à mes lectures précédentes de l’auteur. On quitte les ambiances victoriennes de l’auteur pour se retrouver à l’époque contemporaine, à suivre la touchante relation d’une grand-mère et de sa petite fille. Emprunt d’humour, d’un zeste d’action et surtout de personnages savoureux, on espère que cette nouvelle et son univers trouvera une descendance dans la production future de l’auteur.

Le «Neverland» d’Henri Bé est une autre des réussites de ce recueil. Un huis-clos étouffant autour d’enfants pas comme les autres qui vont peu à peu apprendre pourquoi ils vivent coupé du monde depuis plusieurs années maintenant. Une touche de mystère, de noirceur, une plume qui fait mouche et ne souffre pas de temps morts. Sans compter un soupçon de transgression qui donne un léger côté malsain à l’ensemble.

«Les Naömis» de Jean Vigne tranche avec le Dernier vampire du même auteur, également paru chez le même éditeur. On est ici davantage dans un registre qui oscille entre les pulps de jungle et l’horreur d’un Cannibal Holocaust. Je suis d’ailleurs davantage convaincu par le style de l’auteur dans cette nouvelle que par celui de son roman suscité, d’autant qu’il joue avec le thème de la chauve-souris vampire, qui a eu les beaux jours du vampire littéraire d’avant les années 50 et a un peu été oublié ces derniers temps.

«Pétrus» de David Osmay est une de mes nouvelles préférées du recueil. Déjà parce que le personnage principal est un félin du meilleur genre, ensuite parce que la plume de l’auteur s’en sort à merveille pour donner vie aux pensées et souvenirs de l’animal en question. Si les autres personnages du récit sont nettement en retrait, l’ensemble n’en est pas moins bien construit, sans longueurs et non dénué d’humour, se penchant sur le quotidien d’un vampire pour le moins en marge de ses pairs.

«Cuttle Feesh», signée par Alice B. Griffin est aussi une bonne surprise. L’auteur choisit d’y mettre en scène un vampire d’un genre un peu spécial : une créature vampirique dotée de tentacules en lieu et place de canines. Jusqu’à ce que son métier d’acteur ne lui force la main. Doté de la capacité de se transformer selon son bon vouloir, il va ainsi se métamorphoser en Vlad l’empaleur pour les besoins d’un film. Amusant et original, le texte mêle donc SF et fantastique pour un résultat plus que sympathique.

«Les dents de Kitty» de Patrice Verry est une nouvelle plus sombre que la moyenne du recueil. Véritable quête des origines pour le personnage principal, qui veut comprendre d’où lui viennent les longues dents dont elle est dotée, doublé de son goût pour le sang humain. Mais retrouver son géniteur suffira t’il pour apaiser ses doutes et ses questions sur son ascendance ? Dôté d’un ton assez désespéré, la nouvelle n’en est pas moins assez réussie, même si j’ai moyennement été convaincu par la chute.

«Si tous les rois de la terre» d’Olivier Boile joue sur le lien entre les vampires de fiction et les dirigeants de ce monde (Voltaire aurait apprécié). En mettant en scène Murat, le maréchal napoléonien, l’auteur choisit de poser son récit dans un contexte historique riche qu’il parvient sans hésitations à s’approprier. En bon amateur de la période historique, c’est un texte que j’ai beaucoup apprécié, même si les références historiques ont tendance à parfois un peu trop alourdir le rythme.

«Dis-moi qui tu manges» de Malaïca Macumi permet à l’auteur de mettre en scène ces créatures qu’elle aime tant dans le monde moderne. Pour le coup, on comprend rapidement que son héros est un vampire doté d’un affection peu commune, qui ne peut consommer que du sang pur. Ce qui risque de lui être difficile, à l’époque où nous vivons. Amusant, et jouant également sur le doute entre réalité et fiction, voilà un texte qui prouve une fois de plus que Malaïca a du style et des idées à revendre !

«Déchéance» de Patrice Mora est une tentative post-apocalyptique sur le thème des buveurs de sang. L’envie de vivre d’un père prêt à tout pour tenir la promesse faite à son fils suffira-t-elle à celui-ci pour trouver sa voie parmi le chaos ambiant ? Sanglante et écrite d’une plume maîtrisé eet dynamique, je n’ai par contre pas totalement été convaincu par la fin et par certains rebondissements du récit.

«Mademoiselle Edwarda» de Vincent Tassy clôt le recueil. Il s’agit d’une nouvelle mettant en scène un personnage transgenre qui va voir son désir de changer de sexe contrecarré par  sa réponse à une question posée sur l’oreiller, un soir d’ébriété. Pour le moins sulfureuse dans sa manière d’utiliser le thème du vampire, il s’agit à mes yeux d’une utilisation judicieuse du mythe du vampire, l’auteur jouant sur le thème de l’acceptation de soi. Une plume fluide qui montre des références bien intégrées, même si la chute aurait mérité plus d’éclat.

Pour l’ensemble des nouvelles du recueil, la thématique est bien respectée. On suit donc 12 vampires (ou simili-vampires) qui découvrent le mal qui les touche, ou qui reviennent sur ce dernier, et la manière dont ils l’ont contracté, alors qu’ils découvrent toujours un peu tard les conséquences. Entre SF, post-apo et polar, de bonnes idées et des vampires qui n’éprouvent pas tous les problématiques habituelles (la peur du soleil, des crucifix, de l’eau bénite), mais sont tous liés par leur besoin de boire du sang pour survivre, et la difficulté (voire l’impossibilité) à surpasser ce besoin.

Un recueil qui renferme finalement peu de texte qui ne m’auront pas à minima convaincu, mais que j’ai trouvé un cran en-dessous de la précédente anthologie de la maison d’édition. Quelque part, la sélection est ici plus homogène mais manque de plumes véritablement percutante, à la Franck Ferric, que j’avais découvert avec Or et sang. Pour autant, les amateurs du sujet devraient apprécier, les auteurs au casting de ce Vampire malgré lui ayant chacun proposé quelque chose d’original et de cohérent vis à vis du thème.

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