Collectif, dirigé par Richard Dalby. Dracula’s Brood : Neglected Vampire Classics

Richard Dalby était un spécialiste éclairé des littératures du surnaturel. Fin collectionneur (sa collection de livres personnels était telle qu’il devait la stocker dans un hangar dédié) et connaisseur, il a travaillé dès les années 70 à de très nombreuses anthologies de textes autour des figures clés que sont les fantômes, les sorcières et bien évidemment les vampires. Dracula‘s Brood est un de ces ouvrages, qui aura connu 6 éditions successives depuis la première, en 1987. L’auteur a pris le soin de sortir de l’oubli pléthore de textes peu connus (voire plus édités depuis des éons) qui montrent que la figure du vampire n’a pas attendu Stoker pour passionner les contemporains du romancier Irlandais. Chacun des textes du recueil est introduit par l’anthologiste, qui remet dans le contexte de la production du novelliste, poète ou romancier le texte retenu, et pointe les éléments vampiriques notables. L’un des intérêt de l’anthologie est de rassembler des textes contemporains de Stoker, voire écrit par des auteurs ayant connu le romancier irlandais, que leurs textes aient précédé Dracula où l’aient suivi.

«The Lasts Lords fo Gardonal» de William Gilbert, premier texte de l’anthologie, a notamment été publié dans les pages du Argosy Anglais. Le texte met un certain temps avant de se raccrocher à la figure du vampire, par l’entremise de la sorcellerie. Le protagoniste principal, un seigneur qui n’entend pas qu’on puisse lui résister, découvrira un peu tard que ses désirs peuvent le mener à sa perte. La vampire, revenue d’entre les morts à sa demande (sans qu’il en ait conscience dans un premier temps) lui est attachée par le sang : elle ne peut se nourrir que de celui de Conrad, qu’elle a entre-temps épousé.

«The Fate of Madame Cabanel» d’Eliza Lynn Linton nous vient d’une autrice louée en son temps par Ridder Haggard. Il y est question d’hystérie collective, dans un petit village de Bretagne où la jeune femme du pasteur, trop différente des habitants du cru, va rapidement être considérée comme une vampire. D’autant que la maladie finit par s’abattre sur  les lieux et que son mari en est un des premiers atteints.

«The Man-Eating Tree» de Phil Robinson est un texte relativement court, par un auteur né en Inde, connu pour être un des premiers à avoir oeuvré, d’un point de vue littéraire, en littérature anglo-indienne. Le texte diffère fortement des précédents, en cela qu’il met en scène un arbre vampire, capable de s’abreuver (et de se nourrir) d’êtres vivants. Un précurseur de «La Guerre du Lierre» de David H. Keller, donc.

«The Vampyre» de Vasile Alecsandrai est un poème d’origine roumaine dont une traduction anglaise a été publiée au sein d’une publication à laquelle la propre soeur de Stoker a participé. Le texte est intéressant à plus d’un titre, car il date de 1886, et rattache la figure du vampire à ses racines est-européennes (le titre original est «Strigoiul»). Pour autant, au vu de la sémantique convoquée, on est davantage sous l’obédience du vampire occidental, de la femme vampire tout particulièrement.

«A Mystery of the Campagna» d’Anne Crawford a déjà été chroniquée sur le site, s’agissant d’une nouvelle intégrée dans l’anthologie Les femmes Vampires, dirigée par Jacques Finné et Jean Marigny. Le frère ainé d’Anne Crawford est également connu pour son apport notable à la littérature aux dents longues, au travers de la nouvelle «Car la Vie est dans le Sang». Mais le texte de sa soeur est tout aussi intéressant, et nous conduit en Italie, dans les pas d’un chef d’orchestre à la recherche d’un endroit au calme pour composer. L’endroit qu’il va trouver va le conduire à sa perte, car il va rapidement tomber sous le joug d’une femme vampire qui va le retenir prisonnier et l’épuiser jusqu’au trépas, sans que personne ne parvienne en enrayer la situation.

«Ken’s Mystery» de Julian Hawthorne (fils de Nathaniel Hawthorne, l’auteur de La Lettre Ecarlate) nous invite cette fois-ci en Irlande, où le héros va se retrouver, après quelques péripéties, aux mains d’un entité à mi-chemin entre fantôme et vampire. Mais, s’agissant d’une femme morte dans des circonstances horribles, elle ne parvient pas à trouver le repos et s’attaque aux vivants… tout du moins à leur gorge, qu’elle tente d’étrangler après les avoir séduit.

«Let Loose» de Mary Cholmondeley est un texte qui a été très longtemps accusé de plagier un autre texte vampirique notable, «The Tomb of Sarah» de F.G. Loring. Pour autant, si le texte de Cholmondeley a eu moins de succès, il n’en est pas moins plus ancien de quelques années que celui de Loring.

«The Parasite» de Sir Arthur Conan Doyle est un classique du genre, même chez nous. Le texte flirte avec les thématiques du mesmérisme et de l’hypnose, qui intéressaient fortement Doyle, et imagine la rencontre entre un scientifique incrédule et une medium capable de prendre le contrôle de tiers, les épuisant (et s’épuisant) fortement au passage. On est ici clairement face à un avatar de vampire psychique.

«Good Lady Ducayne» de Mary Elizabeth Braddon est reconnu comme un texte important dans l’histoire de la fiction vampirique (Kim Newman intègre le personnage dans son Anno Dracula, même si ce n’est que de la figuration), mais il est relativement peu connu en France (même s’il est inclus dans l’anthologie de Finné et Marigny pré-citée). Il s’agit ici d’une vision médicalisée du vampire, qui met en scène une vieille femme désireuse de prolonger au maximum sa vie, quitte à s’injecter du sang de jeunes femmes en bonne santé (la comtesse Bathory n’est pas loin). A noter que comme Doyle, l’auteur connaissait Stoker (et fait allusion à sa propre nouvelle sur le sujet dans un message de félicitations qui fait suite à la publication de Dracula).

«A Dead Finger» de Sabine Baring-Gould met en scène le personnage central avec une manifestation surnaturelle qui va peu à peu envahir son quotidien, tout en jouant sur sa santé physique. On flirte à la fois avec le vampire psychique (il n’y a pas de morsure) et avec le récit de fantôme (étant donné la manière dont apparaît l’entité responsable, qui sera mis à mal par la fée électricité).

«Will» de Vincent O’Sullivan est une des nouvelles les plus courtes du recueil (et une des seules qui ait été traduite à cette époque chez nous, dans les pages du Mercure de France). Il s’agit de l’histoire d’un couple dont la femme finit par dépérir, affectée par les pensées de son mari, qui a fini par la détester et n’aspire qu’à la voir mourir. C’est certes très court, mais c’est superbement écrit, jusqu’aux dernières lignes, entre humour noir et retournement de situation inattendu.

«The Stone Chamber» de H.B. Marriott Watson distille un fort relent gothique. Un ami du narrateur achète une ancienne abbaye à demi en ruine pour s’y établir. Mais depuis qu’il dort dans un ancien bureau aménagé en chambre, son attitude semble changer drastiquement. A mi-chemin entre la nouvelle de possession et le vampirisme, ce cela que le personnage est autant d’humeur changeante qu’éreinté au fil des nuits… d’autant que la gorge de ceux qui dorment dans cette chambre s’orne rapidement de sinistres marques. A noter que le texte a été initialement publié en 1898, soit un an à peine après la sortie de Dracula.

«The Vampire Maid» et «The Old Portrait» sont deux textes courts de Hume Nisbet. Le premier met en scène un narrateur désireux de casser le train-train quotidien dans lequel il s’est enfermé, et part à l’aventure, pour finir par être hébergé dans un cottage perdu au milieu de la lande. Là, il s’éprend rapidement de la jeune fille qui y vit seules avec sa mère, avant de comprendre que sa relation avec celle-ci entame peu à peu son énergie. Le second texte met en scène un artiste qui déniche un tableau et son cadre, pour se rendre rapidement compte que la toile cache en fait une peinture plus ancienne. Laquelle va lui donner l’impression qu’elle se nourrit de sa propre vie. Si le premier textes est relativement classique, le second met donc en scène un vampire-inanimé : un tableau.

«Marysas in Flanders» de Vernon Lee (pseudonyme de Violet Page, autrice louée par Montague Summers) est un bon texte qui jouer sur l’hésitation entre croyance païenne et religion catholique. Pour autant, j’ai du mal à voir l’aspect vampirique de la chose, hormis dans les dernières lignes, quand on comprends pourquoi al croix qui ornait initialement l’église de Dunes a été remplacé, et ce qu’il est advenu de l’ancienne croix (qui a en fait subit des rituels apotropaïques).

«An Unscientific Story» de Louise J. Strong mêle avec intérêt les thèmes de Frankenstein (le protagoniste principal est un scientifique obsédé par l’idée de créer la vie) et de Dracula (la créature qu’il finit par créer est avide de sang, et cherche pour cela à mordre ses victimes à la gorge). Relativement intéressant, d’autant que le texte a été publié en premier lieu dans les pages du Cosmopolitan, dans lequel Stoker a également publié quelques nouvelles.

«The Feather Pillow» d’Horacio Quiroga explore une nouvelle fois le thème de la victime du vampire qui ignore ce qui lui arrive. C’est son mari qui, une fois sa femme décédée, comprendra de quoi il retourne en faisant une horrible découverte. On flirte avec l’animal-vampire, sans pour autant qu’on ait une idée précise de la teneur de la créature (mais elle rend anémique sa victime, lui ponctionnant du sang par la gorge).

«The Singular Death of Morton» d’Algernon Blackwood (qu’on a déjà pu lire sur le sujet via sa fameuse nouvelle «The Transfert») relie phénomène de hantise et vampirisme. Deux randonneurs dans la force de l’âge se retrouvent poursuivis par la présence d’une jeune femme, après s’être arrêtés dans une ferme perdue pour y boire un lait au goût étrange. On y croire le thème du somnambulisme, mais le texte est bien moins intéressant que la nouvelle précitée.

«Aylmer Vance and the Vampire » du couple Alice et Claude Askew joue la carte du détective de l’étrange, mettant en scène Aylmer Vance et son acolyte et biographe Dexter. Ces derniers vont devoir faire face à un cas de possession vampirique qui atteint le couple Davenant depuis que celui-ci a posé ses valises dans l’antique demeure de la famille de la jeune mariée. On y verra Vance identifier la présence du vampire en lui présentant un bouquet de fleurs qui faneront immédiatement. A noter que le duo de personnage a vécu d’autres aventures, toujours sous la plume du couple Askew, mais qu’il n’a bénéficié d’une édition en recueil que dans les années 1990.

«The Sumach » d’Ulric Daubeny propose une variation inattendue sur la thématique. En effet, le protagoniste central est un arbre qui semble se gorger du sang des être vivants qui passent à proximité, quitte à les attirer dans ses rets. Le déroulement en est assez classique, mais c’est la révélation finale qui est le moment le plus savoureux du texte, se raccrochant avec les caractéristiques classiques du vampire (l’arbre pousse – pour simplifier – sur le corps d’un ancien vampire). A l’instar de M.R. James, l’auteur est aussi connu pour ses ouvrages de non-fiction, particulièrement ceux concernant les antiquités.

C’est justement M.R. James qui est l’auteur de «Wailing Well», qui est le texte suivant de l’anthologie. Si l’auteur est relativement connu pour son «Count Magnus» et pour «An Episode of Cathedral History», ce ne sont pas les deux seuls textes mettant en scène des créatures vampiriques qu’il ait signé de sa plume. «Wailing Well» se focalise sur un jeune scout turbulent bien décidé à braver l’interdit, et à s’approcher de ce puits des gémissements situé dans un champ à proximité du campement où lui et ses camardes ont posé leurs tentes. Des dires d’un berger, 4 entités vivent autour de l’endroit, dont personne ne s’approche plus depuis des éons. Une histoire parfaite pour un récit au coin du feu, c’est d’ailleurs à cette fin qu’elle a été pensée.

« Another Squaw? » est une courte nouvelle signée par Edward Heron-Allen, un contemporain de Bram Stoker, également auteur d’un roman qui flirtait avec le vampirisme psychique : The Princess Daphne. La nouvelle met en scène un cératioïde, un poisson des profondeurs dont le mâle possède une relation quasi-parasitaire avec sa femelle. Pour autant, c’est une scientifique passionnée par l’espèce qui fera les frais de son intérêt pour l’animal.

« The Living Stone » de E. R. Punshon est une autre nouvelle atypique. En effet, après le poisson de la nouvelle précédente, c’est cette fois-ci d’un minéral vampire dont il est question. Des disparitions à intervalles régulières vont en effet voir un professeur spécialistes des cultes anciens s’intéresser à une mystérieuse pierre qui semble perché sur la colline d’une petite ville. Très inventif dans son genre, tout en jouant avec les codes du genre.

« Princess of Darkness » de Frederick Cowles est la dernière nouvelle du recueil. On quitte quelque peu les variations des précédents textes pour revenir à quelque chose de plus classique, en l’occurence une femme vampire. L’ancrage hongrois nous ramène bien évidemment à la comtesse Bathory, mais cette courte nouvelle tient aussi de Dracula dans la manière dont le professeur qui accompagne le héros se débarrassera (partiellement) de la menace vampirique.

Une anthologie qui renferme un nombre impressionnant de textes rares sur la thématique du vampire. Chaudement recommandé pour ceux qui lisent en anglais !

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