Chaumette, Jean-Christophe. Le Dieu vampire

Noël 1476 : l’armée de Vlad III est écrasée par les Ottomans, et le voïvode de Valachie, surnommé l' »empaleur » ou « Draculea » trouve la mort dans la bataille. De nos jours : des archéologues exhument la tombe de Gengis Khan et découvrent un mystérieux sphéroïde. Ces deux évènements revêtent une importance capitale pour les membres de l’Ordre du Dragon. Ce qu’ils ont failli perdre au XVe siècle, ce qui vient d’être retrouvé en Mongolie, représente pour eux puissance, longévité et extase. L’espoir de restaurer leur grandeur passée déchaîne leur fureur. Sophie Hoang, une des scientifiques qui ont ouvert le mausolée de l’empereur mongol, devra affronter ceux que les légendes, depuis les débuts de l’humanité, ont appelé vampires.

A la différence de nos voisins anglais qui ont récemment organisé une série de conférences destinée à reprendre en main le genre vampirique, les auteurs français ont l’air de regorger d’idées intéressantes pour s’approprier le mythe. Après les récentes sorties de David S. Khara et Alick, voici donc un nouveau roman vampirique, signé Jean-Christopher Chaumette, qui sort chez un éditeur au nom pour le moins laconique (l’Editeur). J’étais tombé par hasard sur l’existence de ce roman, et sa couverture sobre et mystérieuse avait su attirer mon attention

Le résultat est franchement à recommander, l’auteur s’est en effet intelligemment approprié le mythe. Il sort en effet à la fois des sentiers battus, se paie le luxe de redéfinir les origines du vampire, de donner à l’ensemble une petite touche SF, le tout avec un style et une ambiance aussi moderne qu’efficace. On suit donc les destins de plusieurs personnages qui vont se trouver rassemblés par les velléités du mystérieux Ordre du Dragon, célèbre parmi ceux qui s’intéressent à Vlad l’Empaleur. La galerie de personnage est intéressante, l’auteur n’hésite pas à sacrifier certaines pièces maîtresses, surprenant le lecteur au fil d’une intrigue au suspense et accélérations bien senties.

Le rythme est d’emblée haletant, la montée en puissances des différentes trames, qui finissent bien sûr par se rejoindre, étant vraiment bien orchestrée, de même que le mélange des genres, qui est assez finement pensé. Il faut en effet attendre un certains temps pour que le roman ne dérive vers des contrées plus science-fictionesque, et cela sans pour autant que cette dérive ne se fasse de manière lourde ou radicale. L’intrigue baigne davantage dans un climat typé polar, où la violence et la douleur sont centrales, mais pour autant utilisées à très bon escient.

Niveau vampirique, on est dans quelque chose d’assez novateur, qui m’a cependant rappelé Nécroscope par certains aspects. Les vampires de cinéma n’existent pas dans l’univers mis en place par Jean-Christopher Chaumette, qui présente ceux-ci comme une sorte de digression par rapport à la réalité. L’auteur fait des vampires des créatures bien vivantes, certes dotée d’une longévité plus grande, et surtout d’une soif de souffrance sans pareil. Ici les vampires ne boivent pas de sang, mais se repaissent de la douleur infligée à leurs victimes, finissant par oublier toute autre forme de plaisir terrestre. Cette soif de souffrance leur est communiqué par des organismes sphériques auxquelles certains humains, choisis par l’Ordre du Dragon, peuvent servir d’hôte, transformant les dits hôtes en monstres vivant (et d’expliquer certains personnages indissociables de la notion de souffrance à grande échelle).

Un roman franchement passionnant, qui captive rapidement le lecteur pour ne plus le lâcher et l’entraîner dans un mélange savamment dosé d’action, de suspense et de fantastique (avec une petite touche SF plutôt bien vue). En bref un roman chaudement recommandé qui rompt avec la mode Bitlit et propose une vision vraiment noire du mythe littéraire du vampire, comme s’il cherchait à en retrouver l’esprit originel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *