Swolfs, Yves. Interview avec l’auteur du Prince de la Nuit

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis Yves Swolfs, auteur et dessinateur de BD depuis 1980, date de la sortie du premier Durango, série western à la mode « transalpine ».

En plus du Prince de la nuit, je suis aussi l’auteur de Légende, saga médiévale en 6 tomes. Je suis aussi scénariste de séries telles que : Vlad, James Healer, Dampierre et Black Hills. Je suis aussi passionné de musique, je joue de la guitare depuis mes 15 ans, c’est-à-dire depuis fort longtemps. J’ai un groupe de Hard FM Jyve, grâce auquel je m’amuse beaucoup !

Le premier tome du Prince de la nuit est sorti en 1994. Pouvez-vous revenir sur la genèse de cette saga, qui marquait votre première incursion dans le fantastique ?

Mes lectures, pendant l’adolescence étaient surtout orientées « fantastique » :
Bram Stoker, Jean Ray, Thomas Owen… et plus tard Stephen King.
Je nourrissais l’envie de créer une histoire de vampire depuis longtemps mais, je ne voulais en aucun cas, refaire un nouvel avatar de Dracula, ou une reproduction sur papier des films de la Hammer.

J’ai trouvé un angle particulier en m’intéressant à la psychanalyse et à la psychogénéalogie. L’idée m’est donc venue d’écrire le long combat à travers les siècles entre Kergan, incarnation du mal et une lignée de chasseurs de vampires qui, au sein de la même famille se transmettaient le fardeau de cette lutte contre l’identification du mal incarné. Tous les descendants de Vincent Rougemont, le dernier chasseur, ayant été vaincus à cause des lacunes et des faiblesses engendrées par la façon même dont ils avaient été élevés dans le but de prendre la relève. Une deuxième lecture d’ordre un peu mystique, décrit le trajet d’une seule et unique âme se réincarnant en chacun des chasseurs de la famille Rougemont. Cette âme gardant en mémoire les expériences de chacun des chasseurs de vampires et devant se réincarner car sa tâche n’était pas accomplie.

Pour ce qui est du personnage de Kergan lui-même, je ne voulais surtout pas d’un modèle proche de Christopher Lee mais plutôt d’un vampire plus actuel et original.
C’est en voyant Steve Vai jouer le rôle du « guitariste du diable » dans le film
Crossroads que m’est venue l’idée de m’en inspirer pour créer mon personnage.

En 2015, soit près de 20 ans après le tome 1 (et 14 ans après le dernier opus en date), vous relancez la série avec un nouveau cycle. Pourquoi tout ce temps ?

J’aime le changement. Il est nécessaire pour rester créatif. Après le sixième tome du Prince, je me suis plongé dans Légende. Cette saga médiévale a occupé tout mon temps jusqu’en 2013.

Les différents opus de la série vous permettent tous de mettre en scène une période différente de l’histoire. Comment et pourquoi avez-vous choisi ces époques ?

En dehors du moyen-âge, période durant laquelle le récit prend sa source, chaque époque est représentative de grands changements de la civilisation judéo-chrétienne. Chacun des chasseurs de vampires s’inscrit aussi dans ces bouleversements par lequel il sera influencé. Le contexte historique contribuant aussi chaque fois à souligner les faiblesses et les contradictions des personnages.

Aymar, le prêtre, est confronté à l’affaiblissement de l’Église qui perd peu à peu son omnipotence médiévale face aux idées nouvelles de la Renaissance. Il deviendra, dans un contexte de chasse aux sorcières, un inquisiteur féroce, habité par d’intenses frustrations, ce qui le perdra face au vampire. De même l’aristocrate en rupture familiale pour de sombres raisons, deviendra un ardant révolutionnaire en 1789. Ses contradictions le pousseront au suicide quand il sera confronté au vampire. Les 2 derniers tomes eux, ont pour cadre les années 30 et l’avènement du nazisme.

Pour un dessinateur le plaisir est aussi multiplié par le fait pouvoir se plonger dans une grande variété d’univers au sein d’une même saga.

En tant que scénariste, je suis aussi assez satisfait d’avoir construit un scénario à la structure assez complexe, fonctionnant sur le principe du flash back, dans lesquels s’inséraient d’autres flash back approfondissant la psychologie des protagonistes. Malgré cette structure, le récit demeurant très compréhensible et facile à lire.

Le 7e tome vous permet de revenir sur le passé de votre emblématique vampire. Il me semblait qu’initialement il était prévu un cycle sur ce personnage, et une suite à proprement parler. Pour autant, la fin de ce nouveau tome semble pencher vers une fusion de ces deux projets. Qu’en est-il ?

Ce tome est le premier « des mémoires de Kergan », qui comportera un certain nombre de péripéties ne s’étendant que sur un ou deux albums à chaque fois. La parenthèse futuriste de la dernière planche est, quant à elle l’annonce d’un autre cycle. Je prévois en effet de montrer ce qui renaîtra des cendres contenues dans l’urne que le nazi emporte à la fin du tome 6. Je ne ferai que scénariser cette partie car en tant que dessinateur, les univers contemporains ou futuristes ne sont pas ma tasse de thé.

En choisissant de faire de Kergan un Dace, aviez-vous pour objectif de faire le lien entre la mythologie européenne du vampire et ce que ce dernier est devenu dans la littérature moderne ?

Les Daces vivaient effectivement sur le territoire de l’actuelle Roumanie et aux alentours. Dans les Carpates, en autre. Le lien est donc évident avec la mythologie vampirique dont cette région est le berceau.

Les anciens tomes réédités ont-ils bénéficié de retouches ? Je pense notamment à la couverture du tome 4, qui a totalement été changée ?

L’éditeur tenait en effet à réactualiser les couvertures. J’ai retouché l’illustration
du tome 5, dont l’arrière plan avait mal vieilli, et j’ai recréé celle du tome 4. Il me manquait le temps nécessaire pour refaire la totalité des illustrations. Ce sera peut-être, à envisager pour de prochaines rééditions.

Votre série semble puiser ses racines dans des ambiances proches de la Hammer. Est-ce une influence consciente de votre part, et un hommage à une forme de cinéma que vous appréciez tout particulièrement ?

J’ai aimé les films de la « Hammer » quand j’étais ado, mais malgré un charme désuet et certain, il faut avouer qu’au regard des visuels actuels, à grand renfort de 3D et d’effets spéciaux, ces films ont pris un sacré coup de vieux.
Je suis donc beaucoup plus influencé par l’esthétique du cinéma fantastique de ces dernières années.

En marge du Prince de la nuit, vous avez co-écrit, aux côtés de Christian Chelman, un livre publié par BrüselBD, qui met en scène un autre chasseur de vampires. Pouvez-vous nous parlez de la genèse de Rhésus ?

L’idée est née d’une rencontre avec Christian qui est illusionniste et dont le spectacle de magie à l’époque avait pour thème la chasse aux vampires. Sa connaissance du sujet était très approfondie et il avait émis le souhait de scénariser le récit qu’il racontait durant le spectacle. Nous avons donc conçu ce petit livre « à l’ancienne » contenant des
illustrations très « 19e siècle ». C’est avec plaisir que j’ai réalisé les dessins, dont l’atmosphère m’évoquait un peu les images qui me venaient lorsque je lisais les « Harry Dickson ».

La saga du Prince de la Nuit, avec son parti-pris gothique, est en décalage avec ce qu’est devenu le vampire ces dernières années. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la créature au cinéma et en littérature et comment expliquez-vous sa pérennité ?

Pour tout dire, j’ai un peu décroché par rapport à la littérature actuelle autour du thème.
A part Sir Cédric dont je trouve l’approche intéressante, la masse de publication style Twilight ou Vampire Diaries n’ont pas, en ce qui me concerne, beaucoup d’intérêt. Il est vrai que j’ignore peut-être l’existence d’autres bouquins intéressants.

J’ai par contre bien aimé la série True Blood, qui en plus de nous livrer de très bonnes atmosphères et des personnages attachants, constitue un portrait sans pitié de la société américaine avec toutes ses névroses et ses travers. L’ensemble est de plus traité avec une sacrée dose d’humour noir.

Au cinéma, à part le récent Dracula Untold rien ne m’a vraiment interpelé depuis le Dracula de Coppola ou Entretien avec un vampire.

Quelles sont vos premières et dernières rencontres en date avec des vampires ?

De quels genres de Vampires est-t-il question ?
De gens styles gothiques, généralement très sympas et qui vivent leur passion, ou de vampires authentiques ? Personnellement dans la vie réelle, je ne connais que quelques beaux spécimens de vampires diurnes, psychopompes, ou financiers…
Dans mon boulot on en rencontre parfois.

Quels sont vos projets dans les prochains mois ? Le planning de publication des tomes suivants est-il déjà établi ?

Je vais scénariser le prochain tome des Mémoires puis entamer l’écriture du prolongement futuriste dont j’ai parlé plus haut. J’ai aussi d’autres projets en préparation.
Pour ce qui est du dessin, je me consacrerai au projet qui m’emballera le plus quand il sera question de reprendre les pinceaux mais mon choix n’est pas encore fait.
La sortie de ces projets devraient ce profiler dans une grosse année, peut-être en avril, mai ou septembre 2016.

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