Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de vampirisme.com ?
Je suis une écrivaine suisse d’origine roumaine, qui écris en allemand. J’ai publié quatre romans dont le dernier – mon roman sur Dracula – a été sélectionné pour le fameux Prix du livre allemand. C’est mon deuxième roman en traduction française. La dame au petit chien arabe est paru en 2019 chez Albin Michel. C’était un hommage à la ville de Zurich et évidemment à Tchekhov. Si chacun de mes livres est très différent ils parlent tous de l’art dans notre vie. Je suis ravie de participer à la rentrée littéraire !
Votre roman Ceux qui ne meurent jamais sera publié fin août, aux éditions Les Argonautes. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

La première traduction « officielle » roumaine de Dracula date de 1989. Cette exposition tardive joue t’elle encore aujourd’hui sur ce que représente le personnage, pour les roumains ? La figure historique avant le personnage de fiction ? Et au milieu de tout ça des projets controversés comme le Dracula Park, qui donne son nom au titre anglophone du livre ?


Pour vous, utiliser un personnage aussi protéiforme que Dracula faisait sens pour parler d’un pays où la frontière entre le passé et le présent paraît encore très floue ? Je veux dire, l’un des fil rouge du roman, c’est aussi de confronter différentes visions de la Roumanie : celle de la période communiste, celle d’aujourd’hui…
Dracula est le motif parfait pour écrire sur la Roumanie, et pas seulement sur la Roumanie d’ailleurs. Il représente ces sujets morts-vivants que nous pensions relégués depuis longtemps, passés et enterrés, mais qui sortent de leurs tombes avec un visage hideux. Ces thèmes morts-vivants, nous les trouvons partout, ce sont le nationalisme, le chauvinisme, le désir presque morbide de la main forte, d’un leader strict qui met les choses en ordre.
Quelles recherches vous ont été nécessaires pour préparer la genèse du livre ? Vous mentionnez des anecdotes tirées des pamphlets qui sont centraux dans ce qu’on sait aujourd’hui de Vlad Tepes. Mais il y a aussi cette première scène nocturne avec le vampire, que l’héroïne surprend à ramper sur le mur, et qu’on retrouve dans plusieurs adaptations cinématographies du roman ?
Mon ambition était d’écrire le roman ultime sur Dracula, de rassembler toutes les histoires sur Dracula dans un récit divertissant. Le livre est donc plein de références de livres et de films, bien qu’il ne soit pas nécessaire de connaître les livres et les films pour se sentir inclus dans la lecture. Ce qu’il était important pour moi d’ajouter, c’est la figure historique de Vlad l’Empaleur, qui a une biographie absolument remarquable, beaucoup plus proche de Dracula qu’un Bram Stoker ou un Francis Ford Coppola ne l’auraient soupçonné.
Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire ? Qu’est-ce qui en fait la pérennité ?
Depuis le XVIIIe siècle, le mythe du vampire a une place de choix dans la littérature, où il est porteur de significations profondes et représentatif du côté le plus sombre de notre réalité. Le vampire a un pouvoir qui dépasse celui des autres. Parce que pour une raison ou une autre, il est resté ici, prisonnier de ce monde, de son immortalité. À quoi utilisera-t-il ce pouvoir, dans quel but ultime ?
Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et/ou cinématographiques)

Ma deuxième rencontre a eu lieu au cinéma d’art de Bucarest, où je travaillais comme traductrice simultanée et où je devais traduire « Nosferatu » de Murnau, donc, dans ce cas, j’ai dû lire les intertitres du film muet. « Nosferatu » peut sembler roumain pour certains, mais en roumain cela ne veut rien dire et j’ai plutôt pensé à « no sphere », une sorte de Stalker de Tarkovsky. Le film m’a laissé une impression durable, à quel point il est ridicule et rudimentaire et pourtant à quel point il crée astucieusement de l’horreur.
Ma dernière rencontre avec les vampires avait aussi à voir avec Nosferatu, et en même temps avec mon roman : j’étais impliquée dans un docufiction pour Arte sur Dracula et sur ce qu’il trouverait s’il rampait hors de sa tombe maintenant : un monde beaucoup plus horrible que lui-même. C’était un tournage amusant en fait…
Quels sont vos prochains projets éditoriaux ?
Mon prochain livre en allemand paraîtra au printemps prochain et parlera d’art : de la mesure dans laquelle une artiste alimente son art avec sa vie, comment elle vampirise sa vie, puis ce que l’art redonne à la vie.


