Boissezon, Kevin – Lopez, Thierry. Interview avec les gérants d’Artus Films

Boissezon, Kevin - Lopez, Thierry. Interview avec les gérants d'Artus FilmsBonjour Kevin et Thierry. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Kévin : je suis le co-gérant d’Artus films j’ai 37 ans et j’ai une formation littéraire. Une maitrise de sociologie sur la légende urbaine des snuff-movies  et un DEA de philosophie sur l’anthropologie du Mal.

Thierry : co-gérant, même âge ! J’ai suivi un parcours d’études cinématographiques à Montpellier, et ai réalisé 8 courts métrages, tous de genre fantastique.

Comment est née la maison Artus Films ?

K : Tout simplement, l’envie d’avoir chez nous des films qui n’ont jamais été édités en vidéo.

T : C’est ça. Je bavais très souvent devant des photos de vieux films fantastiques dans des livres d’histoire du cinéma. Des films difficiles à voir. La seule solution était de les éditer.

Boissezon, Kevin - Lopez, Thierry. Interview avec les gérants d'Artus FilmsDès vos premières sorties, on sent votre intérêt pour une période précise du cinéma de genre, mais focalisé (au moins pour une de vos collections) sur les films italiens. Pourquoi ce choix précis ?

K : On aime beaucoup cette période du cinéma bis italien concentrée de la fin des années 60 à la fin des années 70. Mais depuis on s’est pas mal diversifié. Même si on reste beaucoup focalisé sur le cinéma bis et d’exploitation.

T : les italiens étaient quand même très prolifiques dans le film de genre des années 60 : péplum, cape et épée, gothique, western… Puis après, les giallo, polar, sexy-comédie… Cela marchait par vague, avec toujours les chefs d’œuvres et les moins bons. Mais on aime aussi le gothique anglo-saxon, les fééries russes ou tchèques et beaucoup d’autres genres. Il est vrai que l’on a bien puisé dans la cinématographie italienne, mais le reste peut venir. Les années 60 et 70 ont été très riches, et les faiseurs de films connaissaient bien leur métier.

Vis à vis des Etats-Unis et de l’Angleterre, quelle est selon vous la force du cinéma fantastique (notamment vampirique) européen dans les années 50 à 80 ?

T : Peut-être une liberté de ton pour les italiens. Du style baroque, très opéra finalement. Bien sûr, il est admis que les italiens copiaient les modèles anglais ou américains ; mais ils parvenaient toujours à ajouter des tas de choses nouvelles, provenant de leur identité. L’Italie était vraiment un cas à part, car elle s’appropriait tout ce qui venait mais réussissait à filtrer et à y insuffler ses propres mythes. Les allemands – avec les Krimis, tirés d’Edgar Wallace – ont aussi réussi à créer un style et une unité propre pour des sujets ayant cadre en Angleterre… Les tchèques et les russes n’ont eu qu’à puiser dans leur longue tradition de contes et littérature populaire. Là aussi, un parfum et une patte incroyables. Les espagnols ont également été assez prolifiques quant au genre qui nous intéresse. Les années 60 ont vraiment vu émerger des vagues, des modes, des courants. Et c’est bien de pouvoir s’en imprégner à nouveau.

Boissezon, Kevin - Lopez, Thierry. Interview avec les gérants d'Artus FilmsVous avez également sorti en DVD le Renne Blanc, un film qui flirte de manière plus qu’évidente avec le thème du vampire. Comment avez-vous déniché cette perle ?

T : ce film est tout simplement magnifique. Je le range aisément dans mes 10 films préférés. Je ne me souviens plus dans quel livre, mais j’avais vu une photo du film. La neige et le mythe du grand nord m’ont toujours fasciné. Dans ce film, il s’agit en plus d’une histoire fantastique, une légende, sur fond de sorcellerie et de vampirisme. Que demander de plus ? Ce film réunit plusieurs de mes centres d’intérêt.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du vampire au cinéma ces dernières années ?

K : Honte à moi mais je n’ai pas vu Twilight ! j’avais commencé à regarder True Blood. Je trouvais l’approche vraiment intéressante, la transposition en Louisiane et la cohabitation des vampires et des humains. J’ai arrêté faute de temps. J’ai vraiment adoré Morse… C’est fabuleux.

T : euh… j’avoue que moi non plus, je ne suis plus trop ce qui se fait maintenant. Je ne voudrais pas paraître vieux jeu, mais j’ai de plus en plus de mal avec le cinéma fantastique actuel. Les scénarios mal construits, insipides, réchauffés ; il y a la méconnaissance des modèles cinématographiques ; et surtout la surenchère d’effets spéciaux gérés par ordinateur… J’ai vraiment du mal. Souvent, je me force à regarder des films récents, parce qu’il paraît que c’est bien, parce qu’il faut pouvoir discuter dans une soirée (!), mais, généralement, je me regarde un bon Hammer dans la foulée. Qu’est-ce que c’était bon…

Boissezon, Kevin - Lopez, Thierry. Interview avec les gérants d'Artus FilmsQuelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?

K : Le Nosferatu d’Herzog. Je devais avoir 7 ou 8 huit ans et mon père adorait ce film. Du coup je l’ai vu, il devait passer à la télé je pense. Klaus Kinski m’a traumatisé pendant un bon moment. La crypte du vampire qui vient de sortir chez nous ( un peu de promo ! )

T : Dracula, le livre. Stoker ! J’étais très jeune, et le mythe du vampire m’a très tôt attiré et fasciné. En fait, je dévorais les rares BD jeunesse où apparaissait parfois un vampire. Je me souviens même que je dessinais souvent des vampires (cape, haut-de-forme etc… tel que Lugosi l’a véhiculé). Et puis, oui, j’ai lu Dracula, et cela a été une grande révélation. J’ai, par la suite, dévoré tous les livres sur les vampires que je pouvais trouver. Une grande claque a été le premier Anne Rice, je devais avoir 15 ans.

Et puis les films de vampires que l’on pouvait trouver au vidéo-club : Aux frontières de l’aube, Génération perdue, Les vampires de Salem, Vampire, vous avez dit vampire ?
J’ai aussi eu la chance de voir le Dracula, de Coppola, lors de sa sortie en salles. Et en télé, Nosferatu, d’Herzog. Enorme claque. Plus pour avoir été littéralement submergé par le style et l’univers d’Herzog (et par Wagner), que pour son approche du vampire.

Boissezon, Kevin - Lopez, Thierry. Interview avec les gérants d'Artus FilmsPour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?

K : Vaste question. Pour moi qui vient d’une formation d’anthropologie de l’imaginaire on pourrait y passer des heures, mais beaucoup d’écrivains et universitaires ont écrit sur le sujet. L’atout principal pour moi est le romantisme. Ce mélange d’amour et de morbide, ça marche toujours.

T : il est vrai que le sujet a été maintes et maintes fois traité. Chacun donne une explication plausible selon sa spécialité. Et chaque peuple, du moins en Europe, possède ses légendes sur des êtres qui reviennent de la mort pour sucer le sang des victimes. Peur de la l’au-delà, besoin de la peur et du mystère, inceste, complexe de domination ?… Avec la littérature, un personnage a pu être identifié. Un être dominateur, immortel, au fort pouvoir sexuel. Et le cinéma a su donner des images ; jamais l’érotisme et le pouvoir sexuel n’ont été aussi forts. Le vampire est intemporel, et c’est ce qui en fait un mythe.

 Avez-vous encore des projets de films sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?

T : nous allons continuer à explorer le cinéma de genre. La collection Gothique va continuer, avec au moins un titre vampirique. Trop tôt, hélas, pour le dévoiler, mais c’est du très bon !

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