Delpy, Julie. La comtesse. 2010

A la mort de Ferenc Nadasdy, son mari, Erzsébet Báthory devient propriétaire d’un immense domaine et d’une incroyable fortune, qui vont l’amener à devenir une des nobles les plus puissantes de Hongrie. Sa position sociale lui attire de nombreuses faveurs, mais Erzsébet finit par s’éprendre du fils du riche Gyorgy Thurzo, Istvan. Le père du jeune homme, qui convoite la fortune et les terres de la comtesse, ne l’entend pas de cette oreille et met rapidement un terme à leur idylle passionnée, intriguant dans l’ombre pour les séparer. Erzsébet, persuadée que le jeune homme l’a quitté pour une jeune femme plus jeune et plus belle, sombre peu à peu dans la folie, finissant par se persuader que le sang de vierge lui redonne jeunesse et beauté.

En 2007, j’apprenais que Julie Delpy était en train de travailler sur un film dédié à la comtesse Bathory, où elle tiendrait la caméra, endosserait le rôle principal et officierait en tant que productrice. Bref, avec autant d’implication de sa part dans le projet, je prenais alors la nouvelle avec un intérêt plus que certain. Deux ans plus tard, après (a priori) quelques soucis de financement, voilà que sort bientôt ce film qui raconte donc la lente descente aux enfers de la comtesse Bathory, bien connue des amateurs de vampires pour être un des personnages historiques qui ont le plus influencé le mythe (on lui devrait notamment des personnages comme la Carmilla de Le Fanu, et elle serait, de par son rang, une sorte de prototype du noble-vampire).

Si je ne me suis pas vraiment ennuyé à visionner le film, force est d’avouer que de nombreux détails ont rapidement émoussé les espoirs que je fondais dans le film. Après une introduction sur la jeunesse de la comtesse, qui balaie (un peu trop rapidement selon moi) la montée de sa peur chronique pour la mort (et la vieillesse qui y mène), la narration ralentit afin de se consacrer à la vie de Bathory après la mort de son mari. On y découvre donc une veuve pleine de ressource qui n’a pas froid aux yeux et entend gérer ses biens comme bon lui semble.

Plusieurs problèmes apparaissent au fil du film. Les différents rôle ne sont en effet pas vraiment aussi creusés que le rôle principal, à tel point que même les autres personnages principaux (dont Istvan) apparaissent bien fades (notamment au niveau psychologique). La réalisation n’est pas mauvaise en soi, mais la lumière est peu utilisée, et bien trop sombre pendant la quasi-totalité du film. Il est malgré tout indéniable que la réalisatrice a de très bonnes idées de mise en scène (notamment avec Ferenc, ou lorsque la comtesse croît découvrir le pouvoir du sang sur ses rides, voire ses derniers moments), mais ces bons moments sont trop épars pour faire du film une œuvre véritablement passionnante.

Tout comme les autres films sur la comtesse (notamment le Bahory de Jakubisko), l’adaptation de la vie de la comtesse est pour le moins libre, la réalisatrice n’ayant pas hésité à faire d’une histoire de cœur l’élément déclencheur de la folie d’Erzsébet, histoire de cœur dont l’autre protagoniste se trouve être le fils même du paladin Thurzo, connu pour être un des principaux protagonistes du procès. Par contre, si la magie s’intègre au récit sous la forme de Darvula, l’amante de Bathory, le film ne distille aucune ambiance réellement fantastique, et n’a en soit rien de vampirique. La soif de sang de la comtesse apparaît très vite comme un simple moyen pour elle de conserver sa jeunesse et sa beauté, quelque soit le prix à payer pour cela. On voit d’ailleurs très bien qu’elle ne boit pas de sang, mais s’en badigeonne juste la peau, pas plus qu’elle ne mord ses victimes pour en extraire le sang, ses dames de chambre s’en occupant pour elle à l’aide de stylets et autres couteaux (du moins au début, Bathory optant finalement assez vite pour l’utilisation d’une dame de fer).

Un film qui, s’il comporte de belles images et quelques bonnes idées, manque cruellement d’action et de personnages vraiment fort (hormis la comtesse elle-même). On ne s’ennuie cependant pas lors du film, la reconstitution historique étant aussi intéressante que réussie (les costumes sont superbes), mais il manque à ce film un souffle épique et une constance qui aurait pu en faire une œuvre réellement incontournable. On remerciera malgré tout ZoneBis de nous avoir permis de voir le dit film en avant-première, lors de leur Etrange Festival, cuvée 2010.

Delpy, Julie. La comtesse. 2010
Delpy, Julie. La comtesse. 2010
Delpy, Julie. La comtesse. 2010

5 réponses à Delpy, Julie. La comtesse. 2010

  1. Pascale dit :

    J’ai trouvé ce film d’une profondeur inouïe moi.
    Avec notamment le thème très actuel des femmes qui veulent rester jeunes à tout jamais et à tout prix, ainsi que celui de l’amour qu’on idéalise et le complot politique.
    Pas une seconde d’ennui en ce qui me concerne et certainement pas de lenteur.

  2. caro dit :

    J’ai beaucoup aimé cette retenue dans sa mise en scène et son jeu, ainsi que son côté austère, Julie Delpy fait une excellente Erzsébet, histoire que je connaissais pas du tout. J’ai trouvé que le tout début quand elle est enfant va beaucoup trop vite. Elle s’inquiète ensuite d’avoir été préférée à une femme plus jeune, sa folie est palpable mais toute la symbolique au vampirisme n’est juste qu’effleuré (mais là encore je ne fais que découvrir l’histoire de cette comtesse). En tout cas, je trouve ce film courageux de pouvoir aborder ce thème avec la propre vision de sa réalisatrice, je suis ravie de découvrir ce style de long-métrage sur grand écran. Un bon moment donc, avec ses défauts.

  3. Très d’accord avec ce que dit Pascale, le film réussit à créer un lien entre un personnage ayant vécu à des siècles de nous finalement proche des préoccupations et des thématiques actuelles.
    Je connaissais l’histoire de la comtesse Bathory, et ait justement apprécié l’originalité du film à ne pas trop en faire sur le côté vampirique/fantastique tellement en vogue avec des grosses productions.
    Merci de t’être arrêté sur mon blog Vladkergan, je découvre ce site avec plaisir.
    x

  4. zofia dit :

    C’est vrai que Julie Delpy fait le choix de traiter le sujet de la comtesse sous l’angle amoureux en effleurant à peine les côtés fantastiques mais comme j’ai pu lire sur le net, les interprétations de cette histoire (qui finalement est devenue une légende) sont très nombreuses donc tout est possible 🙂
    Mais personnellement j’ai beaucoup aimé

  5. danygoth dit :

    Belle interprétation de Julie Delpy, qui a joué ce rôle sèvère et fantastique, mais un peu lent quand-même, la comtesse Bathory sombre dans une espèce de folie de vieillir ; c’est très bon, j’ai bien aimé, les costumes sont superbes.

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