Jonathan Harker aspire à ne pas être ostracisé toute sa vie en tant qu’handicapé. Victime d’un accident qui l’a laissé sans l’usage de ses deux jambes – alors qu’orphelin, il venait d’être adopté – il se voit malgré tout ouvrir les portes de l’Institut Whitby. De façon à permettre à son amie Wilhelmina Murray de bénéficier du même traitement, il accepte de mener à bien une mission : apporter à un certain comte Dracula, qui réside en Transylvanie, des papiers. Ce dernier projette en effet de s’installer en Angleterre.
Tandis que les précédents opus se focalisaient sur la partie anglaise du récit, ce quatrième volet réintègre le journal de Jonathan Harker dans l’adaptation de Shin’ichi Sakamoto. On a déjà pu voir mentionner (et très succinctement apparaître, dans la mémoire de Mina) le personnage, mais c’est la première fois que celui-ci intervient directement au sein de la trame. Le mangaka profite des situations vécues par le personnage sur son trajet pour expliciter les connexions avec le reste de l’histoire, notamment comment ce dernier – infirme – a pu se voir confier la mission de traverser l’Europe pour faire signer des documents à Dracula. Si les rencontres avec le surnaturel paraissent dans un premier temps se faire plus tangibles, la suite de ce volume nous montrera qu’il n’en est rien. Le Dracula rencontré par Harker n’a certes pas le même visage que celui auquel font face Mina et les autres protagonistes, il ne s’en agit pas moins de la même entité. Laquelle vit au coeur d’un château labyrinthique : Sakamoto semble s’amuser à complexifier le récit et ses codes, pour mieux le reconstruire à sa manière. Et y intégrer des références à Alice au pays des Merveilles ou à Boucle d’Or et les trois ours.
Le dessin est toujours d’un niveau exceptionnel. Le trait de l’auteur est d’une incroyable finesse, et dénote d’un sens du détail prononcé. Il parvient toujours à faire plonger le lecteur dans la folie, emboîtant le pas à son personnage qui semble bien mal armé pour se protéger de l’entité qui lui fait face.
Ce quatrième tome ne renouvelle pas ce qui a été montré au cour des précédents volets. Tout au plus comprend-on que le crucifix qui a été donné à Harker durant son périple est en mesure de repousser Dracula. Et que ce dernier et le Dracula historique ne font qu’un : la scène où il est présenté mangeant sous une forêt de pal, et le tableau qui orne le mur du château figurent sans doute possible Vlad III. D’autant que Radu – le frère de Vlad – apparaît également à Jonathan dans un cauchemar. L’auteur joue aussi sur la fluidité du genre du personnage, qui a des traits féminins (et un look très idol, avec ses oreilles de chats) sous les yeux de Harker. Une façon d’expliciter à l’image de ce que dit en creux le roman, que le vampire prend vie différemment sous les yeux de chacun ?
Un quatrième opus qui ne fait pas baisser d’un iota la qualité de la série. Une adaptation très personnelle du livre de Bram Stoker, qui parvient à s’imprégner de nombreux détails du roman – de sa forme comme de son fond – pour mieux les transgresser.


