Sakamoto, Shin’ichi. #DRCL midnight children, tome 6

Jo Suwa poursuit son enquête dans le quartier de Whitechapel. Bientôt, il avise une imposante demeure qui est entourée de créatures nocturnes. Il comprend que c’est sans doute là que le vampire s’est installé. Bien que seul, Jo pénètre l’inquiétante batisse. Mais est-il armé pour faire face à la toute-puissance de Dracula ? Pendant ce temps, réfugiée dans sa chambre, Mina essaie de faire le point sur ce qu’ils savent du vampire. Que ce soit pour Jo ou Mina, il semble que l’esprit de Luke/Lucy n’ait pas encore totalement quitté ce monde.

Ce nouvel opus divise la trame en deux arcs parallèles, qui finiront par se rejoindre dans les dernières pages. D’un côté, il y a Jo, qui utilise Renfield pour tenter de débusquer Dracula au cœur du quartier de Whitechapel. De l’autre, il y a Mina, toujours à la Whitby School, qui s’évertue à passer en revue les événements qui se sont succédé jusque-là. Une fois de plus, Sakamoto s’amuse à tordre le récit original. On le voit ici réintégrer des éléments de la trame imaginée par Bram Stoker (la rencontre de Mina avec les femmes vampires, la mort de Renfield, la marque d’hostie sur le front de Mina). Il exploite également des thèmes sous-jacents du roman, tels que le mouvement New Woman, et la place des femmes dans la société victorienne. Mais le mangaka convoque aussi sa vision du texte, que ce soit en dressant un parallèle entre classes populaires et aisées, et d’autres mythes littéraires comme Frankenstein et Jack l’Éventreur. En résulte un opus fou, déstructuré, où les scènes d’hallucinations, de rêves et de cauchemars sont entremêlées avec les événements tangibles.

Graphiquement, c’est une nouvelle fois une franche réussite. L’auteur fait preuve d’un grand sens du détail, autant lorsqu’il travaille sur les visages et expressions de ces personnages que quand il s’agit de mettre en image les phases plus oniriques de son récit. On trouve ça et là, enfin, des réminiscences d’autres versions de Dracula, la tenue de Lucy étant sans hésitation un hommage au même personnage dans le Dracula de Coppola (personnage incarné par Sadie Frost).

La matière vampirique n’est ici pas en reste. L’idée que le vampire et sa victime sont une résonance de l’attitude des classes aisées vis-à-vis des plus pauvre n’est pas une nouveauté : Karl Marx faisait déjà ce parallèle dans son ouvrage Le Capital en 1867. Dans ce sixième opus, il y a également la démonstration de la puissance du comte, dont les pouvoirs vont au-delà du monde physique. il attaque en effet ses antagonistes sur le plan psychologique et spirituel, les confrontant avec leurs secrets et hantises. Il y a cette idée de contamination, présente dès le premier volet : Dracula se livre à une progressive corruption du sol anglais, et rayonner à partir de la Whitby School. On retrouve enfin l’e l’opposition entre la matière religieuse et le vampire. Ainsi, les crucifix paraissent en capacité de le repousser, de la même manière qu’une hostie consacrée permet d’identifier un être humain souillé par le vampire.

Un sixième tome qui ne démérite pas vis-à-vis des précédents. Shin’ichi Sakamoto se livre à une incroyable réinterprétation du texte de Stoker, aussi bien sur les plans graphiques que scénaristiques.

DRCL-midnight-children-6-2 Sakamoto, Shin’ichi. #DRCL midnight children, tome 6

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