Mina comprend que c’est à travers la psyché de Jonathan qu’elle a revécu l’essentiel du trajet de celui-ci à destination du château du comte. Mais elle réalise aussi qu’il est trop tard pour son ami. Cette expérience lui apprend néanmoins que ceux qui ont été mordus par le vampire sont en capacité d’établir un lien mental, et de partager ce qu’ils ressentent. Pendant ce temps, Godalming et le reste du groupe sont partis sur la tombe de Luke, décidé à empêcher Dracula de faire de ce dernier son âme damnée.
Shin’ichi Sakamoto poursuit son adaptation de Dracula, et rattache dès les premières pages les pérégrinations de Jonathan Harker avec les tentatives de communication avec les morts de Mina et du — désormais — trio d’étudiants. Une fois de plus, le mangaka fait montre d’une grande finesse dans sa capacité à s’emparer de la trame originale. Il n’y a aucun doute que l’on soit face à une adaptation de Dracula, mais l’auteur en propose une lecture éminemment personnelle. Au cours de cet opus, on suivra surtout les pas de Jo Suwa, qui se rend à Londres de façon à remonter — grâce à une invention de son cru — la trace du vampire.
Le dessin est une nouvelle fois irréprochable. La finesse et le sens du détail du mangaka scénariste sont assez incroyables, autant quand il s’attelle à redonner vie au Whitechapel de la fin du XIXe siècle que lorsqu’il brouille les frontières du réel avec Dracula.
À nouveau, Sakamoto intègre plusieurs thèmes à son récit, notamment celui du doppelgänger, avec le personnage de Luke/Lucy. L’auteur rattache à sa trame les meurtres de Jack L’Éventreur, qui ont souvent été rapprochés du livre de Stoker (même si celui-ci n’a laissé aucune indication en ce sens). D’autres motifs présents dans le roman sont abordés également, de façon plus appuyée. C’est le cas de la lutte des classes, des droits des femmes (à travers des victimes de l’Éventreur et leur droit à être reconnu pour ce qu’elles étaient). Le mangaka lève enfin le voile sur Renfield, et ce qu’est réellement le personnage.
J’ai mis un certain temps à m’immerger dans cette série, mais force est de constater que cette réinterprétation du roman de Bram Stoker est une prouesse sur le fond comme sur la forme. Certains vont détester, mais j’avoue apprécier autant l’exercice que le résultat.

