Violaine de Charnage. Vals Sanglante

Au Moyen Âge, dans le petit village suisse de Vals, la peste se répand à travers la population. Nantie d’un bec-de-lièvre, Verena est un temps épargnée par le mal. Mystérieusement retrouvée dans le lit d’une ferme voisine, elle est sommairement enterrée. Mais est-elle vraiment morte ? De nos jours, Katrin passe une partie de ses vacances à Vals. Très jeune, elle développe une fascination pour le sadisme, et le sang. Jusqu’à devenir une spécialiste du rajeunissement. De quoi attirer l’attention de stars vieillissantes, parmi lesquelles Beatriz, dont la carrière bat de l’aile, alors que son mari vient de la quitter pour plus fraîche qu’elle.

Ce n’est qu’à partir de 2021 que Violaine de Charnage commence à publier, entre horreur et fantastique. Je n’avais jusque-là jamais eu l’occasion de me pencher sur la bibliographie de l’autrice, mais ce Vals Sanglante cochait toutes les cases pour finir sur vampirisme.com. Ce livre me donne également l’opportunité de découvrir Gore des Alpes, un des rares éditeurs à maintenir le créneau gore dans l’édition francophone actuelle. Une petite quarantaine de textes ont été publiés par la maison depuis 2019, et l’on y retrouve autant de jeunes plumes que des écrivains établis comme Jean-Pierre Andrevon ou Christophe Siébert. La structure suisse a pris en quelque sorte la suite des éditions Trash, qui s’était engagée dans le registre tenu pendant des années par la collection Gore.

Le court roman de Violaine de Charnage est indubitablement ancré dans un référentiel gore. L’autrice n’hésite pas à brutaliser ses personnages, offrant à son lecteur des scènes qui marient sexualité déviante, chairs malmenées et une bonne dose de sadisme. Le gore de Violaine de Charnage n’est pour autant pas gratuit : elle met au cœur de l’action des protagonistes féminins chacune face à leur réalité : ostracisation, obsessions, pauvreté, nostalgie de la jeunesse. De fait, ce n’est pas un personnage principal que propose ce Vals Sanglante, mais bien quatre.

La dimension vampirique du récit est indéniable. Déjà, par une ouverture en plein Moyen Âge qui renoue avec un folklore vampirique prélittéraire : l’ancrage épidémique, d’un mal qui touche ceux qui vivent dans les campagnes. Mais l’essentiel du texte tourne autour de la comtesse Bathory et sa légende, matière utilisée en creux par l’autrice. On retrouve l’idée que s’immerger dans le sang peut prolonger la vie, et l’obsession pour la jeunesse. Violaine de Charnage scinde cependant le personnage : il y a d’un côté la scientifique, qui a imaginé le procédé, et de l’autre l’actrice sur le déclin, qui paye pour en profiter.

Avec Vals Sanglante, Violaine de Charnage propose une réinterprétation contemporaine — mais ancrée dans le passé — de la comtesse Bathory et de sa dimension vampirique. Un récit noir et incisif, sans échappatoire pour ses protagonistes.

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