Sirgent, Jacques. Vampires : Dracula, Carmilla, Bathory et tous les autres

Si c’est effectivement le personnage de Dracula qui a été le moteur du poids des vampires dans la culture moderne occidentale, les buveurs de sang existaient bien avant 1897, et pas uniquement au travers de la fiction romanesque. S’il commence son livre par la publication du texte de Bram Stoker, Jacques Sirgent va par la suite revenir en arrière, et passer en revue tous les aspects du mythe, entre influence de personnages historiques, mythologies et autres légendes. Avant de revenir à l’époque moderne pour se pencher sur l’après Dracula, et la descendance des vampires dans les médias contemporains : cinéma, BD…

J’avoue que je ne m’attendais pas forcément à ce que ce nouveau livre sur les vampires signé Jacques Sirgent prenne l’apparence d’un livre aussi richement illustré, doté d’un papier épais du plus bel effet. Globalement, l’objet est franchement de bonne facture (hormis peut-être la couverture et quelques effets très convenus à l’intérieur, type gouttes de sang, mais les goûts et les couleurs…), et impressionne par sa richesse graphique. Laquelle fait appel à des visuels connus des amateurs du genre mais aussi aux collections personnelles de l’auteur (les dessins de Jonathan Barry sont à ce titre assez accrocheurs), ce qui permet de ne pas tomber dans le déjà vu.

Niveau contenu, le spécialiste s’appuie sur ses connaissances du sujet (notamment des personnages de Dracula d’Elizabeth Bathory, qui se détachent ici nettement) pour proposer une exploration complète de l’histoire des buveurs de sang. On commence donc à la publication du roman de Stoker pour remonter à la genèse du mythe, et ses différents visages et évolutions au fil des siècles et des sociétés. Relativement sourcé et documenté (plusieurs légendes peu connues sont cités par l’auteur, et donne envie qu’on s’y intéresse), assez complet dans son approche, Jacques Sirgent semble proposer ici une sorte de compendium de ses ouvrages passés, tout en complétant chaque aspect de matériaux dont il n’avait pas forcément fait mention jusqu’alors.

J’ai ainsi particulièrement apprécié certaines légendes détaillées, comme celle de Kashta, le soin apporté aux explications concernant le personnage de Lilith (l’auteur y explicitant le passage de la mythologie babylonienne à la Bible), voire aux pratiques funéraires montrant que la peur des revenant et le tabou lié au sang (représenté majoritairement par la couleur rouge) a toujours été prégnant depuis la naissance de l’humanité.

Si par le passé le style de l’auteur avait parfois su me rebuter, il tire profit assez efficacement de ce dernier dans cette nouvelle livraison. Les opinions personnelles de l’essayiste, qui donne un éclairage assez personnel sur la figure du vampire, et son utilisation consciente ou inconsciente, sont estampillées comme telles au fil du texte, ajoutant une dynamique assez originale à l’ensemble. Sans oublier quelques touches d’humour, via des jeux de mots et clins d’œils que les habitués du Directeur du Musée des Vampires reconnaîtront sans mal.

Si les assertions de l’auteur ne me convainquent pas toujours, force est de constater que ce Beau Livre qui vient rejoindre la production de Jacques Sirgent sur le thème du vampire est de bonne facture. Les néophytes autant que ceux qui ont déjà des connaissances sur le sujet devraient y trouver du grain à moudre sans mal. Et au moins un certain plaisir pour les yeux.

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