Renard, Christine. La mante au fil des jours

Quel âge a Elisabeth ? Dix-huit ans ou deux cent cinquante-deux ans ? Comment est Elisabeth ? Belle, désirable, envoûtante ou vieille, ratatinée, horrible ? Pourquoi, tour à tour, Jacques éprouve-t-il pour elle une passion furieuse et une immense répulsion ? Qui est Elisabeth ? Que fait Elisabeth ? Comment se fait-il qu’après une longue nuit d’amour avec Elisabeth, Jacques se sente si différent ? Comme vidé. Comme si, par extraordinaire, son sang lui manquait.

Il m’aura fallut de nombreuses années avant de dénicher ce roman au titre singulier, par hasard dans le fatras de mon bouquiniste habituel. Sitôt entamé la lecture, j’ai eu immédiatement l’impression d’être en présence d’un texte d’un niveau tout autre de la production actuelle. L’ambiance lourde qui pèse dans la demeure où vivent Elisabeth, Jacques, sa sœur et sa mère fait rapidement plonger le lecteur dans un huis-clos macabre et torturé où l’hésitation entre le fantastique et le réel est constamment sur une lame de rasoir. Au final, peu de personnages donc, mais des personnalités travaillés et une histoire qui met en place peu à peu ses rouages diaboliques. Le style de l’auteur est vraiment travaillé et efficace, l’ensemble dégageant une cohérence et une noirceur rare.

Elisabeth est donc l’entité vampirique de l’ouvrage. Si elle ne semble pas ressentir de réelles difficultés à la lumière du jour, les personnes à son contact son cependant atteint d’une fatigue inexplicable qui ne les quitte plus. La personnalité de la grand-mère d’Elisabeth est également intéressante. Pourquoi n’apparaît-elle que quand la jeune fille semble malade ou exténuée ? Qui est-elle réellement ? L’ombre de la comtesse Bathory plane bien évidemment au-dessus du texte, et ce lien va au-delà du rapprochement entre le prénom d’Elisabeth et celui de l’effrayante comtesse. Car c’est bien la thématique de la jeunesse éternelle, en même temps que celui de la prédation physique (prédation qui se manifeste sexuellement comme émotionnellement) et de la contamination (les humeurs d’Elisabeth et son influence pesant lourd sur le caractère de la sœur de Jacques).

Au final un texte rare, aussi prenant que bien écrit, qui fait déplorer le décès survenu trop tôt de cette auteur qui est considérée par beaucoup d’amateurs comme une des plus grandes auteurs fantastiques française à ce jour. Ce n’est en tout cas pas ce texte qui les fera mentir.

Un long article d’André-François Ruaud sur Christine Renard

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