Montaclair, Florent. Le vampire dans la littérature romantique française 1820-1868

Apparu en Europe centrale, le vampire est une figure de l’imaginaire née au XVIIe siècle de la confrontation de l’Occident avec le monde ottoman.L’auteur présente la naissance de ce thème en Europe centrale, puis, comment il a existé un mythe du vampire, comment ce mythe, en perdant sa dimension explicative du réel, est devenu, dans la France du XVIIIe siècle, un objet de l’imaginaire, et enfin, comment, les auteurs romantiques en ont fait un motif littéraire, un jeu sur les formes et les normes.L’étude est accompagnée du corpus des textes qui ont forgé l’image du vampire : la nouvelle fondatrice de Polidori ; le roman initial de Bérard ; les trois adaptations théâtrales de Nodier, Scribe et Dumas ; la nouvelle de Gautier et celle, en extraits, de Mérimée.

Les essais spécialisés sur une partie de cette figure littéraire qu’est le vampire sont souvent des ouvrages passionnants mais difficile d’accès pour les néophytes, et ce très touffu ouvrage ne fait pas exception à la règle. Florent Montaclair explore en profondeur la constitution de ce motif de la littérature fantastique qu’est devenu le vampire, partant de la définition même du nom de la créature. L’auteur analyse et retrace le périple des affaires vampiriques qui ont fait couleur aussi bien la plume de Dom Augustin Calmet que celle de Voltaire, affaires qui sont quelques part les prototypes du vampire en littérature, étant donné qu’il s’agit des premiers textes écrits mettant en scène ce type de créature, appelés comme tel.

A la différence de beaucoup d’ouvrages sur le sujet, Florent Montaclair propose à ce niveau une étude approfondie des causes de ces affaires,notamment le parallèle possible entre la créature et l’envahisseur turc de l’époque. Fouillé, épaulée sur de nombreux textes, cette partie donne un éclairage pour le moins neuf sur le sujet, en allant chercher au-delà du fait pour en extraire les fondements sociaux, politiques et culturels.

L’auteur analyse à partir de là la manière dont le vampire passe peu à peu du statut de figure métaphorique à une créature ludique, habilitée à devenir un des personnages incontournable de la littérature de genre, à commencer par le Vampire de Polidori, qui marque la naissance de la prose littéraire vampirique. Un phénomène et une oeuvre qui vont durablement marquer les auteurs romantiques français, qui vont s’emparer du personnage de Polidori et se l’approprier, notamment à travers le théâtre, et des textes et pièces comme celles de Nodier, Bérard, Scribe et Dumas. Etude de la structure des pièces et roman, des champs lexicaux et représentations du vampire qui y sont mis en scène, parallèle avec les succès du genre romantique et ses déconvenues, c’est finalement à la naissance du vampire tel qu’il apparaît aujourd’hui en littérature et au cinéma qu’on assiste ici.

Florent Montaclair propose donc ici une étude approfondie qui permet d’étudier dans le détail le naissance du vampire littéraire, lui même géniteur quelques décennies plus tard du vampire cinématographique. Avant même Stoker et son Dracula, qui cristallise en quelque sorte les oeuvres qui l’ont précédé, Montaclair montre à la fois l’importance des oeuvres romantiques dans la constitution du motif vampirique mais aussi l’importance du vampire dans l’histoire de la période romantique, et la manière dont il a servi de medium à de nombreux auteurs, et non des moindres.

L’ouvrage est qui plus est complété par le Vampire de Polidori, Lord Ruthwen ou les vampires de Bérard, Les vampires de Nodier, Les vampires de Scribe, le Vampire de Dumas, La morte amoureuse de Gauthier et Lokis de Mérimée (sous forme d’extraits pour ce dernier), ce qui achève d’en faire un indispensable pour les amateurs de littérature fantastique qui s’intéressent aux textes fondateurs et aux premières variations de ce motif qui continue d’avoir un succès colossal aujourd’hui : le vampire. Reste cependant que la partie didactique n’est pas toujours des plus simple à suivre pour le néophyte pas forcément habitué à des essais universitaires de ce niveau.

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