Collectif. Les Vampires, aux origines du mythe

Si les vampires ont été popularisé par la littérature de fiction et le cinéma, et pour beaucoup sous la plume et la caméra des anglo-saxons, on oublie encore trop souvent que leur existence prend notamment source dans le folklore de l’Europe orientale, quelques années avant le Siècle des Lumières. Pour autant, c’est durant cette période d’opposition  à l’obscurantisme par la connaissance que l’hystérie vampirique se fait connaître, sous la plume de Dom Calmet, de Boyers d’Argens, de Pitton de Tournefort voire de Voltaire. Gilles Banderier, qui a collecté et annoté les textes qui constituent le présent recueil, cherche avec ce dernier à remonter aux sources, notamment françaises, du mythe, quand celui-ci n’était pas encore une icône de la pop-culture.

Si certains des textes phares rattachés à la perception du vampire folklorique en France ont déjà été repris ou publiés, que ce soit à travers du Infernaliana de Charles Nodier, ou des deux Histoires des Vampires de Roger Vadim, certains restent encore bien difficiles aujourd’hui à dénicher, pour l’amateur qui désire disposer d’une bibliographie complète sur le sujet. Alors qu’on leur doit déjà les éditions de la Dissertation sur les vampires de Calmet et du De la mastication des morts dans leurs tombeaux de Ranft, les éditions Jérôme Millon proposent avec ce nouvel ouvrage de quoi compléter nos connaissances sur les premiers textes cherchant à analyser, réfuter ou confirmer l’existence de vampire, ou tout du moins de la croyance en ces derniers.

Si l’ouvrage se compose de 22 textes différents, tous n’ont pas le même intérêt historique (même si les lettres adressées à Calmet permettent de se rendre compte de l’amplitude des collectes de ce dernier). On retiendra en effet essentiellement les articles de Pierre des Noyers (Mercure Galant de 1693), de Marigner (Mercure Gallant de 1694, qui s’appuie sur le texte précédent), du Mercure de France de 1732, du discours de Guillaume Rey à l’Académie des sciences de Lyon en 1737, des Lettres Juives du Marquis d’Argens et des Remarques sur le vampirisme de Gerard Van Swieten, datées de 1755. Les habitués du site reconnaitront plusieurs noms mentionnés par NecuratIeles dans son article sur l’étymologie du mot vampire.

Si les deux premiers textes, publiés à la fin du XVIIIe siècle, sont les deux premiers textes français à gloser autour des affaires s’étant déroulées quelques années plus tôt, en Serbie. Pierre des Noyers propose en premier lieu une relation des pratiques liées aux vampires (qu’il ne nomme pas encore ainsi, utilisant les termes stryges et upyres), qui ont lieu en Russie et en Pologne et dont la véracité est attestée par des religieux locaux. Marigner, rebondissant sur l’article de son prédécesseur, propose une analyse puisant dans la philosophie, la médecine, l’alchimie, l’astrologie…

Mais ce sont finalement les textes du XVIIIe siècle, par leur précision (jusque-là, les repères géographiques étaient très vagues) autant que par la distance prise par les intervenants, qui ne se contentent plus de faire une relation des faits rapportés mais déconstruisent ces derniers, dans l’idée de rationaliser la croyance et de mettre en doute les effets des remèdes apportés. Mais quand le religieux s’attaque au sujet (Dom Calmet oblige), cela fait sortir les philosophes de leur réserve, à l’image de Voltaire, qui s’attaqua frontalement à l’exégète dans son Encyclopédie, dénigrant le sérieux du travail de son contemporain (et néanmoins correspondant).

Cette anthologie de textes contentera sans nul doute ceux qui aspirent à revenir aux origines de la figure du vampire, quand il n’avait pas envahi la sphère fictionnelle et était au cœur des débats des scientifiques et philosophes, cristallisant alors la lutte de ces derniers contre l’obscurantisme des siècles précédents.

Pour approfondir le sujet, l’intervention de Koen Vermeir, professeur en histoire des sciences au CNRS, est écoutable sur France Culture : http://plus.franceculture.fr/partenaires/ecole-normale-superieure/la-vie-intellectuelle-des-vampires-koen-vermeir

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