Harrison, Kim. Les aventures de Rachel Morgan. Tome 1 : Sorcière pour l'échafaud

Imaginez un monde parallèle au nôtre qui aurait vu un quart de sa population décimé par un virus mutant, « l’Ange », ayant utilisé comme vecteur une simple tomate. Imaginez un monde où vampires, loups-garous, fées et autres pixies auraient profité de ce désastre pour dévoiler leur existence à la face consternée d’une humanité meurtrie. Imaginez enfin deux organisations rivales ayant supplantées toutes les anciennes structures de maintiens de l’ordre des Etats-Unis qui régissent, chacune à leurs manières les populations humaines et Outres (regroupant bon nombre de créatures issues des contes et légendes du monde entier) dans un semblant d’harmonie. Vous y êtes ? Dans ce cas bienvenu dans l’univers de Rachel Morgan, sorcière trentenaire de son état et employée en tant que Coureuse par le SSO – Service de Sécurité de l’Outremonde –, l’institution se chargeant de contrôler les activités Outre. Notre Coureuse, qui peut être assimilé à l’équivalent d’un de nos inspecteurs, fait la chasse au dealer de « Souffre », une drogue très prisée chez les créatures non-humaines, ainsi qu’aux petites magouilles en tout genres que pratiquent certains de ses congénères. Un jour pourtant, elle décide de quitter le SSO après sept années de bons et loyaux services, estimant qu’elle n’était pas reconnue à sa juste valeur. L’acte pourrait sembler anodin si son ancien employeur n’avait pas entrepris de mettre sur sa tête un contrat en guise de représailles.

Ce premier tome des aventures de Rachel Morgan (la série toujours en cours aux USA compte déjà six volets) fait usage d’introduction à l’univers créé par Kim Harrison, son auteur. Elle y brasse sans vergogne des créatures issues de folklores divers et, il faut l’avouer, avec un talent et une cohérence certaines. Cincinnati devient ainsi le théâtre improbable des aventures de notre jeune sorcière qui évolue au sein d’une cité au métissage dépassant l’entendement, ce qui n’est pas sans engendrer des tensions chez certains de ses citoyens. La communauté vampire y est l’une des plus mise en avant, l’une des plus dangereuses également. Ivy Tamwood, la Vamp partenaire de Rachel, est le parfait exemple du prédateur refoulé tentant sans relâche de maîtriser ses instincts les plus primaires. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de regretter que la personnalité du personnage ne soit qu’effleurée tout au long du roman, qui s’attarde plus sur les caractéristiques propres à son espèce que sur les sentiments animant cette jeune femme pour le moins ambiguë. Il est évident que le récit tient à rester le plus ouvert possible en vue des volumes à suivre, quitte à prendre le risque de frustrer le lecteur.

Rachel Morgan joue quant à elle à merveille son rôle d’héroïne un peu paumée mais sympathique sur laquelle s’acharnent tous les malheurs du monde. Cette dernière pratiquant seulement une magie blanche des plus propres et préférant souvent avoir recours à des amulettes ou diverses potions plutôt qu’à des armes, on est bien loin des manières expéditives d’une certaine Anita Blake même si notre sorcière n’en demeure pas moins tout aussi efficace dans ses résultats. Et puisque nous entrons dans le domaine des comparaisons avec le personnage de Laurel K Hamilton et que certains aspects de ces deux filles aux caractères bien trempés tendent à les faire jouer dans le même registre, autant mettre tout de suite les choses au clair : non, Rachel Morgan n’a pas le charisme de l’Exécutrice. Harrison possède indéniablement une plume agréable et facile à lire mais ne peut en aucune façon rivaliser avec le style aguichant et sexy de sa collègue de Saint Louis.

Les aventures de notre sorcière Irlandaise ne sont pas dénuées d’intérêt pour autant, loin de là. Les situations auxquelles se trouve confrontée Rachel sont souvent cocasses et la galerie de protagonistes hauts en couleur évoluant autour d’elle donne lieu à des dialogues particulièrement pêchus et vivants. L’intrigue que développe Kim Harrison n’est pas en reste non plus. Clair bien que manquant parfois de rythme, le récit prend soin de tisser autour de Rachel et de ses ennemies diverses intrigues en vue des confrontations à venir : Trent Kalamack, l’un des grands méchants de service, est-il un Vamp ? Un sorcier ? Denon, son ancien patron, parviendra-t-il à se venger d’elle ?

L’humour omniprésent ainsi que la légère touche de Fantasy contribue à rendre ce premier tome des aventures de Rachel Morgan fort plaisant à découvrir et fera certainement passer d’agréables moments à ces lecteurs. Et finalement, n’est-ce pas là tout ce qu’on attend d’un bon livre ?

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