Father Sebastiaan. Les vertus vampyres : les voiles rouges

Difficile de chroniquer un ouvrage de ce type, même si le retrouver sur les pages de Vampirisme.com n’a en soit rien d’illogique. Ceux qui nous suivent depuis des années ont en effet déjà pu lire ici la chronique du documentaire Vampyres de Laurent Courau, dont l’objectif était de dresser un portrait immersif de la communauté vampyrique américaine (et ses ramifications à travers le monde).

Father Sebastiaan, pilier reconnu de cette communauté (et l’un de ses membres les plus médiatisé) est l’auteur de ce Vertus Vampyres, lequel définit, sous une forme similaire à un dictionnaire, les concepts et idées qui rassemblent les membres d’une partie de la scène, notamment la clan Sabertooth. En tant que forgeur de crocs (fangsmith) du clan, celui-ci est en effet un passeur, car il rend possible l’entrée dans la culture vampyrique. Si les crocs peuvent être vu comme un pur objet esthétique, ils concentrent et sédimentent une bonne partie de ce qui constitue l’essence même des membres du clan. Et un véritable rite de passage, permettant au porteur de se confronter et d’accepter la part d’individualisme qui est en lui. Ils sont également de vrais extensions corporelles et des armes de séduction.

Sans tomber dans le galimatias ésotérique et mystique (même si le livre flirte avec certains aspects plus métaphysique des aspirations vampyriques), Les vertus vampyres ont des ambitions de manifeste. Le livre tend en effet à définir une nouvelle sous-culture, confrontation entre une créature fantastique (le vampire) et les réalités du monde moderne. Le y atteste d’emblée de cette collision : les vampyres ne sont pas des vampires.

Les vampires du clan Sabertooth se disent eux-même strigoï vii, vampires vivants. Si l’absorption de sang n’est pas sujet d’ostracisation entre membres du clan (même si pouvant être considérée comme dangereuse), elle n’a rien d’indispensable. Les vampires suivant les préceptes énoncés ici puisent essentiellement dans les aspects positifs (et pas sombres) du mythe : aspiration à l’immortalité, idéal romanesque et esprit de famille. A cet égard, ils rejettent les aspects sombres de la vie du vampire (la mort, la tristesse, la nostalgie de la vie passée), et se démarquent du mouvement gothique. Ils sont davantage dans une optique de recherche perpétuelle du plaisir, donc une vision hédoniste de la vie. Il y a aussi là, semble-t-il, le plaisir d’incarner, sans se soucier du regard des autres, un idéal de sa propre personne, très axé sur le dandysme.

Father Sebastiaan ne s’en cache pas, il y a également là un aspect économique (que ce soit au niveau de l’organisation d’évènements, voire de la fabrication des crocs), très lié avec les aspects festifs du mouvement, qui voit une grande diversité de personnes se rassembler autour de concepts auto-acceptés et définis, rassemblés ici dans un même ouvrage. Ce qui permet de faire cohabiter des articles sur l’absinthe, l’absorption de sang, la manière de se comporter en société, les liens possible avec les arts (la musique notamment), même si pas toujours de manière très homogène (on passe souvent du coq à l’âne).

Difficile, pour autant, d’identifier dans quelles acceptions du mythe ces préceptes puisent. Il en ressort une version quelque peu idéalisée (pour ne pas dire chevaleresque) du vampire, dont la codification positive des interactions sociales n’empêchent pas de faire ressortir en premier lieu un véritable culte du soi et du plaisir. Les aspects culturels semblent nettement en retrait, du moins difficile à identifier de manière claire. Car si les vampyres se targuent de mettre les arts (musique notamment) au coeur de leurs aspirations, il ne semble pas non plus y avoir là de lien franc avec le vampirisme. Tout au plus certains d’entre eux avouent-ils un attachement à la vision urbaine du mythe, entre Anne Rice, Underworld et Blade (notamment pour la part vestimentaire). Et c’est peut-être là le problème de cet ouvrage : celui de n’aborder le lien entre vampire et vampyres que sous une forme parcellaire, forcément frustrante pour celui qui s’intéresse essentiellement à cet aspect des choses.

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