Dann, Jack – Dozois, Gardner. Plus morts que morts-vivants

L’horreur, l’horreur… Bruckman, un déporté, dans un camp de concentration anonyme, découvre que son camarade Wernecke, déporté comme lui, est… un vampire. S’ensuit une étonnante et mortelle confrontation. Ce texte parut pour la première fois en 1982, dans un magazine peu ouvert au fantastique: les revues spécialisées l’avaient refusé tant il paraissait d’une cruauté insoutenable. Le récit a enfin conquis public et admirateurs depuis que l’on s’est aperçu que cette histoire, odieuse, à la fois apportait témoignage sur l’horreur nazie, et entrait dans un étrange courant littéraire: la réhabilitation du vampire par le biais de la comparaison.

Une novella aussi bien écrite que prenante, qui nous présente le mythe du vampire dans un contexte jusque-là peu utilisé. En plaçant leur intrigue dans l’horreur des camps de la mort, les deux auteurs procèdent à une utilisation intelligente du mythe. Bruckman, héros malgré lui de cette aventure, va ainsi être tiraillé entre son respect pour celui qu’il a pris jusque-là pour un humaniste se sacrifiant pour les autres, et son aversion pour le monstre qui s’abreuve du sang de ses compagnons.

Ce qui frappe par ailleurs très vite dans ce récit est son très grand réalisme, la manière crue et glaciale avec laquelle est décrite la vie des prisonniers dans les camps de concentration. Il y a fort à parier que les deux auteurs se sont abondamment documentés avant de rédiger leur histoire. On croirait voir des images sorties du « Nuit et Brouillard » d’Alain Resnais se dresser devant nous.

Le vampire n’est pas ici décrit avec le classicisme habituel. S’il a besoin de s’abreuver de sang pour vivre, il peut cependant se mouvoir en plein soleil. Il ne tue pas forcément ses victimes, mais le besoin de sang peut parfois se montrer très difficile à contrôler. A noter une vision pour le moins intéressante de la contamination vampirique.

On final, on est ici en présence d’une novella très bien écrite (et traduite par un Jacques Finné qu’on ne présente plus), aussi bien au niveau de l’histoire à proprement parler que du contexte choisi. On comprends bien pourquoi cette nouvelle a pu avoir du mal à se faire publier, mais ce serait dommage de passer à côté d’un texte aussi puissant.

Une réponse à Dann, Jack – Dozois, Gardner. Plus morts que morts-vivants

  1. Je note car c’est toujours sympa de lire une histoire de vampires traitée de manière différente. Et ton avis est plus que positif en plus !

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