Collins, Nancy A. Interview avec la scénariste de Vampirella et créatrice de Sonja Blue

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter pour les internautes de Vampirisme.com ?

Bonjour à vous, tout d’abord. Et merci de me faire une place sur votre site. Mon nom est Nancy A. Collins, et je suis une auteur américaine d’horreur et de fantasy, ainsi qu’une scénariste de comics. Je suis la créatrice de la punk vampire-tueuse de vampires Sonja Blue, ainsi que de la série d’Urban Fantasy Golgotham. J’ai également écrit pour la série Swamp Thing du label Vertigo de DC, et écris actuellement pour la série Vampirella de l’éditeur Dynamite. Au cours de ma carrière, j’ai reçu le Horror Writers Association’s Bram Stoker Award et le British Fantasy Society’s Icarus Award. De même que j’ai été nominée pour le World Fantasy Award, The Tiptree Award, The Eisner Award, et le John W. Campbell Memorial Award.

En 1989, vous publiez Sunglasses After Dark (en VF : La Volupté du sang), votre premier roman (et le premier mettant en scène Sonja Blue). Pouvez-vous nous raconter l’histoire derrière ce texte ?

La Volupté du sang raconte l’histoire d’une vampire punk devenue tueuse de vampires qui décide de se venger de ceux qui sont responsables pour l’avoir gardée droguée et enfermée dans un asile psychiatrique pendant des mois. Durant le roman, on apprend qui est réellement Sonja Blue – ou plutôt qui elle était – et on découvre tout un monde caché où monstres, démons et anges agissent, dans des failles au-delà de la perception humaine.

Sunglasses After Dark semble être le premier roman mettant en scène des vampires sur fond d’Urban Fantasy. Quel était votre objectif en choisissant un contexte urbain pour un ouvrage mettant en scène des créatures de la littérature d’horreur ?

La Volupté du sang est souvent cité comme le premier roman d’Urban Fantasy. Pour autant, à l’époque où je l’ai écrit, le sous-genre n’existait pas, et le roman était classé parmi les récits d’horreur. Mon inspiration pour le personnage de Sonja Blue m’est venue des films noirs, des fictions mettant en scène des détectives cyniques, de la musique punk et du mouvement cyberpunk, étant donné que j’étais amie et collègue de nombreux auteurs associés à ce mouvement, à l’époque.

En 2008, vous revenez au mythe du vampire avec la série Vamps, dans une ambiance assez différente de celle vos Sonja Blue. Pouvez-vous revenir pour nous sur la genèse de cette série Young-Adult ?

Fin 2005, tous les éditeurs cherchaient le nouveau Twilight. J’ai été approchée par Harper Collins, qui voulait quelque chose combinant Gossip Girl et Twilight. Le résultat de ce mariage est devenu Vamps ( qui est un acronyme pour Vampire American Princesses – Princesses Vampires Américaines –, que l’éditeur a décidé de ne pas inclure dans sa communication). Il aurait dû y avoir 6 romans dans la série, mais la saturation du marché, la crise économique de 2008, les couvertures ratées et les faibles ventes résultant du piratage du tome 1 ont mis un terme à la série au 3e roman. L’éditeur souhaitait également que je me focalise davantage sur le côté Gossip Girl, plutôt que sur les aspects vampiriques (à l’encontre de mes avertissements) ce qui ne s’est pas révélé être une bonne idée. Mais cela n’en a pas moins été une expérience enrichissante pour moi, dans le sens où en tant qu’auteur j’ai dû réfléchir à la manière d’écrire pour une audience plus jeune. J’ai aussi l’impression d’avoir créé un mythe vampirique réaliste totalement différent de ce qu’on peut trouver ailleurs, étant donné que la production a tendance à se borner à réutiliser des mythes et folklores déjà établis.

En ce moment, vous travaillez sur une nouvelle série Vampirella. Le premier recueil vient tout juste d’être publié. Comment vous êtes-vous retrouvé au scénario d’une publication consacrée à la fameuse héroïne ?

En 2013, le scénariste de comics Gail Simone (Batgirl, Red Sonja, Suicide Squad) m’a permis de revenir aux comics en m’invitant à écrire une histoire de 8 pages pour The Legends of Red Sonja, une mini-série célébrant le 40e anniversaire du personnage. Il s’est trouvé que Nick Barucci, le directeur de Dynamic Comics, était fan de mon arc consacré au personnage de Swamp Thing, datant de 1990. Il m’a offert la possibilité d’écrire un one-shot consacré au personnage de Red Sonja intitulé Berserker, puis il m’a proposé de scénariser la série mensuelle Vampirella. Je n’ai pas regretté un seul moment depuis.

Dans le premier arc, vous mettez en scène de nombreux mythes vampiriques au sein même de l’univers de Vampirella. Comment avez-vous choisi les créatures utilisées, parmi toutes celles qui existent ?

J’ai choisi celles qui étaient visuellement les plus surprenantes, et aussi les moins connues. Je voulais des vampires qui soient réellement effrayants et / ou ayant une apparence unique. Le krasue correspond totalement à cette description, de même que la lamia. La leptirica, bien que pas aussi effrayante (au moins au premier regard) a été choisie car elle touche à un des avatars les moins connus du vampire : la mite. Je voulais aussi montrer que les vampires étaient partout, et que, quelle que soit leurs différences physiques, ils étaient tous reliés à Vampirella, d’une manière ou d’une autre. Si on y songe, ils sont tous des nièces, neveux ou cousins éloignés. Elle ne fait pas que chasser et tuer les siens; elle chasse et tue sa propre famille. Mais ils essaient eux aussi de la tuer, donc…

Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (en littérature, au cinéma ou en musique) ?

C’est difficile de me rappeler de la première fois où j’ai été confrontée au vampire, mais je pense qu’il s’agit probablement via Bela Lugosi dans le rôle de Dracula, du film Abbott & Costello Meet Frankenstein. Je pense que j’ai vu ce film pour la première fois quand j’avais 3 ans. Mon contact le plus récent avec les vampires remonte quant à lui à la nuit dernière, alors que je regardais la chronique vidéo de Linkara pour le jeu vidéo Vampires la Mascarade : Bloodlines, sur son site Atop the Fourth Wall.

De votre point de vue, comment peut-on analyser le mythe du vampire ?

Les vampires ne sont pas uniquement des monstres qui nous ressemblent; ils sont des monstres qui étaient naguère humains. J’ai le sentiment que les vampires nous permettent de faire une projection des aspects négatifs de l’attitude humaine — comme les envies débridées, l’exploitation des personnes, la cruauté — et la peur de notre propre mortalité. Les vampires nous rappellent que la mort n’est pas forcément la pire chose qui puisse nous arriver. Toutefois, ils sont aussi assez versatiles pour être utilisés comme de classiques héros byronniens — les tragiques anti-héros imparfaits, maudits par des circonstances en-dehors de leur contrôle.

Avez-vous d’autres projets sur le même thème ? Quelle va être votre activité dans les prochains mois ?

Mes autres travaux associés aux vampires incluent l’adaptation au format comics de La Volupté du sang chez IDW, qui est sortie au format papier et numérique cette année. J’ai aussi une novella intitulée Hell Come Sundown, qui raconte l’histoire d’un Texas Ranger nommé Sam Hell au far west, à la recherche d’un vampire qui l’a utilisé contre sa volonté, le texte étant disponible au format eBook chez Amazon.

Pour ce qui est de mes projets futurs, j’ai une minisérie avec Vampirella cet été, qui est reliée à l’event Swords of Sorrow, qui regroupe toutes les personnages féminins de Dynamite. L’idée derrière cet event est que toutes les histoires qui le composent soient scénarisées par des auteurs féminins, et mettent en scène des histoires avec tous les personnages féminins de l’éditeur — notamment Vampirella, Red Sonja, Deja Thoris, Jungle Girl, Lady Zorro etc. Ma minisérie en 4 volets s’appelle Vampirella & Jennifer Blood, qui voit Vampirella se retrouver dans une réalité quasi identique à la nôtre — pas de magie, pas de monstres — où elle rencontre « la femme la plus dangereuse au monde », Jennifer Blood, qui est une milicienne dans le genre du Punisher. De quoi me ramener à mes racines d’Urban Fantasy et à La Volupté du sang, car cet arc combine des éléments d’horreur, de film noir, d’étrange et d’action-aventure.

J’ai aussi plusieurs autres projets d’importance reliés à Vampirella, qui l’associent à des personnages bien connus issus de Warren Magazine, où elle a vu le jour, mais je n’ai pas le droit d’en parler pour le moment. Mon premier roman autour du personnage de Sonja Bliue sera également disponible en juin, en impression à la demande, via Open Road Media.

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