
Je suis traducteur à plein temps depuis une trentaine d’années et, l’année dernière, j’ai fait valoir mes droits à la retraite, pas pour arrêter toute activité mais pour travailler en priorité sur des projets personnels, pas forcément rémunérateurs. J’ai surtout traduit de la SF, du fantastique et de la fantasy, mais aussi d’autres genres, le polar par exemple.
On retrouve votre nom en tant que traducteur de nombreux romans ou recueils rattachés à la figure du vampire, de L’Échiquier du mal de Dan Simmons à L’Extase des Vampires de Brian Stableford. Est-ce un hasard ou la preuve d’un intérêt poussé pour les buveurs de sang ? Sachant que vous avez également publié deux nouvelles de votre cru (« La Grosse Dame » et « Stigmata ») qu’on retrouve dans des anthologies sur le sujet.

Donc, pour répondre à votre question, il y avait à la fois hasard et intérêt pour le thème.
Si on replace les œuvres sur les vampires que vous avez traduites dans une perspective chronologique, avez-vous senti une évolution dans le traitement de la créature ?
Avec un mythe aussi connu que le vampire, on n’a qu’une seule alternative, du moins à mon avis : soit on respecte scrupuleusement la tradition, soit on la bouscule dans l’espoir de faire du neuf. Évolution ? Oui, dans la mesure où le vampire est durable et où ceux qui s’attaquent au sujet souhaitent faire preuve d’originalité.
Parmi vos travaux passés, plusieurs projets remontent à la défunte collection Épouvante de J’ai Lu. Pensez-vous qu’elle a participé à donner une plus grande visibilité à la littérature fantastique en France ?
Oui et non. Avec le recul, si cette collection a publié beaucoup de très bons livres, on a pu y lire aussi quantité de navets. Contrairement à Terreur chez Presses Pocket, où officiait le regretté Patrice Duvic, la personne responsable des choix ne comprenait pas le genre. Quant elle a publié Le Sang du matador, Patrick Marcel a jugé que ce ne pouvait être que pour une seule raison : il y avait un amateur de tauromachie au comité de lecture. Gagné ! Bon, cela dit, j’ai eu le plaisir d’y traduire quelques bons bouquins…
Quelles sont vos premières et dernières rencontres avec un vampire (littéraire et / ou cinématographique) ?
Difficile de dire quelle est la première rencontre ; sans doute une nouvelle lue dans Fiction durant les années 1960-70. La dernière est remarquable : en faisant des recherches sur la toile, j’ai trouvé la traduction non répertoriée d’un classique du vampirisme, The Blood of the Vampire, de Florence Marryat ! Inutile de dire que je ne vais pas en rester là…
Pour vous, comment peut-on analyser le mythe du vampire? Qu’est ce qui en fait la pérennité ?
Plein de choses. Pour commencer, la transformation du vampire est une version perverse de la résurrection du Christ. Par ailleurs, l’époque où la figure du vampire s’est affirmée dans la littérature occidentale (pour simplifier) correspond à la montée de certaines angoisses (peur de la dégénérescence, effondrement annoncé des empires coloniaux, peur de l’étranger…) dont il est la parfaite incarnation. C’est un mythe inépuisable.
Petit aparté concernant la collection Baskerville, que vous dirigez depuis 2011 au sein de la maison d’édition Rivière Blanche. Si la majorité des textes qui y sont publiés sont des récits policiers, on y retrouve également un recueil proposant plusieurs nouvelles vampiriques : Flaxman Low – Expériences spectrales. Pouvez-vous nous détailler la ligne éditoriale de la collection et la manière dont vous travaillez au sein de celle-ci ?


Méthode de travail : tous les ans au printemps, j’arrête le programme de publication de l’année suivante, qui est toujours susceptible de changer. C’est moi qui choisis et traduis (ou révise la traduction) de presque tous les livres. De temps en temps, on m’apporte un projet, que j’accepte s’il s’intègre bien dans la collection, et l’apporteur—qui est le plus souvent celui ou celle qui assure la traduction ou la révision—fait le reste du travail ; je me contente de corriger et d’éditer. C’est ce qui s’est passé avec Flaxman Low–Expériences spectrales, qui est à l’initiative d’Aurélie Bescond.
À noter que, si la collection perdure, il y aura davantage de traductions inédites à l’avenir car je disposerai de plus de temps.
Avez-vous encore des projets de livres sur ce même thème ? Quelle va être votre actualité dans les semaines et les mois à venir ?
Comme dit plus haut, il y aura The Blood of the Vampire de Florence Marryat, mais je ne vois pas d’autre livre de vampire inédit ou oublié dans mon collimateur.

Plus généralement, je ne compte pas « courir le contrat » pour traduire comme un forcené ainsi que je l’ai fait ces dernières années. Je vais continuer à travailler sur Poul Anderson, dont il reste encore beaucoup de bons livres à traduire, ainsi que sur Lucius Shepard. Après le décès de celui-ci, les droits ont été bloqués le temps que la succession soit réglée, et à présent que la chose est faite, Olivier Girard et moi sommes impatients de nous remettre au travail ; je lui ai déjà signalé une autre novella pour « Une Heure Lumière ».

Le site officiel de la collection Baskerville : http://baskerville.over-blog.com/
La page de la collection sur le site de Rivière Blanche : http://www.riviereblanche.com/baskerville.html

