Harrington, Curtis. Queen of Blood. 1966

En 1990, alors que l’homme a conquis la Lune et s’apprête à poser le pied sur Mars, un mystérieux message est capté dans l’espace. Il s’avère qu’un équipage d’extra-terrestre s’est écrasé sur Mars, et a besoin d’aide. Le Dr Farraday accélère le programme en cours et envoi un premier équipage de trois personnes sur place. Une deuxième fusée part peu après, se posant sur Phobos, une lune de la planète rouge. Là, ils découvrent une navette de secours et à son bord, une femme extra-terrestre à la peau verte, évanouie.

J’ai entendu pour la première fois parler de ce long-métrage dans From the Stars… A Vampiress, un livre de Steven A. Roman consacré à Vampirella. Tom Sutton, scénariste des premiers Vampirella, avait indiqué à l’auteur qu’il s’agissait là de la source première de Forrest J. Ackermann pour Vampirella. De fait, l’idée d’une femme extra-terrestre se nourrissant de sang, et en route pour la terre, rappelle les débuts de l’héroïne de Drakulon. L’histoire du film est qui plus est houleuse. Le film est présenté comme co-produit par George Edwards pour le distributeur American International Pictures, mais Roger Corman est dans l’ombre. Après avoir acheté les droits d’un film de SF Russe, Mechte navstrechu (Au-devant du rêve), il confie à Curtis Harrington (qui a déjà travaillé sur une de ses productions précédentes, Voyage to the Prehistoric Planet) le projet. Un doublage étant hors de question, Corman demande au réalisateur de tourner assez de matériau pour recomposer un film, en exploitant le métrage d’origine (et en réalité d’autres films de SF Russe de cette époque) pour les scènes spatiales et les SFX. En résulte un film certes bancal, avec des invraisemblances marquantes (l’une des fusées porte le sigle CCCP alors qu’elle est censée partir des USA), mais avec des idées intéressantes.

Nous sommes en 1966, l’ère spatiale a débuté 9 ans plus tôt, avec l’envoi dans l’espace du premier Spoutnik. C’est également l’année où Star Trek voit le jour sur le petit écran. Après la première guerre mondiale, le cinéma horrifique et gothique des années 1940 a perdu de sa superbe. L’humanité fait face à de nouvelles inquiétudes : l’arme atomique… et la frontière spatiale. D’où l’ADN de ce film qui joue sur les codes du récit d’extra-terrestre en les mixant avec l’une des figures de proue du cinéma d’épouvante : le vampire. Si la trame principale est celle du film russe, l’idée que le survivant soit une femme ayant besoin de sang pour survivre est une spécificité de Queen of Blood. Reste que l’apport des SFX du film russe donne un certain cachet à l’ensemble, qui parvient à accrocher le spectateur malgré sa construction erratique. L’autre point fort du film tient également à son casting : Dennis Hopper (Easy Rider), Basil Rathbone (un des interprètes les plus fameux de Sherlock Holmes), Florence Marly… Cette dernière, dont le rôle est muet, porte sur ses épaules toute l’inquiétude surnaturelle / science-fictionnelle du film.

Les explorateurs ont tôt fait de découvrir que l’extraterrestre qu’ils ont secouru se nourrit de sang. S’ils espèrent un temps pouvoir la canaliser en utilisant le plasma sanguin de leur navette, leur passagère semble préférer prélever le sang… à sa source. Pour cela, elle paraît disposer du pouvoir d’influencer la psyché de ses victimes. Pour autant, malgré sa force et son besoin de sang, l’équipage découvrira qu’elle possédait une faiblesse inattendue.

Un film fait de bric et de broc mais qui parvient à convaincre, autant par la qualité visuelle de ses stock-shots que par son intrigue resserrée (et en huis clos), et ses acteurs qui incarnent avec justesse leurs personnages.


Harrington, Curtis. Queen of Blood. 1966Harrington, Curtis. Queen of Blood. 1966Harrington, Curtis. Queen of Blood. 1966

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