Gibson, Alan. Dracula 1973

En 1872, à Londres, la confrontation entre Dracula et Lawrence van Helsing se termine par la mort du vampire et celle de sa Némésis. L’un des séides du parvient néanmoins à récupérer son médaillon et ses cendres. Il décide d’enterrer ces dernières dans un carré non consacré du cimetière où Van Helsing est inhumé, quelques jours plus tard. En 1972, un jeune homme qui répond au nom de Johnny Alucard propose à ses amis de se livrer à une messe noire. Le petit groupe, avide d’expériences fortes, accepte par curiosité. Mais Johnny a une idée derrière la tête : en possession des effets de Dracula, il caresse le projet de ressusciter celui-ci.

Sortie en 1972, Dracula A.D. 1972 est le septième volet de la saga Dracula de Hammer Films. Après Terence FisherFreddie FrancisPeter Sasdy et Roy Ward Baker, c’est Alan Gibson qui s’installe derrière la caméra. Formé au petit écran, le réalisateur propose ici son deuxième long métrage de cinéma, après Goodbye Gemini (1970). Sans surprise, on retrouvera Christopher Lee dans le rôle du comte, face à Peter Cushing, qui incarne pour la troisième un Van Helsing. À leurs côtés, Stephanie Beacham, qui campe la petite-fille de Van Helsing, et est appelée à devenir une habituée du grand écran horrifique. Johnny Alucard est quant à lui joué par Christopher Neame, vu l’année précédente dans La Soif du vampire, (Lust for a Vampire), deuxième opus de la saga Carmilla du studio Hammer. Caroline Munroe est également présente au casting. L’actrice fait ici ses débuts dans le monde du film de vampire. Elle y reviendra avec des projets comme Capitaine Kronos : chasseur de vampire (Captain Kronos — Vampire Hunter, 1974) de Brian Clemens (toujours pour la Hammer) ou encore Night Owl (1993), de Jeffrey Arsenault.

Cette nouvelle itération de la saga opère un tournant majeur, en basculant à l’ère contemporaine. Jusque-là, les Dracula de la Hammer — voire même l’ensemble de leur production vampirique — étaient cantonnés au XIXe siècle, au mieux au début du XXe siècle (comme dans Le Baiser du vampire de Don Sharp en 1963). En 1972, la Hammer — qui avait il y a encore quelques années une nette avance dans le registre horrifique — fait face à une concurrence accrue, venue notamment des États-Unis. L’impulsion de The Birds (Les Oiseaux, 1963) d’Alfred Hitchcock s’est accélérée avec des longs-métrages tels que La nuit des morts-vivants (Night of the Living Dead, 1968) de George A. Romero ou Rosemary’s Baby (1968) de Roman Polanski. La figure du vampire est elle aussi sous une même influence, des films comme Count Yorga, Vampire (1970) de Bob KelljanLes Lèvres rouges (1971) d’Harry Kümel ou Blacula (1972) de William Crain en attestent. Hammer Films tente donc de moderniser l’une de ses franchises phares en la mettant au diapason de l’époque.

Le film paraît ainsi s’articuler avec des événements des années 1960-1970 comme le cas du Vampire de Highgate et les meurtres commis par Charles Manson et ses disciples, deux affaires mentionnées par les protagonistes du long-métrage.Anthony Hinds mêle à cet égard culte satanique — un filon que le cinéma anglais de la période exploitera jusqu’à l’os — et film de vampire. L’histoire est dans le même temps en résonnance avec Taste the Blood of Dracula (Une messe pour Dracula, 1970) de Peter Sasdy, qui imaginait déjà le retour du comte grâce à une messe noire. Reste que si le métrage de 1970 soulignait l’hypocrisie des plus agés et l’incidence de leurs actes sur leurs enfants, celui de Gibson prend une tournure différente. Ici, c’est davantage l’appétence d’une jeune génération pour la débauche qui paraît être au cœur du récit. Musique rock, drogue et sexe vont de pair et mèneront le petit groupe d’ami à flirter avec un mal incontrôlable. La sexualité continue de s’imposer à l’écran, autant dans les relations libérées entre les personnages humains qu’au travers de Dracula lui-même. Le vampire incarne la pulsion coupable, et la dimension érotique de sa morsure est ici indéniable. Il y a dans le même temps l’idée de la duplicité, Johnny Alucard dissimulant à ses comparses ses intentions réelles : devenir immortel en ressuscitant Dracula.

Si le film n’adapte pas textuellement le roman de Stoker, on retrouve à nouveau çà et là des éléments puisés dans les pages du livre. À commencer par le retour de Van Helsing, absent des volets du cycle depuis The Brides of Dracula (Les Maîtresses de Dracula, 1960) de Terence Fisher. L’utilisation d’une dague contre le vampire et la mention de ce dernier à son passé de dirigeant — « moi qui ai commandé des nations » — paraissent également tirées du livre). Ici, les vampires feront face à des crucifix, de l’eau bénite et à la lumière du soleil. Petite nouveauté : l’une des créatures de la nuit sera tuée par l’eau courante… d’une douche ! Le nom Alucard, enfin, est un gimmick qui a depuis fait boule de neige, notamment dans le jeu vidéo Castlevania. Cette idée avait déjà été utilisée dans Son of Dracula (Le fils de Dracula, 1943).

Dracula A.D. 1972 est un opus de la saga des Dracula de Hammer marqué par un revirement drastique : l’abandon du XIXe siècle pour les années 1970. Le film parvient à puiser dans sa matière historique tout en se mettant en résonnance avec son époque.

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