Geissendörfer, Hans W. Jonathan. 1970

Les vampires ont peu à peu fait main basse sur l’humanité, asservissant cette dernière sous le joug de la terreur. Pourtant, un groupe de survivants décide d’envoyer l’un d’entre eux à l’intérieur de la forteresse où doivent se réunir prochainement l’ensemble des dirigeants vampires. Armé d’un poignard, d’un chapelet, d’une carte et d’un livre qui regroupe toutes les connaissances acquises par les siens, Jonathan prend donc la direction du château. Mais le comte, qui a des espions partout, est au fait de sa venue et ne cessera pas de lui mettre des bâtons dans les roues.

Les adaptations du roman de Bram Stoker sont aujourd’hui nombreuses, mais rares sont celles qui transposent le matériau avec autant d’intelligence que le film de Geissendörfer, qui s’éloigne du texte de Stoker tout en y revenant régulièrement par petites touches, profitant du film pour non pas rappeler la rigueur de l’époque victorienne mais bien faire référence au passé de l’Allemagne, et au nazisme dont elle s’était départie quelques décennies auparavant.

Dans la représentation d’une société sous la botte d’un vampire aux airs de dictateur (dont la diction est assez caractéristique), qui envoie ses hommes en noir à travers le pays pour raffermir son pouvoir et veiller à ce que la population courbe l’échine, difficile de ne pas percevoir le regret du réalisateur que son pays ne se soit pas lui-même rebellé contre le nazisme, le recours extérieur étant ici nécessaire pour faire tomber les chaînes qui enserrent les membres de la population asservie. Jonathan est donc un film plus politique que de coutume avec le roman de Stoker, qui semble détourner la trame initiale par bribes à des fins d’édification. À cet égard, on peut tout à fait comprendre les jeunes filles qui accompagnent le comte comme une forme de jeunesse hitlérienne, les hommes en noirs qui l’accompagnent comme autant de SS. Et voir le groupe qui envoie Jonathan s’attaquer au tyran-vampire comme un représentation de la Résistance.

Visuellement le film est une belle réussite, même si la version à laquelle j’ai eu accès est un évident transfert de VHS. Certains scènes renvoient presque à des tableaux de l’école flamande, le tout dans des décors particulièrement réussis. Le réalisateur accorde également un soin particulier aux mouvements de caméras, plusieurs scènes finissant par donner le tournis.

Au niveau vampirique, on se retrouve donc ici face à des vampires qui ne craignent plus la lumière du soleil, mais sont particulièrement sensibles à l’eau. Ils ne peuvent également lutter contre l’ail et les crucifix, et peuvent mourir si on les poignarde en plein cœur. Ils semblent devoir se nourrir de sang pour survivre, ayant réussi à réduire au rang de bétail une partie de la population humaine. Le roman de Stoker à indubitablement servi de matière première mais le réalisateur a puisé librement dans le texte, gardant certains personnages (Jonathan, Lucy-Mina – devenu Lina), quand il ne se limite pas à ne conserver que l’enveloppe de ce dernier (Van Helsing).

Jonathan est une adaptation à part, dont la première partie est assez éloignée du texte d’origine (même si certains éléments, notamment le trajet de Jonathan vers le château sont repris), mais qui y revient pour certaines scènes à la ligne près dans sa deuxième partie. Un film visuellement travaillé, aussi bien par son jeu de caméra que par ses décors, voire par les oppositions de couleurs particulièrement réussies. Geissendörfer, à l’inverse de ceux qui l’ont précédé sur le terrain du roman de Stoker, propose ici une relecture du livre à la lumière du passé de son pays. Une variation intelligente et assez novatrice, même si le jeu d’acteurs n’est pas toujours parfait. A noter que le film ne manque pas de scènes violentes et érotiques, qu’on peut autant percevoir comme une manière de mettre en scène l’influence du comte – tyran sur l’Eros et le Tanathos, à mesure qu’on approche de son fief. Ou tout simplement comme des ajouts commerciaux destinés à davantage faire coller le film avec les attentes de l’époque (certaines scènes ayant été a priori ajoutées après le montage final).

Geissendörfer, Hans W. Jonathan. 1970 Geissendörfer, Hans W. Jonathan. 1970Geissendörfer, Hans W. Jonathan. 1970

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