Blomberg, Erik. Le renne blanc. 1952

Adoptée dès ses premiers jours, suite au décès de sa mère, Pirita épouse Aslak, un lapon gardien de rennes. Se trouvant délaissée par son mari, elle décide d’aller voir un sorcier. Ce dernier lui ordonne un sacrifice au dieu de pierre, afin de jouir pleinement de son pouvoir de femme. Une nuit, Pirita immole ainsi un jeune renne blanc que lui a offert Aslak. Ensorcelée, elle se mue en renne blanc à la lueur de la lune, attirant un a un les chasseurs, qu’elle égorge dans une étreinte fatale.

Découvert lors d’un récent débat avec (entre autre) Jean-Pierre Bouyxou, je n’avais jusque-là jamais entendu parler de ce film, et de ses liens avec le thème du vampire. Artus Films ayant récemment réédité le long-métrage d’Erik Blomberg, c’est donc avec une certaine curiosité que je me suis penché sur ce qui est considéré comme l’un des plus grands films du cinéma finlandais. Et grand bien m’en a pris, car il s’agit là d’un très beau film. Un film à l’ambiance (et aux décors) envoûtants, qui plonge le spectateur au cœur des us et coutume du peuple lapon.

Une image immaculée, entre les étendues enneigées à perte de vue, les habits blancs des protagonistes et surtout, ce renne blanc, qui devient rapidement le pivot de l’histoire. Le film commence dans une atmosphère plus ténébreuse, avec le décès de la mère de Pirita, venue d’on ne sait où. Le bébé sera ainsi adopté par un couple local, jusqu’à ce qu’Aslak, un des gardiens de rennes du village, la demande en mariage. Mais la jeune femme va rapidement verser dans la solitude, les tâches de son mari conduisant régulièrement celui-ci à s’éloigner des jours durant du domicile conjugal.

C’est ainsi la rencontre entre Pirita et le sorcier local qui va faire pencher le film vers le fantastique. En suivant les conseils du sorcier, la jeune femme va découvrir que le recours à la magie est à double tranchant, et qu’en elle sommeille des pouvoirs dont elle ignore tout. Car le sorcier comprend très vite que Pirita n’est pas, au fond, une jeune femme totalement ingénue, et qu’elle dispose de puissants pouvoirs. Des pouvoirs qui vont rapidement dépasser la jeune fille, la conduisant à attirer sur elle-même une malédiction implacable.

Si le mot vampire n’est jamais cité au cours du film, Pirita possède des caractéristiques que l’imaginaire occidental rattache sans hésitation au thème du vampire. A commencer par les canines dont est affublée la jeune femme, une fois qu’une proie mâle s’approche d’elle, ou qu’elle a finit par l’attirer dans ses rets. Pirita possède en outre la capacité de se transformer en animal, une transformation dont elle ne maîtrise au début pas les tenants et les aboutissants. C’est néanmoins une fois la nuit tombée, sous la lumière de la lune, que le corps humain de la jeune fille se transforme, laissant place à une renne d’une blancheur incomparable. Notons, enfin, que Pirita semble dès lors douée de certains pouvoirs de télékinésie. Et que les hommes comprendront rapidement que pour la tuer, seule une arme blanche sera efficace.

Le renne blanc est un film difficilement classable, qui met en scène le thème de la femme vampire de manière aussi cruelle qu’originale. Alors qu’elle cherchait juste à s’assurer de l’intérêt de son compagnon, Pirita va attirer sur elle-même une malédiction qui va la conduire peu à peu à attaquer les différents mâles de son village, et à s’abreuver de leur sang pour sustenter le dieu qu’elle a invoqué sans connaître totalement les implications. Un film doté en outre d’une image d’une luminosité incomparable, où le vampire apparaît autant comme le chasseur que comme la proie. Recommandé aux amateurs de films qui prennent le mythe dans une optique foncièrement différente, le film de Blomberg flirtant allègrement avec le chamanisme. A noter une chronique sur les aspects sorcellaires du film chez nos confrères d’Heksen.fr


Blomberg, Erik. Le renne blanc. 1952 Blomberg, Erik. Le renne blanc. 1952 Blomberg, Erik. Le renne blanc. 1952

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